mercredi 8 novembre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-23MA01677 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SELARL LEXSTONE AVOCATS;GONAND |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C D et Mme E D ont demandé au tribunal administratif de Toulon d'annuler la décision du 5 septembre 2022 par laquelle le maire de la commune de Besse-sur-Issole ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de Mme A B pour un changement de fenêtres d'un bâtiment sur un terrain cadastré F 103, 632, 932 et 934, ensemble la décision portant rejet de leur recours gracieux.
Par une ordonnance n° 2300663 du 4 mai 2023, le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Toulon a rejeté leur demande en application de l'article R. 222-1 4°) du code de justice administrative comme manifestement irrecevable.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 3 juillet 2023, M. C D et Mme E D, représentés par Me Durand-Stéphan, demandent à la cour :
1°) d'annuler cette ordonnance du 4 mai 2023 du président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Toulon ;
2°) de faire droit à leur demande de première instance ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Besse-sur-Issole la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'ordonnance attaquée a méconnu les dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme car en produisant un constat d'huissier mentionnant leur qualité de propriétaires des parcelles cadastrées section F n° 692 et 105 sises à Besse-sur-Issoles, les requérants ont justifié de leur qualité de propriétaires du terrain voisin du terrain d'assiette du projet en litige.
- ils justifient d'un intérêt à agir ;
- la déclaration de travaux est entachée de fraude ;
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- le dossier de déclaration de travaux est incomplet au regard de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme ;
- la décision attaquée méconnaît l'article Ua.11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune.
Par un mémoire enregistré le 11 octobre 2023, Mme B, représentée par Me Bertelle, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire qu'il soit sursis à statuer en application des dispositions de l'article L. 600-5-1, et à la mise à la charge des consorts D de la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir.
Par un mémoire enregistré le 13 octobre 2023, la commune de Besses-sur-Issole, représentée par Me Reghin, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire qu'il soit sursis à statuer en application des dispositions de l'article L. 600-5-1, et à la mise à la charge des consorts D de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. Par une ordonnance du 4 mai 2023, prise sur le fondement du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, le président de la première chambre du tribunal administratif de Toulon a rejeté comme irrecevable la demande des consorts D, tendant à l'annulation de la décision du 5 septembre 2022, par laquelle le maire de Besse-sur Issole ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux de Mme B, pour un changement de fenêtres sur le bâtiment situé sur la parcelle cadastrée section F n° 103, 632, 932, et 934, aux motifs que les intéressés n'avaient pas produit leur titre de propriété, en méconnaissance de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme.
3. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours peuvent, par ordonnance : / () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; () ".
4. Aux termes de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme : " Les requêtes dirigées contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code doivent, à peine d'irrecevabilité, être accompagnées du titre de propriété, de la promesse de vente, du bail, du contrat préliminaire mentionné à l' article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation , du contrat de bail, ou de tout autre acte de nature à établir le caractère régulier de l'occupation ou de la détention de son bien par le requérant./ Lorsqu'elles sont introduites par une association, ces mêmes requêtes doivent, à peine d'irrecevabilité, être accompagnées des statuts de celle-ci, ainsi que du récépissé attestant de sa déclaration en préfecture. / Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire. ". L'article R. 612-1 du code de justice administrative dispose que : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser () / La demande de régularisation mentionne qu'à défaut de régularisation, les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7 ".
5. Il appartient à l'auteur d'un recours contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol, autre que le pétitionnaire, de produire la ou les pièces requises par l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme, notamment, s'agissant d'un requérant autre que l'Etat, une collectivité territoriale, un groupement de collectivités territoriales ou une association, le titre ou l'acte correspondant au bien dont les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance seraient selon lui directement affectées par le projet litigieux. Les dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ne peuvent toutefois être opposées sans que l'auteur de la requête soit invité à la régulariser en produisant les pièces requises, notamment par la voie de la demande de régularisation prévue par les dispositions de l'article R. 612-1 du code de l'urbanisme.
6. Sous réserve du cas dans lequel le juge d'appel annulerait le jugement et statuerait sur la demande de première instance par la voie de l'évocation, le requérant n'est pas recevable à produire pour la première fois en appel ces éléments justificatifs, notamment, s'agissant d'un requérant entrant dans le champ d'application du premier alinéa de l'article R. 600-4, le titre ou l'acte correspondant à l'intérêt pour agir dont il se prévalait en première instance.
7. En l'espèce, la demande de régularisation qui a été adressée aux consorts D, par un courrier du 7 mars 2023, dont leur mandataire a accusé réception le 8 mars 2023 dans l'application Télérecours, mentionnait qu'à défaut de régularisation dans un délai de 15 jours, les conclusions pourraient être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti.
8. Les appelants soulignent qu'ils ont produit en première instance un constat dressé par un commissaire de justice mentionnant leur titre de propriété et que les constatations effectuées par cet auxiliaire de justice font foi jusqu'à la preuve contraire. Toutefois, et en tout état de cause, le commissaire de justice qui a établi un constat le 12 septembre 2022 mentionne que les consorts D lui ont exposé qu'ils sont propriétaires d'une maison de village cadastrée F 692 sise à Besse-sur-Issole, et nullement qu'il a eu communication de leur titre de propriété. Dans ces conditions, les requérants n'établissent pas avoir produit, devant le tribunal, les titres exigés par l'article R. 600-4 précité du code de l'urbanisme. Ainsi qu'il a été dit plus haut, les requérants ne peuvent régulariser cette omission en appel. Leur demande devant le tribunal administratif de Toulon était dès lors manifestement irrecevable et pouvait être rejetée selon la modalité prévue par l'article R. 222-1 précité du code de justice administrative.
9. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'ordonnance attaquée est entachée d'irrégularité et à en demander l'annulation.
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a lieu de faire droit à aucune des conclusions des parties fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1er : La requête de Mme et M. D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Besse-sur-Issole et de Mme B tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D et Mme E D, à Mme A B, et à la commune de Besse-sur-Issole.
Fait à Marseille, le 8 novembre 2023.
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