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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA00096

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA00096

mercredi 6 septembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA00096
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantAARPI OLOUMI & HMAD AVOCATS ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C A a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 8 août 2022 refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

Par un jugement n° 2204362 du 13 décembre 2022, le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2023, Mme A, représentée par Me Oloumi, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 13 décembre 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et de lui délivrer dans cette attente un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre subsidiaire, de réexaminer son droit au séjour et de lui délivrer dans l'attente d'une nouvelle décision un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler à compter de la notification de la décision à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les premiers juges ont commis une erreur de droit relative à l'autorité de chose jugée du jugement du 4 novembre 2021 du tribunal administratif de Nice ;

- ils ont commis une erreur de droit quant aux preuves de sa résidence habituelle sur le territoire depuis l'année 2013 ;

- ils ont commis une erreur de droit quant aux conséquences de l'erreur de fait commise par le préfet dans l'appréciation de son droit au séjour et ont substitué leur appréciation à celle du préfet ;

- c'est à tort que les premiers juges ont estimé que la décision attaquée ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- ils ont commis une erreur de droit en considérant que l'arrêté en litige ne méconnaissait pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé au regard de la preuve de l'ancienneté de sa résidence habituelle sur le territoire en ce qu'il n'a pas précisé les périodes pour lesquelles les justificatifs de présence étaient insuffisants ;

- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa résidence habituelle sur le territoire est établie depuis l'année 2013 ;

- le préfet a commis une erreur de fait en considérant qu'elle n'établissait ni la date de son arrivée sur le territoire en 2013 ni le caractère continu de son séjour ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché de plusieurs erreurs de fait relatives à son insertion professionnelle et sociale ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme A a été rejetée par une décision du 28 avril 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, de nationalité indienne, née en 1984, demande l'annulation du jugement du 13 décembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Nice a rejeté sa requête dirigée contre l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 8 août 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les premiers vice-présidents () des cours, () peuvent, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Hormis le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. La requérante ne peut donc utilement se prévaloir des erreurs de droit qu'auraient commis les premiers juges pour demander l'annulation du jugement attaqué.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

4. En premier lieu, comme indiqué par les motifs du jugement qu'il convient d'adopter, l'arrêté contesté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est donc suffisamment motivé. La circonstance tenant à ce que le préfet n'aurait pas indiqué pour chacune des années en cause les raisons qui le conduisaient à estimer que les justificatifs produits n'étaient pas suffisants pour établir la réalité de la résidence habituelle en France de Mme A ne peut être regardée comme constituant un défaut de motivation.

5. En deuxième lieu, Mme A se prévaut de sa résidence habituelle sur le territoire depuis qu'elle déclare y être entrée le 2 décembre 2013, de sa vie familiale avec son compagnon et leurs trois enfants ainsi que de son insertion socioprofessionnelle. Il ressort des pièces du dossier que la requérante est entrée à Athènes le 30 novembre 2013 munie d'un visa Schengen délivré par les autorités grecques valable du 9 novembre 2013 au 8 janvier 2014 mais elle ne peut prétendre être entrée en France le 2 décembre 2013 par la seule production d'un billet d'avion. Par ailleurs, l'ensemble des pièces versées, comprenant notamment, pour l'année 2015 une carte médicale à l'aide médicale d'état valable du 28 octobre 2014 au 27 octobre 2015, un avis de situation déclaration déclarative sur le revenu 2016 faisant état de 250 euros de revenus pour l'année 2015, 6 attestations de domiciliation postale valables du 17 février au 26 janvier 2016, 3 ordonnances médicales des 18 mai, 2 juin et 28 août, pour l'année 2016, un courrier d'acceptation de sa demande d'aide médicale d'état pour la période du 28 octobre 2016 au 27 janvier 2017, un avis de situation déclarative à l'impôt sur le revenu 2017 faisant état de 350 euros de revenus en 2016, de 4 attestations de domiciliation postale valables 4 février au 13 décembre, de 8 ordonnances médicales réparties sur l'année, pour l'année 2020 d'une carte d'admission à l'aide médicale d'état valable du 28 octobre 2020 au 27 octobre 2021, d'un avis d'impôt sur les revenus 2020 faisant état de 4 114 euros, d'un compte-rendu d'analyse du 14 septembre, d'un compte rendu d'échographie du 22 septembre, et pour l'année 2021, d'une carte médicale à l'aide d'état valable du 28 octobre 2021 au 27 octobre 2022, d'une autorisation provisoire de séjour valable du 5 février au 4 mai et de factures d'électricité éparses ne peuvent être regardées comme démontrant une résidence habituelle pour la période invoquée. En outre, les autres pièces versées au dossier, en particulier la production de promesses d'embauche en date des 27 janvier 2021 et 21 décembre 2021 et 5 mai 2022 en qualité d'esthéticienne et de prothésiste ongulaire, ne permettent pas d'établir une insertion socioprofessionnelle significative de Mme A étant précisé que si l'intéressée a perçu des salaires pour les années 2016 à 2019, les revenus annuels étaient faibles, de l'ordre de 4 000 euros. De plus, le dossier, constitué principalement de documents administratifs et de nature médicale ne permettent pas d'établir une réelle communauté de vie avec son compagnon, compatriote dont il est constant qu'il est en situation irrégulière, ni l'intensité de liens personnels intenses et stables qu'elle aurait tissés sur le territoire, les attestations produites à cet égard n'étant pas suffisamment circonstanciées. Il convient aussi de relever que Mme A ne fait état d'aucun élément qui ferait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale dans son pays d'origine dont tous les membres sont ressortissants, ni à la poursuite de la scolarité de son fils B né le 29 septembre 2017. Enfin, quand bien même sa sœur réside régulièrement sur le territoire, elle n'établit pas qu'elle serait dépourvue de toute attache en Inde, et il n'est à ce titre pas contesté qu'y résident son père et son frère. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels ce refus a été pris. Par suite, c'est sans commettre les erreurs de fait invoquées et sans méconnaître les stipulations de l'article 8 de la convention européenne, ni les dispositions de l'article L.423-23, que le préfet a pris l'arrêté du 8 août 2022. Pour les mêmes motifs, l'arrêté préfectoral n'est pas entaché d'une méconnaissance des dispositions de l'article L.435-1 du code précité dès lors que des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels ne ressortent pas de l'examen du dossier, ni d'une erreur manifeste d'appréciation sur l'ensemble de sa situation personnelle.

6. En troisième lieu, les moyens portant sur la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée et le non-respect de l'article 3-1 de la convention de New-York doivent être écartés par adoption des motifs appropriés du tribunal.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme A, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et à Me Oloumi.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Marseille, le 6 septembre 2023

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