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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA00893

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA00893

mercredi 6 septembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA00893
TypeOrdonnance
Avocat requérantPACCARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.

Par un jugement n°2205649 du 8 novembre 2022, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 12 avril 2023, M. B, représenté par Me Paccard, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 8 novembre 2022 du tribunal administratif de Marseille ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2022 du préfet des Bouches-du-Rhône ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le tribunal a entaché son jugement de contradiction au point 4 de son jugement ;

- l'arrêté méconnaît l'article 6 alinéa 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne peut bénéficier, dans son pays, de soins adaptés à sa pathologie et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne et est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille du 3 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité algérienne, demande l'annulation du jugement par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 17 mai 2022 refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. / Le certificat de résidence délivré au titre du présent article donne droit à l'exercice d'une activité professionnelle () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B bénéficie d'un suivi par l'injection de l'antipsychotique Zypadhera tous les quatorze jours, à raison de symptômes psychotiques ayant notamment entraîné son hospitalisation durant trente-six jours en 2019. Le préfet des Bouches-du-Rhône a sollicité l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, lequel a estimé, dans un avis du 30 mars 2022, que M. B présente un état de santé qui nécessite une prise en charge médicale, mais dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui lui permet de voyager sans risque à destination de son pays d'origine. Depuis le précédent avis du 1er mars 2021 du collège de médecins, à l'occasion duquel il a estimé que M. B pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Algérie, l'état de santé du requérant s'est stabilisé, notamment en raison de l'injection de l'antipsychotique Zypadhera de manière régulière. M. B soutient toutefois que son traitement ne peut être arrêté ni substitué par un autre médicament, et que l'antipsychotique Zypadhera n'est pas disponible en Algérie, produisant un certificat médical du 1er juin 2022 postérieur à l'arrêté en litige, estimant que le Zypadhera " est indisponible sur le marché algérien ou au niveau des structures hospitalières algériennes ". Il produit également une capture d'écran en ce sens. En outre un certificat du 14 juin 2022 estime qu'" il n'est pas possible de substituer ce traitement actuel par un autre issu d'une autre classe thérapeutique ; une éventuelle substitution de ce traitement bénéfique serait de nature à engager le risque vital en raison du risque suicidaire majeur lors des rechutes ". L'ensemble de ces éléments, tendant à démontrer que, d'une part, le Zypadhera n'est pas disponible en Algérie, ou que, d'autre part, l'interruption du traitement ou sa substitution par un autre médicament présenterait des risques majeurs pour le requérant, ne sauraient suffire à infirmer le dernier avis émis par le collège des médecins qui a considéré que le défaut de prise en charge médicale du requérant ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. En tout état de cause, les certificats médicaux produits postérieurement à l'arrêté en litige, insuffisamment précis et circonstanciés, ne permettent pas d'établir que le Zypadhera ou une alternative ne seraient pas disponibles en Algérie. Par suite, et alors qu'il résulte de ce qui précède que les motifs du jugement sont confirmés et ne sont pas entachés de contradiction, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 alinéa 7 de l'accord franco-algérien et de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, l'arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. B soutient qu'il réside en France depuis le mois de mai 2019 et qu'il y a établi sa vie privée compte-tenu de la présence de membres de sa famille et de l'ancienneté de sa présence. Il produit le certificat de résidence de sa sœur, la pièce d'identité de son beau-frère et de son neveu, le récépissé de demande de titre de son frère et le passeport de sa mère, toutefois sans démontrer être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, pays dans lequel il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 22 ans. Célibataire et sans enfants, si son père est décédé en 2004, son frère, titulaire d'un récépissé de demande de titre, n'a qu'un droit provisoire au séjour tandis qu'il ne démontre pas la présence en France de sa mère par la seule production d'une facture de gaz à la même adresse à laquelle il vit avec son frère. En outre, il fait état d'une activité de coursier à vélo par la production d'un extrait Kbis et une déclaration d'absence de chiffre d'affaires de juillet 2021 et de travail en intérim, du 2 août 2021 au 17 août 2021 pour 94 heures de travail, du 4 octobre 2021 au 3 novembre 2021 pour 159 heures de travail et le 28 février 2022 pour huit heures de travail en qualité d'aide plombier. Ne démontrant pas la réalité de son activité de coursier à vélo, tandis que son travail en intérim revêt un caractère très irrégulier, ces éléments ne sauraient suffire à caractériser une insertion socio-professionnelle notable. Par ailleurs, si les pièces qu'il produit permettent d'établir l'ancienneté de sa présence sur le territoire, notamment des documents liés à son hospitalisation du 3 juillet 2019 au 8 août 2019, une carte individuelle d'admission à l'aide médicale de l'Etat pour la période du 3 octobre 2020 au 2 octobre 2021, un certificat de résidence algérien pour la période du 1er mars 2021 au 30 novembre 2021, et des preuves de travail en 2021 et 2022, sa présence demeure récente et les éléments versés ne permettent pas de considérer qu'il a transféré en France le centre de ses intérêts. Dans ces conditions, et eu égard à ce qui a été dit relativement à son état de santé au point 3, l'arrêté en litige du préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard au but poursuivi par la mesure et par suite n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Paccard.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 6 septembre 2023

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