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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA01470

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA01470

vendredi 12 janvier 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA01470
TypeDécision
Formation7ème chambre - formation à 3
Avocat requérantBENSIMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A D épouse C a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2022 du préfet des Alpes de Haute-Provence portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Par un jugement n° 2209237 du 16 février 2023, le tribunal administratif de Marseille a rejeté cette demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2023, sous le n° 23MA01470, Mme D épouse C, représentée par Me Bensimon, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement du 16 février 2023 du tribunal administratif de Marseille ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Bensimon au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 lequel s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;

- il viole les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation

- elle remplit les critères fixés par la circulaire du 28 novembre 2012.

Mme D épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 avril 2023.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes de Haute-Provence qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Marchessaux a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D épouse C, ressortissante algérienne née le 17 janvier 1984, a sollicité le 9 novembre 2021 la délivrance d'un certificat de résidence, sur le fondement des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Cette demande a fait l'objet d'un arrêté du 6 octobre 2022 par lequel le préfet des Alpes de Haute-Provence a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme D épouse C relève appel du jugement attaqué par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté du 6 octobre 2022.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

2. Par un arrêté du préfet des Alpes de Haute-Provence du 14 février 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 04-2022-025 le même jour, M. E B, signataire de l'arrêté en litige, bénéficiait, en sa qualité de secrétaire général de la préfecture des Alpes de Haute-Provence, d'une délégation à l'effet de signer notamment toutes les décisions relevant de la " police des étrangers ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté comme manquant en fait.

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme D épouse C est entrée en France, le 1er avril 2016, sous couvert d'un visa de court séjour, accompagnée de son époux de nationalité algérienne et de leurs deux enfants nés les 26 juin 2013 et 11 février 2015 en Algérie. Un troisième enfant est né le 27 mai 2017 sur le territoire français. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 23 septembre 2016 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 27 mars 2017 de la Cour nationale du droit d'asile. Son époux est également en situation irrégulière et fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Par ailleurs, Mme D épouse C n'établit pas être dépourvue d'attache familiale dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans. Elle ne démontre pas davantage l'impossibilité pour sa cellule familiale de s'y reconstituer et pour ses enfants d'y poursuivre leur scolarité. Dans ses conditions nonobstant la scolarisation de ses trois enfants, son travail d'emploi familial, sous la forme de contrats CESU depuis le mois de juin 2018, et son implication dans le tissu associatif local, eu égard à la durée de la présence en France de Mme D épouse C et à ses conditions de séjour, l'arrêté contesté n'a pas porté une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris, et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. Dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D épouse C n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2022.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, tout ou partie de la somme que le conseil de Mme D épouse C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A D épouse C, à Me Bensimon et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes de Haute-Provence.

Délibéré après l'audience du 22 décembre 2023, où siégeaient :

- Mme Chenal-Peter, présidente de chambre,

- Mme Vincent, présidente assesseure,

- Mme Marchessaux, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 janvier 2024.

bb

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