Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. D... a demandé au tribunal administratif de Nice d’annuler la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour et d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, dans le délai de trente jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer, dans l’attente, un récépissé l’autorisant à travailler.
Par un jugement n° 2304885 du 7 janvier 2025 le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 4 février 2025, M. C..., représenté par Me Darmon, demande à la cour :
1°) d’annuler le jugement du tribunal administratif de Nice du 7 janvier 2025 ;
2°) d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, dans le délai de 30 jours et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou à défaut de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer, dans l’attente, un récépissé lui permettant de circuler et l’autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le jugement doit être annulé en tant qu’il a écarté des débats la pièce n° 2 en application de l’article R. 412-2 du code de justice administrative ;
- la décision en litige a été prise en l’absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour et méconnaît ainsi l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen sérieux de sa situation personnelle et familiale ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- sa présence en France ne constitue pas une menace à l’ordre public.
La procédure a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n’a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Rigaud, rapporteure,
les conclusions de M. Gautron, rapporteur public ;
Considérant ce qui suit :
1. M. C..., ressortissant capverdien né en 1997, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture des Alpes-Maritimes par une demande reçue le 23 mai 2023. Une décision implicite de rejet est née sur cette demande en raison du silence gardé plus de quatre mois par l’administration en application des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. M. C... relève appel du jugement du 7 janvier 2025 par lequel le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande tendant à l’annulation de la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté cette demande d’admission au séjour.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. Aux termes de l’article R. 412-2 du code de justice administrative : « Lorsque les parties joignent des pièces à l'appui de leurs requêtes et mémoires, elles en établissent simultanément un inventaire détaillé. Sauf lorsque leur nombre, leur volume ou leurs caractéristiques y font obstacle, ces pièces sont accompagnées d'une copie. Ces obligations sont prescrites aux parties sous peine de voir leurs pièces écartées des débats après invitation à régulariser non suivie d'effet. / L'inventaire détaillé présente, de manière exhaustive, les pièces par un intitulé comprenant, pour chacune d'elles, un numéro dans un ordre continu et croissant ainsi qu'un libellé suffisamment explicite ». Aux termes de l’article R. 414-1 du même code : « Lorsqu'elle est présentée par un avocat (…) la requête doit, à peine d'irrecevabilité, être adressée à la juridiction par voie électronique au moyen d'une application informatique dédiée accessible par le réseau internet (…) ». Aux termes de l’article R. 414-5 du même code : « Par dérogation aux dispositions des articles R. 411-3, R. 411-4, R. 412-1, R. 412-2 et R. 611-1-1, le requérant est dispensé de produire des copies de sa requête, de ses mémoires complémentaires et des pièces qui y sont jointes. Il est également dispensé de transmettre l'inventaire détaillé des pièces lorsqu'il utilise le téléservice mentionné à l'article R. 414-2 ou recourt à la génération automatique de l'inventaire permise par l'application mentionnée à l'article R. 414-1. / Le requérant transmet chaque pièce par un fichier distinct, à peine d'irrecevabilité de sa requête. (…) / Chaque fichier transmis au moyen de l'application mentionnée à l'article R. 414-1 porte un intitulé commençant par le numéro d'ordre affecté à la pièce qu'il contient par l'inventaire détaillé. Lorsque le requérant recourt à la génération automatique de l'inventaire permise par l'application, l'intitulé du fichier décrit également le contenu de cette pièce de manière suffisamment explicite. (…) Les obligations fixées au précédent alinéa sont prescrites au requérant sous peine de voir la pièce écartée des débats après invitation à régulariser non suivie d'effet. / Par dérogation aux dispositions des deuxième et troisième alinéas, lorsque le requérant entend transmettre un nombre important de pièces jointes constituant une série homogène eu égard à l'objet du litige, il peut les regrouper dans un ou plusieurs fichiers, à la condition que le référencement de ces fichiers ainsi que l'ordre de présentation, au sein de chacun d'eux, des pièces qu'ils regroupent soient conformes à l'énumération, figurant à l'inventaire, de toutes les pièces jointes à la requête. Le requérant ne peut alors bénéficier de la dispense de transmission de l'inventaire détaillé prévue au premier alinéa. Ces obligations sont prescrites au requérant sous peine de voir les pièces écartées des débats après invitation à régulariser non suivie d'effet. (…) ».
3. Il ressort du dossier de première instance que M. C... représenté par son avocat a produit, à l’appui de sa requête déposée via l’application Télérecours, une pièce jointe répertoriée comme pièce jointe n° 2 intitulée « dossier envoyé à la préfecture » correspondant à l’ensemble des pièces transmises au préfet des Alpes-Maritimes à l’appui de sa demande d’admission au séjour et comprenant en réalité, outre le formulaire de demande de titre de séjour et le courrier l’accompagnant, un ensemble de pièces relatives à sa situation familiale en France, à son activité professionnelle, à sa présence en France et à sa scolarité. Le requérant a ainsi entendu transmettre au tribunal administratif de Nice un nombre important de pièces jointes constituant une série homogène eu égard à l'objet du litige. S’il les a ainsi regroupées dans un seul fichier, l’inventaire des pièces jointes qu’il a annexé à sa requête ne faisait cependant état d’aucun ordre de présentation des pièces au sein de ce fichier. Malgré l’invitation à régulariser dans un délai de quinze jours qui lui a été adressée par le greffe du tribunal par courrier du 22 août 2024, le requérant n’a pas produit d’inventaire détaillé des pièces contenues dans ce fichier et s’est borné à renvoyer le même inventaire en modifiant le seul intitulé de la pièce jointe n° 2 comme « dossier de demande de titre de séjour AES envoyé en préfecture des Alpes-Maritimes ». Ce faisant, le requérant n’a pas régularisé la présentation des pièces jointes comprises dans le fichier de la pièce jointe n°2. C’est donc à bon droit que les premiers juges ont écarté la pièce jointe n°2 des débats.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
4. Il ne saurait être présumé de la seule circonstance que la décision litigieuse a été rendue implicitement, que le préfet des Alpes-Maritimes n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant alors qu’il appartenait en tout état de cause à ce dernier, s’il le jugeait utile, de solliciter la communication des motifs de la décision litigieuse en application de l’article L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration.
5. Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « (…) Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. (…) ».
6. Le requérant ne produit aucune pièce pour justifier de sa présence habituelle en France lors des années 2015, 2016 et 2021. Il ne peut, par suite, être regardé comme ayant résidé habituellement sur le territoire français depuis plus de dix ans à la date de la décision contestée. Dès lors le préfet n’a pas entaché cette dernière d’un vice de procédure en s’abstenant de saisir la commission du titre de séjour avant de rejeter implicitement la demande d’admission au séjour de l’intéressé.
7. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ».
8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C... aurait résidé, même habituellement, sur le territoire français sur toute la période alléguée, aucune des pièces produites ne justifiant de sa présence en France notamment pour les années 2015, 2016 et 2021. S’il ressort des pièces du dossier que le requérant est père d’un enfant, né le 30 septembre 2021, qu’il a reconnu le 4 octobre suivant, aucune pièce du dossier ne permet d’établir la nature de sa relation avec ce dernier et la réalité d’une participation à son entretien et à son éducation. Si le requérant se prévaut de la présence en France de sa mère, ressortissante capverdienne bénéficiaire d’un titre de séjour valable jusqu’en novembre 2025 et de son frère cadet, aucune des pièces produites à l’instance ne permet d’établir la réalité et la nature des liens que le requérant entretiendrait avec ces derniers. Par ailleurs, les emplois que le requérant a occupés en contrats à durée déterminée quelques mois en 2017, 2019, 2022 et 2023 comme employé polyvalent dans le secteur de la restauration et le contrat à durée indéterminée dont il serait titulaire au sein de la société « Los amigos » ne démontrent pas une intégration socio-professionnelle particulière en France. Dans ces conditions, la décision en litige n’a pas méconnu le droit de M. A... B... au respect de sa vie privée et familiale au sens de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, le requérant n’est pas fondé à soutenir que cette décision serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, les premiers juges ont rejeté sa demande.
Sur les conclusions accessoires :
10. Par voie de conséquence de ce qui vient d’être dit, les conclusions de M. C... à fin d’injonction sous astreinte et celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. D... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l’audience du 22 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
- Mme Cécile Fedi, présidente ;
- Mme Lison Rigaud, présidente assesseure ;
- M. Nicolas Danveau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2026.