lundi 24 juillet 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-23MA00927 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | D |
| Avocat requérant | MORA |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A B a demandé au tribunal administratif de Toulon d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2021 par lequel le maire de Saint-Tropez a délivré un permis de construire à la société civile immobilière (SCI) Nisa.
Par une ordonnance n° 2102982 du 28 janvier 2022, le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Toulon a, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 13 avril, 9 et 29 juin 2023, Mme B, représentée par Me Mora, demande à la Cour :
1°) d'annuler l'ordonnance du 28 janvier 2022 du président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Toulon ;
2°) à titre principal, de renvoyer l'affaire devant le tribunal administratif de Toulon ; à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2021 du maire de Saint-Tropez ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Tropez la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- l'ordonnance attaquée est irrégulière, dans la mesure où elle avait apporté la preuve de la notification de son recours contentieux tant au maire de Saint-Tropez qu'au pétitionnaire de l'arrêté contesté, en application des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- elle méconnaît les droits de la défense et le droit effectif à l'assistance d'un avocat, au regard notamment des dispositions de l'article R. 431-1 du code de justice administrative ;
- l'arrêté contesté méconnaît l'article 15 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de Saint-Tropez ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-1 du code de l'urbanisme ;
- un dossier de permis de démolir distinct du dossier de permis de construire aurait dû être élaboré, en application des dispositions des articles R. 421-27 et R. 421-28 du code de l'urbanisme ; en l'absence de permis de démolir, l'arrêté contesté méconnaît les dispositions des articles R. 421-27 et R. 421-28 du code de l'urbanisme ;
- le dossier de permis de construire est incomplet en l'absence de notice au sein du projet architectural, au regard des dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté contesté est entaché d'une fraude au regard des dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation quant aux risques générés par le projet litigieux ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 6 UA du règlement du PLU de Saint-Tropez ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme.
Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 janvier 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.
Par des mémoires en défense enregistrés les 11 mai et 19 juin 2023, la commune de Saint-Tropez, représentée par Me Antoine, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête d'appel est irrecevable pour avoir été formée après l'expiration du délai d'appel ;
- la requête est irrecevable en l'absence de notification conformément aux dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
La requête a été communiquée à la société civile immobilière (SCI) Nisa, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu :
- l'ordonnance n° 23MA00742 du 24 mai 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B demande l'annulation de l'ordonnance par laquelle le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Toulon a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du 13 septembre 2021 par lequel le maire de Saint-Tropez a délivré un permis de construire à la société civile immobilière (SCI) Nisa.
2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours () peuvent, par ordonnance : () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens () ".
Sur la recevabilité de la requête d'appel :
3. Aux termes de l'article R. 811-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition contraire, le délai d'appel est de deux mois. Il court contre toute partie à l'instance à compter du jour où la notification a été faite à cette partie dans les conditions prévues aux articles R. 751-3 à R. 751-4-1. () ". Selon l'article 44 du décret du 28 décembre 2020 : " I- En matière civile, lorsqu'une demande d'aide juridictionnelle en vue de se pourvoir devant la Cour de cassation ou de former une demande de réexamen devant la cour mentionnée à l'article L. 452-3 du code de l'organisation judiciaire est déposée ou adressée au bureau d'aide juridictionnelle établi près la Cour de cassation avant l'expiration du délai imparti pour le dépôt du pourvoi, de la demande de réexamen ou des mémoires, ce délai est interrompu. Un nouveau délai de recours court à compter de la notification de la décision du bureau d'aide juridictionnelle ou, si elle est plus tardive, de la date à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné. () Par dérogation aux premier et troisième alinéas, le délai imparti pour le dépôt du pourvoi en cassation, de la demande de réexamen ou des mémoires n'est pas interrompu lorsque, à la suite du rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, le demandeur présente une nouvelle demande ayant le même objet que la précédente. / II- Les délais de recours sont interrompus dans les conditions prévues au I lorsque l'aide juridictionnelle est sollicitée à l'occasion d'une instance devant le Conseil d'Etat, une cour administrative d'appel ou une juridiction administrative spécialisée statuant en premier et dernier ressort ou en appel à charge de recours en cassation devant le Conseil d'Etat ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 23 de la loi du 10 juillet 1991 : " Les recours contre les décisions du bureau d'aide juridictionnelle peuvent être exercés par l'intéressé lui-même lorsque le bénéfice de l'aide juridictionnelle lui a été refusé, ne lui a été accordé que partiellement ou lorsque ce bénéfice lui a été retiré. " En vertu du premier alinéa de l'article 69 du décret susvisé du 28 décembre 2020 ce délai de recours " est de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision à l'intéressé ". Enfin, aux termes de l'article 56 de ce même décret : " La décision du bureau, de la section du bureau ou de leur président est notifiée à l'intéressé par le secrétaire du bureau ou de la section du bureau par lettre simple en cas d'admission à l'aide juridictionnelle totale, et au moyen de tout dispositif permettant d'attester la date de réception dans les autres cas. "
4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'une demande d'aide juridictionnelle interrompt le délai d'appel et qu'un nouveau délai de même durée recommence à courir à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours après la notification à l'intéressé de la décision se prononçant sur sa demande d'aide juridictionnelle ou, si elle est plus tardive, à compter de la date de désignation de l'auxiliaire de justice au titre de l'aide juridictionnelle.
5. Il ressort des pièces du dossier que l'ordonnance attaquée a été notifiée à Mme B le 16 février 2022, date à laquelle a commencé à courir le délai d'appel de deux mois prévu par les dispositions précitées de l'article R. 811-2 du code de justice administrative. Celle-ci a, dans ce délai, saisi le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille de deux demandes d'aide juridictionnelle le 14 mars 2022. Ces demandes ont fait l'objet, le 30 septembre 2022, d'une décision de caducité et d'une décision de rejet de la part du bureau susmentionné, lesquelles ont été notifiées à l'intéressée le 31 octobre 2022. Si Mme B soutient " avoir pris attache avec le bureau de l'aide juridictionnelle " qui aurait " accepté de revenir sur ses précédentes décisions ", il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'un recours contre la décision de rejet de la demande d'aide juridictionnelle ait été adressé à la présidente de la Cour, seule procédure qui aurait pu permettre de conserver le délai d'appel. La lettre et le dossier adressés par la requérante au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille le 8 novembre 2022 constituaient dès lors une nouvelle demande d'aide juridictionnelle, présentée près de neuf mois postérieurement à la date de notification de l'ordonnance attaquée, et n'étaient dès lors pas de nature à interrompre à nouveau les délais de recours, en vertu des dispositions précitées de l'article 44 du décret du 28 décembre 2020. Dans ces conditions, le délai d'appel ouvert contre l'ordonnance attaquée expirait le 15 janvier 2023, à l'expiration du délai de deux mois courant à compter de l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification de la décision du 30 septembre 2022 par laquelle le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille a rejeté la demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme B. Par suite, la requête enregistrée le 13 avril 2023 est tardive.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme B est manifestement irrecevable et ne peut, par suite, qu'être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Tropez, qui n'est pas, dans la présente instance, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par la commune de Saint-Tropez à ce titre.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Mora et à la commune de Saint-Tropez.
Copie en sera adressée à la société civile immobilière (SCI) Nisa.
Fait à Marseille, le 24 juillet 2023
Le président de la 1ère chambre
Signé
P. Portail
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,