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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA01470

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA01470

vendredi 19 août 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA01470
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantCAVIGLIOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mmes G B épouse D, Karine D et Peggy D ont demandé au tribunal administratif de Toulon d'annuler l'arrêté du 15 avril 2019 par lequel le maire de Roquebrune-sur-Argens a accordé un permis de construire une villa d'habitation avec garage et piscine à Mme F E sur un terrain situé avenue de Beaupré et cadastré section BW nos 393 et 407 sur le territoire communal, ensemble la décision du 5 août 2019 rejetant leur recours gracieux.

Par un jugement n° 1903816 du 22 mars 2022, le tribunal administratif de Toulon a rejeté leur demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 20 mai 2022, Mme B épouse D, Mme C D, ayant été désignée comme représentante unique en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et Mme A D, représentées par Me Fernandes-Thomann, demandent à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 22 mars 2022 du tribunal administratif de Toulon ;

2°) d'annuler la décision du 15 avril 2019 du maire de Roquebrune-sur-Argens ;

3°) de mettre à la charge de Mme E et de la commune de Roquebrune-sur-Argens la somme de 3 000 euros chacune au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- c'est à tort que le tribunal a rejeté leur requête comme irrecevable pour cause de tardiveté ;

- c'est à tort que le tribunal a rejeté leur requête comme irrecevable pour défaut d'intérêt à agir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse D et Mmes D demandent l'annulation du jugement par lequel le tribunal administratif de Toulon a rejeté leur demande dirigée contre l'arrêté du 15 avril 2019 par lequel le maire de Roquebrune-sur-Argens a accordé un permis de construire une villa d'habitation avec garage et piscine à Mme E sur un terrain situé avenue de Beaupré et cadastré section BW nos 393 et 407 sur le territoire communal, ensemble la décision du 5 août 2019 rejetant leur recours gracieux.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter, (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la recevabilité de la demande de première instance :

3. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. () L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec avis de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. () ". Selon l'article R. 600-2 de ce même code : " Le délai de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". Enfin, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".

4. Il résulte de ces dispositions réglementaires qu'à défaut de l'accomplissement des formalités de notification qu'elles prévoient, un recours administratif dirigé contre un document d'urbanisme ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol ne proroge pas le délai du recours contentieux. Il ne peut être remédié à l'omission des formalités de notification du recours administratif que dans le délai de quinze jours qu'elles prévoient. Dans ce cas, la date à laquelle a été formé le recours administratif initial constitue le point de départ de la prorogation du délai de recours contentieux résultant de la formation, dans les formes requises, de ce recours administratif. En revanche, la présentation d'un nouveau recours administratif assorti des formalités de notification après l'expiration du délai de quinze jours ne pallie pas le défaut de notification du premier recours et ne permet donc pas la prorogation du délai de recours contentieux. Cette situation ne fait toutefois pas obstacle à ce que la personne intéressée forme, en respectant les formalités de notification propres à ce recours, un recours contentieux dans le délai de droit commun de deux mois qui lui est imparti.

5. Mme B épouse D et Mmes D ont, par une demande présentée par ministère d'avocat et enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulon le 18 octobre 2019, sollicité l'annulation de l'arrêté du 15 avril 2019 par lequel le maire de Roquebrune-sur-Argens a délivré à Mme E un permis de construire une villa d'habitation avec garage et piscine sur le territoire communal. Il ressort des pièces du dossier de première instance que le greffier en chef du tribunal administratif de Toulon les a, par lettre du 7 novembre 2019 distribuée le 8 novembre suivant, invitées à justifier de l'accomplissement des formalités prescrites par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, en produisant la preuve de la notification de leurs recours administratif et contentieux. En outre, dans son mémoire en défense enregistré le 14 janvier 2020, la commune de Roquebrune-sur-Argens a soulevé une fin de non-recevoir tirée du défaut d'accomplissement de cette même formalité. En réponse à l'invitation du greffe, les requérantes ont adressé au greffier en chef une lettre enregistrée le 8 novembre 2019, faisant état de la production du " courrier recommandé " adressé à la commune et à la pétitionnaire. Cette lettre était accompagnée d'un bordereau énumérant deux pièces, à savoir " courrier recommandé () adressé à la mairie de Roquebrune-sur-Argens " et " courrier recommandé adressé à Mme E " et des pièces correspondantes, à savoir la preuve de la notification du recours contentieux à l'une et l'autre. En réponse à la fin de non-recevoir opposée par la commune, les requérantes ont, par deux mémoires enregistrés les 12 et 28 mai 2020, soutenu qu'elles avaient respecté les formalités prescrites par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme au motif qu'elles avaient régulièrement notifié leur recours contentieux à la commune et au pétitionnaire. A l'appui de ces mémoires, elles ont produit une pièce n°10 intitulée " Notifications du recours à la commune et Mme E " ainsi que les pièces annoncées, qui correspondaient en tous points aux développements figurant dans les écritures. Ainsi, et contrairement à ce qu'elles soutiennent en appel, les requérantes, qui se réfèrent à nouveau à la pièce jointe n° 10 qui concerne la notification du recours contentieux et non celle du recours administratif, n'ont pas produit la preuve de la notification de leur recours gracieux avant la clôture de l'instruction en première instance.

6. Certes, après avoir pris connaissance des conclusions du rapporteur public en première instance, elles ont finalement transmis la preuve de la notification de leur recours gracieux par note en délibéré.

7. Toutefois, lorsqu'il est saisi, postérieurement à la clôture de l'instruction et au prononcé des conclusions du rapporteur public, d'une note en délibéré émanant d'une des parties à l'instance, il appartient dans tous les cas au juge administratif d'en prendre connaissance avant de rendre sa décision. S'il a toujours la faculté, dans l'intérêt d'une bonne justice, de rouvrir l'instruction et de soumettre au débat contradictoire les éléments contenus dans la note en délibéré, il n'est tenu de le faire à peine d'irrégularité de sa décision que si cette note contient soit l'exposé d'une circonstance de fait dont la partie qui l'invoque n'était pas en mesure de faire état avant la clôture de l'instruction et que le juge ne pourrait ignorer sans fonder sa décision sur des faits matériellement inexacts, soit d'une circonstance de droit nouvelle ou que le juge devrait relever d'office.

8. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit, Mme B épouse D et Mmes D ont été invitées à régulariser leur requête au cours de l'instruction en produisant la preuve de la notification de recours gracieux et avaient par ailleurs connaissance de la fin de non-recevoir figurant dans le mémoire en défense de la commune de Roquebrune-sur-Argens qui leur a été communiqué. Par ailleurs, elles n'invoquent aucune circonstance qui les aurait privées de la possibilité de produire la preuve de la notification de leur recours gracieux avant la clôture de l'instruction. Par suite, le tribunal administratif de Toulon n'était pas tenu rouvrir l'instruction pour prendre en compte les éléments versés au dossier par note en délibéré.

9. En l'absence de preuve de la notification du recours gracieux à la pétitionnaire, ce recours n'a pas eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux. Ce délai a commencé à courir au plus tard le 28 mai 2019, date à laquelle les requérantes ont eu connaissance acquise dudit permis par l'exercice de leur recours gracieux. Dans ces conditions, la requête introduite le 18 octobre 2019 devant le tribunal administratif de Toulon, postérieurement à l'expiration du délai de deux mois prévu par les dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, était tardive et, par suite, irrecevable ainsi que l'a jugé à bon droit le tribunal administratif de Toulon.

10. Enfin, lorsque l'auteur d'un recours entrant dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme n'a pas justifié en première instance de l'accomplissement des formalités requises alors qu'il a été mis à même de le faire, soit par une fin de non-recevoir opposée par le défendeur, soit par une invitation à régulariser adressée par le tribunal administratif, il n'est pas recevable à produire ces justifications pour la première fois en appel, qu'il s'agisse de la notification de son recours contentieux ou de son recours administratif. Ainsi qu'il a été dit au point 5, les requérantes ont été mises en mesure de régulariser leur requête de première instance. Par suite, ni la référence en appel aux pièces produites en première instance par note en délibéré, ni, en tout état de cause, la production en appel par les requérantes de la preuve de la notification de leur recours contentieux, ou des éléments permettant d'établir la date de réception de leur recours gracieux par la commune, n'ont pu être de nature à régulariser la recevabilité de leur demande de première instance. Elles ne sont donc pas fondées à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Toulon a rejeté leur requête comme irrecevable pour cause de tardiveté, les intéressées ne pouvant utilement critiquer le deuxième motif d'irrecevabilité retenu par le tribunal qui présente un caractère surabondant.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de se prononcer sur l'autre motif d'irrecevabilité que la requête d'appel de Mme B épouse D et Mmes D, qui est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse D et de Mmes D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D, représentante unique des requérantes.

Copie en sera adressée à la commune de Roquebrune-sur-Argens et à Mme E.

Fait à Marseille, le 19 août 2022.

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