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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA02791

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA02791

jeudi 7 mars 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA02791
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation1ère chambre - formation à 3
Avocat requérantCABINET BERNARD DE FROMENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Toulon d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur la demande qu'il lui a adressée le 7 juillet 2019 et tendant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile et à ce qu'il soit enjoint au directeur de l'OFII de rétablir ces conditions matérielles à compter du 24 avril 2019.

Par une ordonnance du 24 septembre 2021, le président du tribunal administratif de Toulon a transmis au tribunal administratif de Nice, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A.

Par un jugement n° 2105004 du 27 septembre 2023, le tribunal administratif de Nice a annulé la décision implicite du directeur de l'OFII et rejeté le surplus des conclusions de sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 22 novembre 2023, M. A, représenté par Me Colas, demande à la Cour :

1°) de réformer ce jugement du tribunal administratif de Nice du 27 septembre 2023 en tant qu'il a prononcé l'annulation de la décision implicite du directeur de l'OFII pour défaut de motivation et rejeté ses conclusions à fin d'injonction ;

2°) d'annuler au fond la décision implicite du directeur de l'OFII ;

3°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de rétablir les conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile pour la période d'avril 2019 à mars 2020 dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il appartenait au tribunal d'examiner prioritairement les moyens qui auraient été de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de l'injonction demandée ;

- ses droits aux conditions matérielles d'accueil courent du 24 avril 2019, date d'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale, au mois de mars 2020, le statut de réfugié lui ayant été accordé le 28 février 2020 ;

- il appartenait à l'OFII de statuer sur ses demandes de rétablissement et d'apprécier sa situation particulière à la date de ces demandes, au regard notamment de sa vulnérabilité ;

- en se fondant uniquement sur son absence à une convocation alors que cette absence était justifiée, l'OFII n'a pu légalement le regarder comme s'étant soustrait à une mesure de transfert ;

- l'OFII s'est considéré à tort comme étant lié par la décision du préfet le déclarant en fuite ;

- l'OFII a méconnu l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 et commis une erreur manifeste d'appréciation quant à sa vulnérabilité ;

- l'OFII a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 janvier 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), représenté par Me de Froment, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- au motif tiré de ce que le requérant a méconnu les obligations liées à la procédure Dublin doit être substitué le nouveau motif tiré de l'absence de renouvellement de son attestation de demande d'asile et du maintien en situation irrégulière sur le territoire français sans régulariser sa situation ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. d'Izarn de Villefort,

- les conclusions de M. Quenette, rapporteur public,

- et les observations de Me Colas, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, a déposé une demande d'asile en France le 4 août 2017 et a accepté, le même jour, les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), comprenant l'allocation pour demandeur d'asile (ADA) et l'hébergement dédié. Après que, par arrêté du 22 novembre 2017, le préfet du Var a décidé son transfert vers l'Italie, il a été déclaré en fuite le 27 décembre 2017, faute de s'être présenté devant les autorités compétentes en vue de son transfert. Par décision du 9 février 2018, le directeur territorial de l'OFII à Nice a, sur le fondement des articles L. 744-8 et D. 744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Après l'expiration du délai imparti aux autorités pour procéder à son transfert, M. A a, le 16 mai 2019, déposé une demande d'asile en France, qui a donné lieu à la délivrance, le 27 mai 2019, d'une attestation de demande d'asile en procédure accélérée, renouvelée le 26 novembre 2019. Par lettres du 11 juin 2019 et du 7 juillet 2019 adressées, respectivement, au directeur territorial précité et au siège de l'OFII, M. A a demandé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par décision du 28 février 2020, il a été admis au statut de réfugié. Le 14 juin 2023, il a été naturalisé français. Par un jugement du 27 septembre 2023, le tribunal administratif de Nice a annulé, pour défaut de motivation, la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le directeur de l'OFII sur sa demande tendant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil et a rejeté le surplus des conclusions de sa demande, notamment ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à cette autorité de rétablir le bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil à compter du 24 avril 2019. M. A relève appel de ce jugement dont il demande la réformation en tant qu'il a prononcé l'annulation de la décision implicite contestée pour défaut de motivation et rejeté ses conclusions à fin d'injonction. Il conclut à l'annulation au fond de cette décision implicite et à ce qu'il soit enjoint au directeur de l'OFII de rétablir les conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile pour la période d'avril 2019 à mars 2020 dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'OFII, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'un demandeur d'asile aux conditions matérielles d'accueil, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.

3. L'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile " sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile (). Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 744-8 du même code, dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

4. Il résulte de ces dispositions que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

5. Il résulte de l'instruction que M. A, qui, le 4 août 2017, a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII, s'est ainsi engagé à se présenter à toutes les convocations de l'administration et à répondre aux demandes d'information concernant la procédure d'asile. Il a reçu notification d'un document d'information dénommé " routing " l'invitant à rejoindre, depuis le centre d'accueil de demandeurs d'asile (CADA) de Toulon où il résidait, l'aéroport de Roissy le 20 décembre 2017 pour se rendre en Italie, pays compétent pour examiner sa demande d'asile. Il ne conteste pas avoir reçu ce document suffisamment à l'avance et ne pas avoir satisfait à cette demande. S'il n'en a informé l'administration que le jour même du 20 décembre 2017, il a fait valoir qu'il était dans l'impossibilité de voyager vers l'aéroport de Roissy pour raisons médicales et a joint à cet effet un certificat médical établi ce même jour par un psychiatre constatant un état d'anxiété majeure lié à un état de stress post-traumatique, la nécessité d'une médication sédative d'urgence et des soins immédiats au long cours et la contre-indication d'un changement d'environnement de vie. Cependant, l'intéressé n'apporte aucune pièce, même non médicale, de nature à établir qu'il a bénéficié des soins évoqués ou qu'il a cherché à en bénéficier après cette date. S'il n'a fait l'objet d'aucune autre tentative d'exécution de la décision de transfert, il a attendu l'expiration du délai de transfert de 18 mois pour déposer une demande d'asile et est resté sciemment sans attestation de demandeur d'asile dans l'intervalle. Par ailleurs, selon une attestation du 12 janvier 2020, M. A a été hébergé à titre temporaire dans la bibliothèque du centre diocésain de Toulon. Il a également produit des attestations datées du 3 mai 2019 et du 17 septembre 2019 mentionnant, respectivement, que l'association " les amis de Jéricho " lui offrait un petit déjeuner et un déjeuner ainsi que des tickets de bus, et que l'association du " secours populaire " lui a permis de bénéficier de colis alimentaires et de vêtements. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le directeur de l'OFII pour rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, il n'y a pas lieu de remettre en cause le bien-fondé de la décision contestée pour la période d'avril 2019 à mars 2020, le requérant ayant été admis au statut de réfugié par une décision du 28 février 2020, ainsi qu'il a été rappelé au point 1.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nice a rejeté ses conclusions à fin d'injonction. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024, où siégeaient :

- M. Portail, président,

- M. d'Izarn de Villefort, président assesseur,

- M. Angéniol, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.

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