Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. D... A... C... a demandé au tribunal administratif de Nice d’annuler la décision du 10 février 2022 par laquelle l’inspectrice du travail de la direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités des Alpes-Maritimes a autorisé son licenciement pour faute.
Par un jugement n° 2201865 du 28 novembre 2024, le tribunal administratif de Nice a annulé cette décision.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 janvier et 20 mai 2025, la Mutualité française Provence-Alpes-Côte d’Azur - Services de soins et d’accompagnement mutualistes (Mutualité française PACA SSAM), représentée par Me Schwal, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement du 28 novembre 2024 ;
2°) de rejeter la demande présentée par M. A... C... devant le tribunal administratif de Nice ;
3°) de mettre à la charge de M. A... C... une somme de 4 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de l’inspectrice du travail du 10 février 2022 a été précédée de l’enquête contradictoire prévue à l’article R. 2421-4 du code du travail ; le caractère contradictoire de cette enquête n’a pas été méconnu dès lors que les délais de communication impartis par l’inspectrice du travail ont été raisonnables, que M. A... C... a disposé du temps nécessaire pour présenter ses observations et qu’elle a également été soumise à des délais de communication ;
- cette décision n’est pas entachée d’erreur d’appréciation ; les trois griefs retenus par l’inspectrice du travail à l’encontre du salarié, tenant au colmatage d’une fuite d’eau avec des protections contre l’incontinence des résidents, à l’absence de réparation d’un carreau cassé et à l’absence d’intervention sur le chauffage des résidents avant son départ en congés, sont matériellement établis, ne sont pas prescrits et sont d’une gravité suffisante pour justifier le licenciement ;
- il n’existe pas de lien entre le licenciement de M. A... C... et son mandat de représentant syndical.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 mars 2025, M. A... C..., représenté par Me Massa, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la Mutualité française PACA SSAM au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par l’appelante ne sont pas fondés ;
- la décision de l’inspectrice du travail du 10 février 2022 n’a pas été précédée d’une enquête contradictoire régulière car il n’a pas disposé d’un délai suffisant pour lui permettre de présenter utilement ses observations sur les pièces qui lui étaient transmises ;
- le deuxième grief retenu par l’inspectrice du travail, relatif au carreau de carrelage cassé, est prescrit en application des dispositions de l’article L. 1332-4 du code du travail ;
- aucun des trois griefs retenus par l’inspectrice du travail n’est matériellement établi ;
- en tout état de cause, ces trois griefs n’étaient pas d’une gravité suffisante pour justifier son licenciement ;
- il existe un lien entre le licenciement envisagé et son mandat de représentant syndical.
La ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles a présenté des observations enregistrées le 18 septembre 2025.
Par une lettre du 5 novembre 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, que l’arrêt était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de l’irrecevabilité des conclusions du ministre chargé du travail tendant à l’annulation du jugement attaqué, en raison de leur tardiveté.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Flavien Cros ;
- les conclusions de M. Olivier Guillaumont, rapporteur public ;
- et les observations de Me Fraisier pour la Mutualité française PACA SSAM.
Considérant ce qui suit :
La Mutualité française PACA SSAM, qui exploite à Nice, au sein de l’institut Claude Pompidou, un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de 72 places accueillant des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de pathologies assimilées, a recruté M. A... C... par contrat de travail à durée indéterminée conclu à compter du 1er octobre 2018 afin d’exercer à temps partiel, pour une durée hebdomadaire de travail de 17 heures 50, les fonctions de « polymaintenicien » comprenant notamment, selon sa fiche de poste, des tâches de maintenance, d’entretien et de dépannage des installations et réseaux de l’établissement. M. A... C... a été nommé le 1er octobre 2021 représentant syndical au comité social et économique d’établissement. Malgré un avis défavorable rendu le 30 novembre 2021 par ce comité sur le projet de licenciement de M. A... C..., la Mutualité française PACA SSAM a demandé à l’inspection du travail, par lettre du 6 décembre 2021, l’autorisation de licencier l’intéressé pour motif disciplinaire. L’inspectrice du travail de la section n° 5 de l’unité de contrôle Nice Nord et Ouest de la direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités des Alpes-Maritimes a accordé cette autorisation par une décision du 10 février 2022. La Mutualité française PACA SSAM relève appel du jugement du 28 novembre 2024 par lequel le tribunal administratif de Nice a, à la demande de M. A... C..., annulé cette décision.
Sur la légalité de la décision de l’inspectrice du travail du 10 février 2022 :
Aux termes de l’article L. 2411-1 du code du travail : « Bénéficie de la protection contre le licenciement prévue par le présent chapitre, (…) le salarié investi de l'un des mandats suivants : / (…) 3° Représentant syndical au comité social et économique (…) ».
En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d’une protection exceptionnelle dans l’intérêt de l’ensemble des travailleurs qu’ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l’inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l’inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d’une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l’ensemble des règles applicables au contrat de travail de l’intéressé et des exigences propres à l’exécution normale du mandat dont il est investi.
Pour autoriser le licenciement de M. A... C..., l’inspectrice du travail s’est fondée sur trois des cinq griefs invoqués par la Mutualité française PACA SSAM dans sa demande d’autorisation du 6 décembre 2021, après avoir écarté les deux autres griefs comme n’étant pas établis. Ces trois griefs tiennent, d’abord, à l’absence de réparation d’une fuite d’eau qui a nécessité l’intervention du technicien plombier d’astreinte le 2 octobre 2021, ensuite, à l’absence de réparation d’un carreau cassé sur le carrelage de la cuisine malgré la demande d’intervention adressée depuis le 24 août 2021 et, enfin, à l’absence d’intervention sur le système de chauffage des résidents avant son départ en congés entre les 18 et 31 octobre 2021, malgré la demande de sa hiérarchie.
En ce qui concerne la matérialité, la prescription et le caractère fautif des faits reprochés :
D’une part, il appartient à l’employeur d’apporter la preuve matérielle des manquements reprochés au salarié.
D’autre part, aux termes de l’article L. 1332-4 du code du travail : « Aucun fait fautif ne peut donner lieu à lui seul à l'engagement de poursuites disciplinaires au-delà d'un délai de deux mois à compter du jour où l'employeur en a eu connaissance (…) ». L’employeur ne peut pas fonder une demande d’autorisation de licenciement sur des faits prescrits en application de ces dispositions, sauf si ces faits procèdent d’un comportement fautif de même nature que celui dont relèvent les faits non prescrits donnant lieu à l’engagement des poursuites disciplinaires. Le délai de prescription prévu par ces dispositions commence à courir lorsque l’employeur a une pleine connaissance de la réalité, de la nature et de l’ampleur des faits reprochés au salarié protégé. Enfin, l’engagement des poursuites disciplinaires par l’envoi au salarié de la lettre le convoquant à l’entretien préalable interrompt le délai de prescription de deux mois qu’elles prévoient.
Sur le premier grief, il ressort des pièces du dossier que la fuite d’eau invoquée par la Mutualité française PACA SSAM et découverte par la direction de l’établissement lors de l’intervention du plombier d’astreinte le 2 octobre 2021 se trouvait dans le placard technique situé entre les chambres 302 et 303. M. A... C... ne saurait sérieusement contester l’existence de cette fuite ni sa connaissance dès lors qu’il reconnaît lui-même qu’il était informé d’un « problème [venant] du collecteur d’eau » à cet endroit et qu’il avait « déposé au sol des protections [contre l’incontinence des résidents] afin de déterminer d’où pouvait provenir l’écoulement de l’eau ». S’il soutient qu’il avait posé ces protections afin de localiser l’origine de la fuite et non de la colmater, qu’il avait satisfait aux demandes d’intervention formulées dans les tickets des 16 septembre et 1er octobre 2021 qui portaient seulement sur le débouchage des lavabos bouchés des chambres 302 et 303 et que la résolution du problème impliquait la rénovation totale du collecteur d’eau, il ressort des pièces du dossier, en tout état de cause, que, même dans l’impossibilité de résoudre lui-même le problème, il s’est borné à laisser en place ces protections hygiéniques et n’a, à tout le moins, pas averti sa hiérarchie de l’existence de cette fuite d’eau qui n’a été découverte que le 2 octobre 2021. Il ne ressort pas non plus des mentions des deux devis établis par la société Lionello le 21 septembre 2021 pour des « forfaits de petites interventions » dans les « bureaux cadres infirmières » des troisième et quatrième étages, que ces devis auraient concerné la fuite d’eau en cause, ni au demeurant que cette entreprise aurait été sollicitée par M. A... C.... La prise en charge de cette fuite incombait pourtant à l’intéressé qui, en sa qualité d’agent de maintenance, avait notamment pour attributions, selon sa fiche de poste, de veiller au « bon fonctionnement des installations et des réseaux », d’assurer « une veille quotidienne du fonctionnement et de l’état du bâtiment » et de « faire remonter à sa hiérarchie toute anomalie nécessitant une intervention extérieure ». En outre, M. A... C... était tenu, selon son contrat de travail, de consacrer « les soins les plus diligents » à l’accomplissement des tâches lui incombant. Dans ces conditions, il a manqué à ses obligations professionnelles en ne prenant pas les mesures nécessaires pour signaler et faire réparer cette fuite, le cas échéant par un prestataire externe. La circonstance que la direction de l’établissement a laissé en place les protections hygiéniques après le 2 octobre 2021 est sans incidence sur le manquement commis par le salarié, qui était constitué avant cette date. Par suite, la matérialité et le caractère fautif de ce premier grief sont établis.
Sur le deuxième grief, s’agissant de la matérialité des faits reprochés, il ressort des pièces du dossier qu’une demande d’intervention avait été adressée à M. A... C... par un ticket du 24 août 2021 concernant un « carrelage cassé sous la plonge au niveau de la grille d’évacuation des eaux » dans la cuisine de l’EHPAD. Il incombait contractuellement à l’intéressé, chargé de la maintenance, soit de réparer lui-même ce carrelage soit, en cas de nécessité d’une intervention extérieure, de soumettre à sa hiérarchie un ou plusieurs devis de réparation, et d’agir, dans tous les cas, avec « les soins les plus diligents ». Il ressort des indications du ticket d’intervention que M. A... C... a procédé à trois actions ayant consisté, le 25 août 2021, à examiner le problème sur place, examen au terme duquel il a estimé que le carrelage cassé était « difficile à réparer en interne », puis le 16 septembre 2021, en contradiction avec cette précédente observation, à enlever lui-même le carrelage cassé et à indiquer qu’il fallait « acheter du ciment colle pour le refixer » et qu’il était en attente de ce produit auprès du fournisseur Ciffréo Bona et, enfin, le 14 décembre 2021, à transmettre à sa hiérarchie un devis de réparation établi le 6 décembre 2021 par un prestataire externe, la société ATCM. Entre-temps, dans un compte rendu d’audit d’hygiène du 3 novembre 2021, l’auditeur avait constaté des « morceaux de carrelage manquants autour de l’évacuation du lave-vaisselle », dont il n’est pas contesté qu’ils correspondent au carrelage cassé en cause. Il résulte de ces éléments que M. A... C... a été informé le 24 août 2021 de l’existence de ce carrelage cassé, qu’il n’a pas été en mesure de procéder lui-même à la réparation et qu’il a attendu le 14 décembre 2021, soit trois mois et trois semaines après avoir été informé du problème, pour soumettre à sa hiérarchie le devis de l’entreprise qu’il avait contactée pour effectuer la réparation, alors d’ailleurs qu’à cette date l’entretien préalable à son licenciement avait déjà eu lieu. L’intéressé ne précise ni les raisons d’un tel retard pris dans la résolution du problème ni la date à laquelle il a contacté l’entreprise ATCM ayant établi ce devis. Il n’est donc pas fondé à soutenir que le retard serait imputable à cette entreprise qui aurait tardé à transmettre son devis. S’il soutient encore avoir adressé un total de trois devis au directeur de l’établissement, il n’en apporte aucun élément de preuve, alors que le ticket de réparation ne mentionne que le devis précité de la société ATCM. Par ailleurs, il ne peut utilement alléguer, sans d’ailleurs le démontrer, qu’il aurait mis de la mousse polyuréthane dès le 25 août 2021 pour sécuriser le carrelage, alors que ceci ne constituait pas une réparation. Dans ces conditions, M. A... C... doit être regardé comme ayant manqué, par son manque de diligence, à ses obligations professionnelles, quand bien même il n’est pas établi, contrairement à ce qu’affirme la Mutualité française PACA SSAM, que le carreau cassé présentait un risque élevé d’accident du travail. Dès lors, les faits reprochés au salarié sont matériellement établis et présentent un caractère fautif.
S’agissant de la prescription alléguée par M. A... C..., la remise à ce dernier, par la Mutualité française PACA SSAM, de la lettre le convoquant à l’entretien préalable au licenciement, a été effectuée le 18 novembre 2021. L’employeur ne peut pas être regardé comme ayant eu pleinement connaissance depuis plus de deux mois avant cette date, soit depuis au moins le 18 septembre 2021, de la carence fautive de M. A... C... dans le traitement du carrelage cassé, dès lors que l’intéressé avait indiqué le 16 septembre 2021 dans le ticket d’intervention qu’il avait enlevé le carrelage cassé et qu’il était en attente de colle pour le refixer, ce dont l’employeur pouvait légitimement déduire que son salarié s’occupait de la résolution du problème. En tout état de cause, ces faits, qui relèvent d’un manquement de M. A... C... aux attributions de son poste de « polymaintenicien », procèdent d’un comportement fautif de même nature que celui dont relèvent les faits d’absence de réparation de la fuite d’eau, précédemment examinés et dont il est constant qu’ils n’étaient pas prescrits à la date d’engagement des poursuites disciplinaires. Par suite, l’exception de prescription invoquée par M. A... C... doit être écartée.
Sur le troisième grief, s’agissant d’une part de l’allumage du chauffage, M. A... C... reconnaît que Mme B..., cadre de santé, lui a demandé, avant son départ en congés du 18 au 31 octobre 2021, « si le nécessaire avait été fait pour le chauffage ». Il a répondu par la positive sans pour autant effectuer aucune intervention particulière, au motif que le chauffage s’allume automatiquement lorsque la température extérieure passe sous les 19 degrés. La Mutualité française PACA SSAM et l’administration reconnaissent l’existence de ce système d’allumage automatique du chauffage en cas de température extérieure inférieure à 19 degrés. S’agissant d’autre part du réglage de la température, il ne ressort pas des pièces du dossier, contrairement à ce que soutient la Mutualité française PACA SSAM, qu’une demande aurait été faite à M. A... C..., avant son départ en congés, de régler le chauffage sur une température particulière, supérieure à celle résultant de son allumage automatique, le seul courriel du 2 novembre 2021 du directeur de l’établissement, qui se borne à indiquer que « [sa] demande initiale pour le chauffage a été faite le 14 et le 15 », n’étant pas suffisamment précis ni corroboré par aucun élément prouvant qu’une telle demande d’intervention avait effectivement été faite à ces dates. Dans ces conditions, il ne peut être reproché à M. A... C... d’avoir, avant son départ en congé, omis, soit d’allumer le chauffage, cet allumage étant automatique, soit d’augmenter la température prévue par défaut, aucune demande ne lui ayant été présentée en ce sens. En outre, le seul ticket d’intervention concernant une demande d’augmentation de la température du chauffage a été édité le 2 novembre 2021, donc après le retour de congés de M. A... C..., afin d’augmenter la température de trois degrés pour la porter à 22 degrés, ce qui confirme au demeurant que le chauffage s’était bien allumé et réglé automatiquement sur la température de 19 degrés pendant les congés de l’intéressé, et ce même ticket indique que M. A... C... a effectué l’intervention demandée dès le lendemain, 3 novembre 2021, ce qui n’est pas contesté. Par conséquent, aucun manquement de l’intéressé dans la gestion du chauffage n’est établi avant comme après ses congés d’octobre 2021. Par suite, c’est à tort que l’inspectrice s’est fondée sur ce troisième grief qui est matériellement inexistant.
En ce qui concerne la gravité des faits reprochés :
Il résulte de ce qui précède que seuls sont matériellement établis à l’encontre de M. A... C... les deux manquements relatifs à ses carences dans la réparation, d’une part, de la fuite d’eau révélée le 2 octobre 2021 dans le placard technique situé entre les chambres 302 et 303 et, d’autre part, du carreau de carrelage cassé dans la cuisine qui lui avait été signalé le 24 août 2021.
Il n’est pas démontré que ces deux manquements auraient eu des répercussions particulières sur les conditions de fonctionnement de l’EHPAD et d’accueil des résidents, dès lors, d’une part, que la Mutualité française PACA SSAM et l’administration n’expliquent pas précisément la part prise par cette fuite d’eau dans le dégât des eaux survenu le 2 octobre 2021 dans plusieurs parties de l’établissement ni les mesures qui ont été prises pour y remédier, alors que l’employeur, qui pourtant connaissait l’existence de cette fuite depuis cette date, reconnaît avoir laissé en place au moins jusqu’au 1er février 2022 les protections hygiéniques improprement utilisées par son salarié et, d’autre part, que le compte rendu de l’audit hygiène du 3 novembre 2021 se borne à relever l’absence du morceau de carrelage sans en tirer de conséquence particulière, l’employeur reconnaissant en outre que le carreau cassé n’a été réparé que dix mois plus tard, le 9 septembre 2022, sans justifier ce délai par une raison quelconque, ce qui contredit ses allégations de risque élevé d’accident du travail.
En outre, si M. A... C... avait déjà fait l’objet le 9 juillet 2021 d’une sanction disciplinaire de mise à pied pendant trois jours ouvrés, qu’il n’a pas contestée, cette sanction, dont il est constant qu’elle est la seule à lui avoir été infligée depuis sa prise de fonctions le 1er octobre 2018, ne portait que très partiellement sur des manquements de même nature tenant à des carences dans les réparations lui incombant, et se borne à relever sur ce point un « manque de réactivité sur la réalisation de certaines interventions » sans préciser lesquelles.
Enfin, les courriers de plainte dont se prévaut l’employeur contre M. A... C..., notamment celui du 11 novembre 2021 émanant du conseil de la vie sociale de l’EHPAD, ne portent pas précisément sur les deux griefs retenus ci-dessus et ne permettent donc pas d’établir que ces deux griefs auraient nui à l’image de l’établissement.
Compte tenu de l’ensemble de ces éléments, les deux fautes commises par M. A... C..., considérées séparément ou même globalement, n’étaient pas d’une gravité suffisante pour justifier son licenciement.
Il résulte de ce qui précède que la Mutualité française PACA SSAM n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nice a annulé la décision de l’inspectrice du travail du 10 février 2022 autorisant le licenciement de M. A... C....
Sur les frais d’instance :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A... C..., qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la Mutualité française PACA SSAM demande sur ce fondement. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’appelante une somme de 2 000 euros à verser à l’intimé au titre de ces dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la Mutualité française PACA SSAM est rejetée.
Article 2 : La Mutualité française PACA SSAM versera à M. A... C... une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la Mutualité française PACA SSAM et à M. D... A... C....
Copie en sera adressée au ministre du travail et des solidarités.
Délibéré après l’audience du 5 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
- Mme Anne Menasseyre, présidente de chambre,
- Mme Aurélia Vincent, présidente assesseure,
- M. Flavien Cros, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2025.