Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. D... B... a demandé au tribunal administratif de Nice d’annuler la décision du 15 avril 2021 par laquelle l’inspectrice du travail de la 9ème section de l’unité départementale de contrôle Ouest des Alpes-Maritimes a autorisé la société Fitlane à le licencier pour motif économique.
Par un jugement n° 2103196 du 10 novembre 2022, le tribunal administratif de Nice a, à l’article 1er, annulé la décision du 15 avril 2021, à l’article 2, mis à la charge de la société Fitlane la somme de 1 200 euros à verser à M. B... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et à l’article 3, rejeté le surplus des conclusions de la requête.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 janvier et 6 avril 2023, sous le n° 23MA00046, la société par actions simplifiée (SAS) Fitlane, représentée par Me Touranchet, demande à la Cour :
1°) d’annuler ce jugement du tribunal administratif de Nice du 10 novembre 2022 ;
2°) de rejeter la demande présentée par M. B... devant le tribunal administratif de Nice.
Elle soutient que :
- le tribunal a méconnu les éléments de faits et de droit versés au débat ainsi que les règles en matière de charge de la preuve ;
- le motif économique justifiant le licenciement de M. B... est pleinement justifié ;
- les recherches de reclassement ont été loyales et sérieuses.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 8 mars et 5 mai 2023, M. B... représenté par Me Molines, conclut au rejet de la requête de la société Fitlane et demande à la Cour de mettre à sa charge la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Fitlane ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au ministre du travail, du plein emploi et de l’insertion, qui n’a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Marchessaux,
- et les conclusions de M. Guillaumont, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B... a été employé, à partir du 2 juillet 2007, dans le cadre d’un contrat à durée déterminée puis d’un contrat à durée indéterminée à temps complet, en qualité de commercial par la société par actions simplifiée (SAS) Fitlane, occupant, en dernier lieu, un poste de cadre en tant que directeur de plusieurs clubs de fitness situés à Nice. La SAS Fitlane, qui exerce son activité d’exploitation de salles de sport depuis l’année 2004, a été rachetée par le groupe Fitness Park le 31 juillet 2019. En 2020, alors que M. B... bénéficiait du statut de salarié protégé en qualité de représentant syndical, la SAS Fitlane a engagé une procédure de consultation des organes des représentants du personnel en vue d’engager un programme de restructuration de la société Fitlane, impliquant notamment la réorganisation du fonctionnement des salles de sport et la mise en œuvre d’un projet de licenciements collectifs dans le cadre d’un plan de sauvegarde de l’emploi prévoyant la suppression de 56 postes. Par décision du 17 août 2020, la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (DIRECCTE) de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur a validé l’accord collectif majoritaire portant sur le plan de sauvegarde de l’emploi. Une première demande d’autorisation de licenciement concernant M. B... a été rejetée par la DIRECCTE de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur pour vice de procédure par une décision du 3 décembre 2020. M. B... a été convoqué le 30 décembre 2020 à un entretien préalable en vue d’un éventuel licenciement pour motif économique. Par une lettre du 3 février 2021, son employeur a de nouveau sollicité auprès de l’inspectrice du travail l’autorisation de licencier M. B... pour motif économique. Par une décision du 15 avril 2021, l’inspectrice du travail a accordé cette autorisation. La société Fitlane relève appel du jugement du 10 novembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Nice a annulé cette décision du 15 avril 2021.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
2. Aux termes de l’article L. 1233-4 du code du travail : « Le licenciement pour motif économique d'un salarié ne peut intervenir que lorsque tous les efforts de formation et d'adaptation ont été réalisés et que le reclassement de l'intéressé ne peut être opéré sur les emplois disponibles, situés sur le territoire national dans l'entreprise ou les autres entreprises du groupe dont l'entreprise fait partie et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. / Pour l'application du présent article, la notion de groupe désigne le groupe formé par une entreprise appelée entreprise dominante et les entreprises qu'elle contrôle dans les conditions définies à l'article L. 233-1, aux I et II de l'article L. 233-3 et à l'article L. 233-16 du code de commerce. / Le reclassement du salarié s'effectue sur un emploi relevant de la même catégorie que celui qu'il occupe ou sur un emploi équivalent assorti d'une rémunération équivalente. A défaut, et sous réserve de l'accord exprès du salarié, le reclassement s'effectue sur un emploi d'une catégorie inférieure. / L'employeur adresse de manière personnalisée les offres de reclassement à chaque salarié ou diffuse par tout moyen une liste des postes disponibles à l'ensemble des salariés, dans des conditions précisées par décret. / Les offres de reclassement proposées au salarié sont écrites et précises. ».
3. Il résulte de ces dispositions que, pour apprécier si l’employeur a satisfait à son obligation en matière de reclassement, l’autorité administrative doit s’assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qu’il a procédé à la recherche des possibilités de reclassement du salarié dans les entreprises dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d’y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel.
4. Il ressort des pièces du dossier que le licenciement de M. B... qui détenait, en dernier lieu, un poste de cadre en tant que directeur de plusieurs clubs de fitness situés à Nice, a été envisagé dès le mois de juin 2020 et que par une décision du 15 avril 2021, l’inspectrice du travail a accordé l’autorisation de le licencier. Le 29 juin 2020, la société Fitlane a proposé au salarié un reclassement sur un poste de responsable de club senior situé à Nice centre que ce dernier a refusé par courriel du 20 juillet 2020 compte tenu du fait qu’il habitait Cannes et qu’il ne pouvait se permettre de supporter des frais supplémentaires. Par la suite, la société Fitlane a communiqué aux salariés la liste des postes disponibles par mail et affichage, les 16 juin, 3, 15 et 30 juillet 2020. Cette liste de postes a été actualisée au 26 janvier 2021 et communiquée aux salariés. Toutefois, M. B... soutient que des postes de responsable de centres situés à Mougins, à Cannes et à Grasse ne lui ont pas été proposés. Il produit à l’appui de ses allégations, un courriel du 15 juin 2020 adressé à M. C..., par lequel il a candidaté au poste de « responsable régional sud », ainsi qu’un courriel du 25 juillet 2020 d’un salarié proposant sa candidature au poste de responsable de club au Fitness Park de Grasse. Le responsable des ressources humaines de Fitness Park a répondu à ce dernier qu’il pouvait l’affecter au club de Grasse. Par un autre courriel du 7 septembre 2020, M. B... a précisé à son conseil que les postes de responsables de club à Cannes et à Grasse ont été proposés à d’autres salariés. Si la société Fitlane soutient que M. B... n’a produit que des courriels écrit pas lui, ces documents constituent un début de preuve qu’il lui revient de contester utilement. Par ailleurs, il appartient à l’employeur de produire à l’autorité administrative des éléments probants attestant la matérialité des efforts et démarches entrepris et des propositions d’emplois précises formulées. Or, la société requérante n’établit pas en quoi ces postes de responsables de clubs à Mougins, Grasse et Cannes n'auraient pu être proposés à M. B..., ni n’établit ni même n’allègue que ces postes ne correspondaient pas aux qualifications et capacités de ce salarié. Par suite, le tribunal a estimé, à juste titre, que la société Fitlane n’avait pas rempli sérieusement son obligation de recherche de reclassement.
5. Il résulte de tout ce qui précède que la société Fitlane n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nice a annulé la décision du 15 avril 2021.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la société Fitlane la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par M. B... et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société Fitlane est rejetée.
Article 2 : La société Fitlane versera à M. B... une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la SAS Fitlane, à M. D... B... et au ministre du travail, du plein emploi et de l’insertion.
Délibéré après l’audience du 22 décembre 2023, où siégeaient :
- Mme Chenal-Peter, présidente de chambre,
- Mme Vincent, présidente assesseure,
- Mme Marchessaux, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 janvier 2024.