vendredi 5 avril 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-23MA02594 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A D épouse E a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.
Par un jugement n° 2304593 du 13 octobre 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2023, Mme D, représentée par Me Almairac, demande à la cour :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler ce jugement du 13 octobre 2023 de la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nice ;
3°) d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 6 septembre 2023 ;
4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à l'examen de sa situation personnelle ;
- c'est à tort que le préfet a considéré qu'elle ne résidait pas en France depuis douze ans et que l'arrêté ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur de droit en faisant application de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du territoire dès lors qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- c'est à tort que le préfet a fondé l'arrêté sur les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle bénéficie d'un délai de départ volontaire de trente jours ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée par rapport à la décision de de rejet de sa demande d'asile.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, de nationalité russe, relève appel du jugement du 13 octobre 2023 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 6 septembre 2023 du préfet des Alpes-Maritimes l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 18 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " L'aide juridictionnelle peut être demandée avant ou pendant l'instance ". Aux termes de l'article 20 de cette loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ".
4. Par une décision du 26 janvier 2024, Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, les conclusions présentées par l'intéressée tendant à ce que la cour l'admette provisoirement à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet à la date de la présente décision. Il n'y a, par suite, plus lieu d'y statuer.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". D'autre part, selon l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".
6. L'arrêt du 6 septembre 2023 vise notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il fait état de ce que Mme D serait entrée irrégulièrement en France en 2011, de la décision du 10 août 2015 devenue définitive par laquelle l'OFPRA a rejeté sa première de demande de réexamen de sa demande d'asile et de ce que l'introduction d'une seconde demande de réexamen de sa demande d'asile n'est pas de nature à faire obstacle à son éloignement en application de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il précise sa situation privée et familiale en indiquant qu'elle se déclare mariée sans démontrer de vie stable et continue avec son époux, et indique qu'elle n'établit pas une présence habituelle et continue sur le territoire depuis douze années et qu'elle ne justifie pas l'ancienneté et la stabilité des liens personnels et familiaux dont elle pourrait se prévaloir. Ainsi, cet arrêté, contrairement à ce qui est soutenu, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, et qui permettent de vérifier que le préfet des Alpes-Maritimes a procédé à un examen de la situation personnelle de Mme D.
7. En deuxième lieu, il y a lieu d'écarter les moyens et des erreurs de droit qu'aurait commises le préfet des Alpes-Maritimes en faisant application des articles L. 412-5, L. 612-2 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 541-1 de ce code, précédemment invoqués dans les mêmes termes devant le tribunal, par adoption des motifs retenus à bon droit par la première juge au point 6 à 8 du jugement attaqué.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Mme D soutient résider habituellement en France depuis qu'elle y est entrée dans des circonstances indéterminées en 2011 avec son époux et leurs trois enfants pour demander l'asile, et où réside l'intégralité des membres de sa famille et de sa belle-famille, pour la plupart en situation régulière. Il ressort des pièces du dossier que la première demande de réexamen de la demande d'asile de Mme D a été rejetée par la décision du 10 août 2015 de l'OFPRA devenue définitive. La requérante a par la suite bénéficié d'une carte de séjour temporaire du 20 février 2017 au 19 février 2018 en raison de son état de santé et de récépissés l'autorisant à séjourner sur le territoire jusqu'au 31 mai 2022 durant l'examen de sa demande de renouvellement de son titre. Elle indique qu'elle s'est rendue en préfecture le 6 septembre 2023 pour solliciter un deuxième réexamen de sa demande d'asile. Elle a fait l'objet le jour même de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en litige. Si elle établit devant la cour que son époux a sollicité une deuxième demande de réexamen de sa demande d'asile le 20 juillet 2023, cette pièce unique le concernant ne permet toutefois pas de justifier d'une vie commune stable depuis l'année 2012 ainsi que le relevait le préfet dans l'arrêté en litige. Au surplus, cette deuxième demande de réexamen a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA le 31 juillet 2023 confirmée par une ordonnance n° 23048461 du 22 novembre 2023 de la CNDA. S'agissant de ses fils C et B, s'ils ont été scolarisés sur le territoire pour le premier de l'année 2013 à 2015 et pour le second pour l'année 2014-2015, les attestations indiquant qu'ils ont demandé l'asile en France en juillet 2023 n'établissent pas à elles seules leur présence aux côtés de la requérante de 2015 à 2023. La requérante indique par ailleurs que sa fille réside régulièrement en Suède. Si la mère de Mme D bénéficie d'une carte de séjour temporaire pluriannuelle valable jusqu'en 2024, la requérante n'établit ni la réalité et l'intensité de leurs relations, ni celles des relations qu'elle entretiendrait avec les membres de sa belle-famille résidant régulièrement sur le territoire. En dépit des périodes au titre desquelles Mme D a résidé régulièrement sur le territoire, soit de 2011 à 2015 lors de l'examen de sa demande d'asile, puis du 20 février 2017 au 31 mai 2022 lorsqu'elle était en possession d'une carte de séjour temporaire d'un an puis de récépissés de la demande de renouvellement de son titre, les pièces versées au dossier constituées notamment d'avis d'imposition sur le revenu des années 2012, 2013, 2017, et 2019 à 2022 d'un montant nul, d'attestations d'hébergement, de documents épars de nature médicale et de documents justifiant de ce qu'elle a travaillé ponctuellement en qualité de femme de ménage dans des hôtels au cours des années 2016, 2018 et 2019 et en octobre 2021, ne permettent pas d'établir l'existence d'attaches stables, anciennes et intenses sur le territoire et une insertion socioprofessionnelle significative. Les pièces complémentaires versées en appel constituées pour l'année 2020 d'une ordonnance médicale, d'une attestation d'hébergement et de tickets de caisse épars, et pour l'année 2021 d'une attestation d'hébergement, d'un mail envoyé par la requérante à la préfecture et de deux courriers de la préfecture relatifs à ses récépissés ainsi que d'un courrier de la CAF du 29 avril 2021 n'établissent pas plus que les pièces versées en première instance l'intensité de ses liens sur le territoire. En outre, il n'est pas établi que Mme D serait dépourvue de toute attache dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes, en l'obligeant à quitter le territoire français, n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ce refus a été pris. Ainsi, le moyen tiré de ce que cette décision aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
10. Contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet des Alpes-Maritimes qui mentionne dans l'arrêté en litige que la décision ne contrevient pas aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni à celles de l'article 33 de la convention de Genève " dans la mesure où l'analyse, au regard des dispositions de ces textes, des risques encourus en cas de retour de l'intéressée dans son pays d'origine, n'a pas fait apparaître que ces risques soient avérés ", ne s'est pas estimé lié par le rejet de sa demande d'asile pour fixer la Russie comme pays où elle pourrait être reconduite d'office.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradant ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
12. La requérante, dont il est constant que la première demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée de façon définitive par l'OFPRA le 10 août 2015, se borne à nouveau en appel à faire état de son intention de déposer une deuxième demande de réexamen de sa demande d'asile en raison d'éléments nouveaux qui seraient intervenus après la décision de rejet de l'OFPRA sans toutefois préciser ni ces éléments ni les raisons pour lesquelles elle allègue qu'elle serait exposée à traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées ne peut qu'être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, et doit être rejetée en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par Mme D.
Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D épouse E et à Me Almairac.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Fait à Marseille, le 5 avril 2024.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026