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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-20TL00808

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-20TL00808

mardi 20 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-20TL00808
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS BLANC - TARDIVEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C E, d'une part, Mme D F, épouse E, et l'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) Les Jardins de Nîmes, d'autre part, ont demandé par deux requêtes, respectivement enregistrées sous les n°s 1703933 et 1803285, au tribunal administratif de Nîmes de condamner la commune de Nîmes à leur verser la somme de 126 619,77 euros en réparation des conséquences dommageables qu'ils imputent aux travaux d'aménagement du cadereau du Valladas et d'enjoindre à cette commune de rétablir un passage adapté aux engins agricoles de type moissonneuse-batteuse entre les parcelles cadastrées section CP n°s 158 et 160 dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement.

Par un jugement n° 1703933 et 1803285 du 20 décembre 2019, le tribunal administratif de Nîmes a condamné la commune de Nîmes à verser les sommes de 2 000 euros, 2 644,38 euros et 498,11 euros respectivement à Mme E, à M. E et à l'EARL les Jardins de Nîmes et rejeté le surplus des conclusions de leurs demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée au greffe de la cour administrative de Marseille le 20 février 2020, puis, le 11 avril 2022, devant la cour administrative d'appel de Toulouse, M. et Mme E et l'EARL Les Jardins de Nîmes, représentés par Me Bocognano, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 20 décembre 2019 du tribunal administratif de Nîmes en tant qu'il a limité les condamnations de la commune de Nîmes aux sommes de 2 000 euros à verser à Mme E, 2 644,38 euros à verser à M. E et 498,11 euros à verser à l'EARL les Jardins de Nîmes ;

2°) de condamner la commune de Nîmes à leur verser la somme de 126 619,77 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait des travaux d'aménagement du cadereau du Valladas ;

3°) d'enjoindre à la commune de Nîmes de rétablir le passage d'engins agricoles de type moissonneuse-batteuse entre les parcelles cadastrées ainsi qu'elle s'était engagée à le faire dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Nîmes une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité sans faute de la commune de Nîmes est engagée en raison des travaux d'aménagement du cadereau du Valladas entrepris au cours du second semestre de l'année 2015 lesquels présentent un lien de causalité avec les pertes d'exploitation qu'ils subissent depuis l'année 2015 sur leurs deux sites de production, les parcelles cadastrées , d'une part, et les parcelles cadastrées , d'autre part ;

- tant l'exécution de ces travaux que l'implantation du cadereau le long des parcelles agricoles qu'ils possèdent ou qu'ils exploitent leur causent un préjudice anormal et spécial ;

- c'est à tort que les premiers juges ont écarté l'analyse de l'expert s'agissant des préjudices subis sur la zone de production composée des parcelles cadastrées ; de plus, l'expert lui-même proposait une alternative à son évaluation en se basant sur le protocole interdépartemental de 1995, à laquelle il y a lieu de se référer, à titre subsidiaire ;

- en outre, la parcelle cadastrée accuse une perte de potentiel agronomique en raison de l'implantation de chênes blancs en bordure du cadereau de nature à générer de l'ombre et à réduire le potentiel hydrique de ce fonds ;

- contrairement à ce que précise le jugement attaqué, ils ont bien sollicité, à hauteur de 10 000 euros, l'indemnisation de la réalisation d'une borne d'irrigation " BRL " (Bas-Rhône Languedoc) nécessaire à l'irrigation de la parcelle n° 160 ;

- les préjudices concernant les parcelles cadastrées se présentent ainsi :

* les parcelles cadastrées accusent une perte de leur surface cultivable en raison de l'implantation du cadereau et de l'instabilité de ses berges ;

* les parcelles cadastrées sont devenues inaccessibles aux engins agricoles de grande largeur ;

* les parcelles cadastrées ne disposent plus d'un accès direct alors que la commune de Nîmes s'était engagée à réaliser un passage busé entre ces deux passerelles dans le cadre de la procédure d'expropriation ;

- les préjudices subis sur la zone de production composée des parcelles cadastrées se présentent comme suit :

* l'exploitation des parcelles cadastrées donne lieu à des surcoûts de production en eau et en électricité et à une perte de rendement en raison de l'état de sécheresse extrême de ces parcelles en lien avec l'assèchement de la nappe phréatique provoqué par la construction du cadereau ;

* l'ensemble des parcelles de cette zone de production accuse une perte de surface cultivable sur une largeur d'un mètre en raison de la profondeur du cadereau et de l'instabilité de ses berges qui présentent un risque de versement des engins agricoles ;

* s'agissant de la parcelle cadastrée , il n'a pas été possible de procéder, en 2015, à une récolte des plantations réalisées en 2014 tandis que la réduction de la surface exploitable de cette parcelle depuis l'expropriation la rend économiquement non viable ce qui a entraîné l'éviction du bail conclu pour son exploitation ;

- au regard de l'ensemble de ces chefs de préjudices, ils sont fondés à obtenir la condamnation de la commune de Nîmes à leur verser les indemnités suivantes :

* 99 271,28 euros au titre des différents désordres affectant les parcelles qu'ils détiennent et/ou qu'ils exploitent pour les années 2015 et 2016 suivant le tableau de chiffrage établi par l'expert ;

* 8 515,66 euros au titre des pertes agricoles pour l'année 2017 sur les parcelles en 2017 résultant de leur inaccessibilité ;

* 20 000 euros au titre du préjudice moral subi par chacun des époux E ;

- ils sont, en outre, fondés à demander à la cour de mettre fin au préjudice permanent causé par les travaux d'aménagement du cadereau du Valladas en enjoignant à la commune de Nîmes de rétablir un passage entre les parcelles cadastrées ainsi que cette dernière s'y était engagée devant l'autorité judiciaire dans le cadre de la procédure d'expropriation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2022, la commune de Nîmes, représentée par Me Maillot, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) par la voie de l'appel incident, à la réformation du jugement, en tant qu'il l'a condamnée à verser la somme de 2 000 euros chacun à M. et à Mme E au titre de leur préjudice moral ;

3°) au versement, par les appelants, de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

À titre principal, sur la recevabilité de la requête :

- les conclusions à fin d'indemnisation présentées par les appelants portant sur des parcelles qu'ils n'exploitent pas personnellement sont irrecevables ;

- les conclusions à fin d'indemnisation fondées sur la faute commise par la commune de Nîmes en s'abstenant de rétablir un accès entre les parcelles cadastrées pour le passage d'engins de type moissonneuse-batteuse sont soulevées pour la première fois en appel, ce qui les rend irrecevables dès lors qu'elles reposent sur une cause juridique distincte de celle du régime de responsabilité sans faute pour dommages de travaux publics invoquée en première instance ;

- les conclusions tendant à ce que la cour lui enjoigne de rétablir un passage entre deux parcelles constituent des conclusions à fin d'injonction présentées à titre principal qui sont, par suite, irrecevables.

À titre subsidiaire, sur le bien-fondé du jugement attaqué :

- le lien de causalité entre la durée des travaux litigieux et la fermeture de l'accès aux parcelles cadastrées n'est pas établi ;

- les parcelles cadastrées sont restées accessibles pendant toute la période d'exécution des travaux en litige dès lors d'une part, qu'il existait un passage à partir du chemin du Mas de Sorbier, en complément de l'accès ouvert à partir du chemin de l'aérodrome et du chemin des Serpents, d'autre part, qu'elle ne s'est jamais engagée à créer une passerelle entre ces deux parcelles mais seulement à maintenir un passage entre celles-ci et, enfin, que les appelants n'ont jamais demandé à bénéficier d'un accès plus large ;

- les difficultés d'accès aux parcelles cadastrées depuis l'accomplissement des travaux ne sont pas établies, la présence de rochers bloquant l'accès, retirés depuis, préexistait au chantier tandis que M. E dispose d'une clé pour ouvrir la barrière permettant d'accéder par le nord et par le sud à la parcelle cadastrée section CP n° 160 et qu'il n'est pas démontré qu'une moissonneuse-batteuse dotée d'une barre de coupe adaptée au caractère modeste des surfaces à cultiver ne pourrait pas accéder à ces parcelles section CP n° 163 en empruntant un chemin d'une largeur de quatre mètres ;

- le lien de causalité entre la perte du potentiel agronomique de la parcelle cadastrée et l'implantation de chênes blancs n'est pas démontré ;

- le préjudice lié à la perte de surface de production agricole sur une largeur d'un mètre le long des parcelles bordées par le cadereau que les appelants imputent à l'instabilité des berges de cet ouvrage présente un caractère purement hypothétique, aucun effondrement n'étant intervenu depuis 2016 et des travaux confortatifs pouvant, le cas échéant, être engagés tandis que l'indemnisation d'un tel préjudice relève de la procédure d'expropriation ;

- les travaux litigieux n'empêchent pas l'irrigation des parcelles cadastrées , les appelants devant seulement acquérir des tuyaux d'une longueur adaptée ;

- la perte de production sur les parcelles cadastrées n'est pas liée à l'exécution des travaux du cadereau mais au choix délibéré de l'exploitant de ne pas les mettre en culture en supputant des difficultés d'exploitation liées au chantier ;

- le lien de causalité entre, d'une part, l'assèchement de la nappe phréatique imputable, selon les appelants, aux travaux d'aménagement du cadereau, et, d'autre part, les surcoûts de production et la perte de récolte sur les parcelles cadastrées n'est pas démontré ;

- il n'est pas démontré que la surface subsistant, après expropriation, de la parcelle cadastrée serait trop petite pour être économiquement exploitable ;

- l'indemnité calculée par l'expert au titre de la perte d'exploitation des parcelles est incohérente dès lors qu'elle se base sur leur valeur vénale alors que les appelants en demeurent propriétaires ;

- les travaux d'aménagement du cadereau du Valladas ont apporté une plus-value aux parcelles agricoles en litige en les protégeant contre toute inondation ;

- il n'y a pas lieu d'accueillir les conclusions à fin d'injonction dès lors que le passage entre les parcelles des appelants a été rétabli.

Sur l'appel incident :

- le préjudice moral allégué par M. et Mme E n'est pas établi.

Par une ordonnance du 11 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'État a attribué à la cour administrative d'appel de Toulouse le jugement de la requête de M. E, Mme E et l'EARL Les Jardins de Nîmes.

Par une ordonnance du 11 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 juin 2022 à 12 heures.

Une note en délibéré a été enregistrée le 15 décembre 2022 pour M. E, Mme E et l'Earl Les Jardins de Nîmes ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A G,

- les conclusions de Mme Perrin, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bocognano, représentant M. E, Mme E et l'EARL Les Jardins de Nîmes.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre de son plan de prévention contre les inondations, la commune de Nîmes a réalisé des travaux, déclarés d'utilité publique, consistant à aménager le cadereau du Valladas et ses affluents. À cet effet, les parcelles cadastrées , appartenant à M. et à Mme E, ont été déclarées cessibles et les intéressés ont obtenu une indemnité de dépossession ainsi qu'une indemnité au titre de la dépréciation du surplus, dont les montants ont été confirmés par un arrêt de la chambre des expropriations de la cour d'appel de Nîmes du 20 septembre 2010. La demande par laquelle les intéressés ont demandé la rétrocession des parcelles ainsi expropriées a été rejetée par un arrêt du 12 janvier 2017 de la deuxième chambre civile de cette même juridiction, confirmé par un arrêt de la troisième chambre civile de la Cour de cassation du 12 juillet 2018. Le cadereau du Valladas, dont les travaux d'aménagement ont été menés au cours du second semestre 2015, a été édifié le long de parcelles agricoles détenues et/ou exploitées par les appelants. Ainsi, l'EARL Les Jardins de Nîmes exploite, d'une part, les parcelles cadastrées , dont M. et Mme E sont propriétaires, d'autre part, les parcelles cadastrées, appartenant respectivement aux consorts H et I et Pellet-Gilly-Musielak. Pour sa part, M. E exploite, en son nom propre, les parcelles cadastrées , dont il est propriétaire en indivision avec M. B E, ainsi que les parcelles cadastrées dans le cadre d'un bail à ferme conclu avec les consorts I. Imputant à la construction et à la présence du cadereau du Valladas divers désordres sur ces parcelles, M. et Mme E ainsi que l'EARL les Jardins de Nîmes ont obtenu du juge des référés du tribunal administratif de Nîmes la désignation d'un expert foncier et agricole dont le rapport a été déposé le 14 février 2017. Par un jugement n°s 1703933 et 1803285 du 20 décembre 2019, le tribunal administratif de Nîmes a partiellement fait droit aux demandes des intéressés en condamnant la commune de Nîmes à verser, d'une part, la somme de 2 000 euros chacun aux époux E en réparation de leur préjudice moral et, d'autre part, les sommes de 644,38 euros à M. E et de 498,11 euros à l'EARL les Jardins de Nîmes au titre de la perte de surface d'exploitation au cours des années 2015 à 2017. M. E, Mme E et l'EARL Les Jardins de Nîmes doivent être regardés comme relevant appel de ce jugement en tant qu'il a limité les condamnations prononcées à l'encontre de la commune de Nîmes dans la seule instance qui les concerne. Par la voie de l'appel incident, celle-ci demande à la cour de réformer ce jugement en tant qu'il l'a condamnée à verser une indemnité aux époux E au titre de leur préjudice moral.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Il résulte de l'instruction, éclairée par le rapport d'expertise, que M. E est propriétaire en indivision avec son épouse des parcelles cadastrées au titre desquelles sont invoqués les désordres litigieux, qu'il est, par ailleurs, le gérant de l'EARL Les Jardins de Nîmes laquelle exploite les parcelles cadastrées , et, enfin, qu'il exploite en son nom propre des parcelles cadastrées. Ainsi que le soutient la commune en défense, M. E et l'EARL Les Jardins de Nîmes ne peuvent demander à la cour que la réparation des seuls préjudices d'exploitation résultant de désordres affectant les parcelles qu'ils exploitent personnellement tandis que Mme E, qui n'assure l'exploitation personnelle d'aucune parcelle agricole, ne peut pas demander l'indemnisation des préjudices en lien avec l'exploitation de l'ensemble des parcelles en litige.

Sur l'appel principal :

En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Nîmes :

3. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.

4. Il résulte de l'instruction que les parcelles agricoles en litige ont subi, en raison de leur situation en bordure du cadereau du Valladas, divers désordres imputables, selon l'expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal, aux travaux publics exécutés sous la maîtrise d'ouvrage de la commune de Nîmes pour aménager cet ouvrage d'utilité publique destiné à prévenir les inondations sur son territoire. Par suite, ainsi que l'ont retenu à bon droit les premiers juges, les appelants, qui ont la qualité de tiers par rapport à cet ouvrage, sont fondés à rechercher la responsabilité de la commune de Nîmes en raison du préjudice grave et spécial causé tant par l'exécution des travaux d'aménagement du cadereau du Valladas que par la présence de cet ouvrage et de ses aménagements en bordure des parcelles qu'ils détiennent et ou qu'ils exploitent.

En ce qui concerne l'indemnisation des préjudices allégués par les appelants :

S'agissant des préjudices liés à l'exécution des travaux publics d'aménagement du cadereau du Valladas :

Quant aux parcelles cadastrées :

5. Il résulte de l'instruction que les travaux d'aménagement du cadereau du Valladas ont débuté au cours du deuxième semestre de l'année 2015 et se sont achevés au plus tard le 14 avril 2016, date du constat d'huissier en constatant l'achèvement mentionné dans l'arrêt de la cour d'appel de Nîmes du 12 janvier 2017 rejetant la demande de rétrocession des parcelles en litige. L'EARL Les Jardins soutient qu'elle a été contrainte de laisser les parcelles en litige à l'état de jachère en raison de l'annonce, au cours du mois de janvier, par la commune de Nîmes de la fermeture du chemin du Mas de Sorbier, accès le plus direct à ces parcelles, à partir du mois de juillet 2015, période correspondant à la récolte des melons, tandis que la commune a édicté un arrêté interdisant l'accès au chemin du Mas de Sorbier qui en assure la desserte du 14 septembre au 13 novembre 2015. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que la commune de Nîmes a mis en place des accès alternatifs à ces parcelles dont il n'est ni allégué ni démontré qu'ils étaient insuffisants, ni qu'ils auraient entraîné des sujétions excessives pour leur exploitation agricole. Par suite, en l'absence de lien de causalité entre la décision de ne pas mettre en culture ces parcelles, qui procède avant tout d'un choix d'exploitation motivé par d'éventuelles incertitudes sur le déroulement de la récolte, et l'exécution des travaux publics en litige, la perte d'exploitation alléguée n'est pas établie du seul fait de l'absence d'accès direct à ces parcelles au cours de la période des travaux. Par suite, c'est à bon droit que les premiers juges ont estimé que la mise en jachère de ces parcelles au cours de l'année 2015 n'était pas de nature à ouvrir droit à une indemnisation.

Quant à la parcelle cadastrée :

6. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'expertise diligentée par le tribunal, qu'il n'a pas été possible de procéder, au mois d'avril 2015, à une récolte du blé dur semé en 2014 sur cette parcelle, d'une surface de 2 154 mètres carrés, exploitée en propre par M. E en raison de la présence d'engins de chantier. En défense, la commune de Nîmes ne produit aucun élément de nature à remettre en cause ce constat et ne conteste pas, par la voie de l'appel incident, l'indemnité à laquelle elle a été condamnée. Par suite, le tribunal a fait une exacte appréciation du préjudice subi par l'intéressé au titre de cette perte de récolte en condamnant la commune de Nîmes à lui verser la somme de 230,95 euros hors taxes, montant retenu par l'expert.

S'agissant des préjudices liés à la présence du cadereau du Valladas et de ses aménagements :

Quant à la modification de l'accès aux parcelles cadastrées :

7. Les appelants soutiennent que l'accès aux parcelles en litige, qui sont exploitées par l'EARL Les Jardins de Nîmes, est devenu impraticable pour les engins agricoles de grand gabarit de type moissonneuse-batteuse dès lors que les barrières amovibles qui ont été installées par la commune le long du chemin de l'aérodrome et du chemin du Mas de Sorbier, pour lui permettre d'accéder de manière privative à ces parcelles, ne mesurent que 4,10 mètres de largeur alors qu'un tel engin mesure entre 3,5 et 4 mètres de largeur, hors barre de coupe, selon le rapport de l'expert désigné par le tribunal. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que ces parcelles ont donné lieu à la culture de melons en 2013 et à la culture de blé en 2014, tandis qu'elles ont été laissées en jachère en 2015 et 2016. Toutefois, les circonstances selon lesquelles les barrières mises en place par la commune ne mesurent que 4,10 mètres de largeur et que ces parcelles ont toujours donné lieu à la culture de blé en alternance avec le melon ne sont pas, à elles-seules, de nature à établir que les différents accès à ces parcelles ne seraient pas suffisants pour permettre l'accès d'engins agricoles de type moissonneuse-batteuse en l'absence d'éléments précis et circonstanciés relatifs à la largeur des engins agricoles effectivement détenus ou utilisés pour les besoins de ces cultures et à la fréquence de cette rotation culturale sur la période antérieure à 2013. Par ailleurs, la présence de blocs de pierre sur le chemin de l'aérodrome empêchant, selon les appelants, l'accès à la parcelle cadastrée CP n° 158 n'est pas établie, le constat d'huissier dressé le 16 décembre 2014 produit par la commune démontrant, au contraire, que ces blocs de pierre préexistaient à l'aménagement du cadereau, celle-ci soutenant, sans être contredite sur ce point, que ces rochers ont été déposés par M. E qui les déplaçait lorsqu'il souhaitait passer tandis qu'il résulte de l'instruction qu'ils ont, depuis, été retirés. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir tirée du caractère nouveau en appel des conclusions à fin d'indemnisation du préjudice d'exploitation résultant de l'absence de rétablissement d'un accès entre les parcelles cadastrées pour le passage d'engins agricoles de type moissonneuse-batteuse, le préjudice allégué résultant de l'impossibilité d'accéder aux parcelles en litige pour y cultiver du blé ne présente pas de caractère direct et certain.

Quant à la plantation de chênes blancs au bord de la parcelle cadastrée :

8. Selon les appelants, la parcelle cadastrée accuserait une perte de potentiel agronomique en raison de l'implantation de chênes blancs en bordure du cadereau de nature à générer de l'ombre ainsi qu'un développement racinaire concurrent à celui des cultures. Toutefois, ainsi que l'ont à juste titre retenu les premiers juges, compte tenu de la petite taille de ces arbres, le préjudice de baisse de rendement des cultures allégué n'est pas démontré sur la période au titre de laquelle l'indemnisation est demandée et présente, s'agissant de l'avenir, un caractère incertain.

Quant aux difficultés d'exploitation liées à la configuration des berges et talus du cadereau et des voies d'accès aux parcelles :

Quant à la perte de surface de production des parcelles cadastrées :

9. Les appelants soutiennent que la profondeur du cadereau et l'instabilité de ses berges présentent un risque de versement des engins agricoles ce qui les contraint à réaliser des cultures en retrait de la limite de fonds des parcelles en litige de sorte qu'ils subissent une perte de la surface cultivable sur cette zone de production équivalente à une bande d'un mètre sur toute la longueur de ces parcelles au cours des années 2015 à 2017. Ainsi que l'ont retenu à juste titre les premiers juges, la conception du cadereau et de ses accessoires engage la responsabilité de la commune de Nîmes en raison du dommage, qui présente un caractère grave et spécial, causé aux exploitants de ces parcelles résultant de la perte de surface pouvant être utilement cultivée. Ce dommage n'emportant pas une dépossession mais une simple perte de la surface utilement exploitable, il y a lieu, ainsi que l'a retenu le tribunal, de calculer l'indemnité due par la commune de Nîmes au titre de la perte de surface d'exploitation en retenant la méthode d'évaluation de l'expert calculée à partir de la marge brute dégagée sur trois ans et non de retenir la perte de la valeur vénale de ces parcelles.

10. En ce qui concerne les parcelles exploitées par l'EARL les Jardins de Nîmes, il résulte du rapport d'expertise que les pertes de surface de production sont respectivement de 295 m2 sur la parcelle cadastrée , de 229 m² sur la parcelle cadastrée section CP n° 162, de 89 m2 sur la parcelle cadastrée section CP n° 163, de 215 m² sur la parcelle cadastrée section CT n° 378 et de 203 m² sur la parcelle cadastrée section CT n° 380. En revanche, il n'y a pas lieu, contrairement à ce qu'a retenu le tribunal, d'écarter l'indemnisation des parcelles cadastrées au seul motif qu'elles ont été maintenues en jachère entre 2015 et 2016 dès lors qu'un tel maintien en jachère n'exclut pas des interventions sur les terres. Il sera, dès lors, fait une exacte appréciation du préjudice subi par l'EARL les Jardins de Nîmes au titre de la perte de surface d'exploitation sur ces parcelles en portant de 498,11 euros à 793,74 euros hors taxes la condamnation due par la commune de Nîmes au titre de ce préjudice.

11. En ce qui concerne les parcelles exploitées par M. E, il résulte de ce même rapport que les surfaces impactées sont respectivement de 11 m² sur la parcelle cadastrée section CT n° 370, de 104 m² sur la parcelle cadastrée section CT n° 372, de 113 m² sur la parcelle cadastrée , de 121 m² sur la parcelle cadastrée section CT n° 375 et, enfin, de 175 m² sur la parcelle cadastrée section CT n° 377. Le tribunal a fait une juste appréciation du préjudice subi par l'intéressé en lui allouant une indemnité de 413,43 euros hors taxes.

Quant à la réduction de la surface exploitable sur la parcelle CT n° 374 et l'éviction du bail à ferme conclu pour son exploitation :

12. En se bornant à soutenir, d'une part, que la parcelle cadastrée a subi, depuis l'expropriation d'une partie de son tènement foncier en vue d'y aménager le cadereau, une réduction conséquente de sa surface cultivable affectant sa viabilité économique et, d'autre, part, qu'il a été évincé du bail à ferme conclu pour son exploitation, M. E ne démontre pas, ainsi que cela lui incombe, l'existence d'un préjudice direct et certain, en l'absence de tout élément établissant tant l'impossibilité absolue de cultiver cette parcelle que la résiliation effective de ce bail. Par suite, ainsi que l'ont pertinemment retenu les premiers juges, il ne peut prétendre à aucune indemnité au titre de ces deux chefs de préjudice.

Quant aux difficultés d'irrigation imputées au déplacement d'une borne d'irrigation et à l'assèchement de la nappe phréatique :

13. D'une part, s'agissant de la zone de production située en section cadastrale CP, il est constant que les travaux d'aménagement du cadereau du Valladas ont nécessité le déplacement de la borne d'irrigation du canal Bas-Rhône-Languedoc implantée sur la parcelle cadastrée au nord de cette parcelle. Si les appelants soutiennent qu'ils sont privés de la possibilité d'irriguer les parcelles voisines cadastrées , ce qui rend nécessaire la pose d'une borne d'irrigation agricole en limite de la parcelle cadastrée , il ne résulte pas de l'instruction que le simple déplacement de la borne d'irrigation sur la même parcelle les aurait privés de toute possibilité d'irrigation en rallongeant de 6 à 23 mètres le tuyau d'irrigation ainsi que le suggère en défense la commune. Par suite, ainsi que l'a retenu le tribunal, le préjudice allégué à ce titre n'est pas établi.

14. D'autre part, s'agissant de la seconde zone de production, les appelants soutiennent que l'exploitation des parcelles cadastrées engendre des surcoûts de production en eau et en électricité en raison de l'état de sécheresse extrême de ces parcelles qu'ils imputent à l'assèchement de la nappe phréatique consécutif, selon eux, à l'aménagement du cadereau. Ils évaluent ces pertes de rendement respectivement aux sommes de 9 016,68 euros et à 45 611,64 euros pour chacune des parcelles. Pour corroborer ce constat, ils se prévalent de la différence de rendement entre les deux parcelles en litige qui se situent en bordure du cadereau du Valladas et la parcelle cadastrée CT n° 13 qui n'est pas contiguë à cet ouvrage. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment des conclusions de l'expertise ordonnée par le tribunal qu'aucune étude n'a, à ce jour, démontré le lien de cause à effet entre, d'une part, la construction du cadereau du Valladas et, d'autre part, l'existence d'un état de sécheresse sur ces parcelles. Par suite, ainsi que l'a retenu le tribunal, le préjudice allégué n'est pas établi.

S'agissant du préjudice moral :

15. Ainsi que l'ont retenu à bon droit les premiers juges, les travaux d'aménagement du cadereau du Valladas ont été menés sur les parcelles détenues, louées ou exploitées par les appelants sans que la commune de Nîmes engage une concertation afin de tenir compte des contraintes inhérentes à la destination agricole de ces parcelles. Dans les circonstances de l'espèce, le tribunal a fait une juste appréciation du préjudice moral subi par les époux E en condamnant la commune de Nîmes à leur verser, chacun, la somme de 2 000 euros.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction :

16. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il lui incombe, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision, de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique. En l'absence de toute abstention fautive de la personne publique, le juge ne peut faire droit à une demande d'injonction, mais il peut décider que l'administration aura le choix entre le versement d'une indemnité dont il fixe le montant et la réalisation de mesures dont il définit la nature et les délais d'exécution.

17. Les appelants soutiennent que la commune de Nîmes n'a pas, ainsi qu'elle s'était engagée à le faire dans le cadre de la procédure d'expropriation, réalisé une passerelle busée entre les parcelles cadastrées de sorte que depuis l'aménagement du cadereau il n'existe plus d'accès direct entre ces deux fonds. Ils demandent à la cour d'enjoindre à la commune de rétablir un passage busé entre ces deux passerelles.

18. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'arrêt rendu par la chambre des expropriations de la cour d'appel de Nîmes le 20 septembre 2010, qu'avant l'exécution des travaux litigieux, les parcelles en litige étaient séparées par un chemin et par un fossé auquel a été substitué le cadereau et son chemin d'exploitation. Il résulte des motifs de ce même arrêt que l'engagement pris par la commune de Nîmes devant le juge de l'expropriation ne portait que sur le maintien d'un passage entre ces deux parcelles. Or, sur ce point, il résulte du constat d'huissier dressé le 3 novembre 2016 qu'il est possible, depuis la parcelle cadastrée , de rejoindre la parcelle cadastrée en empruntant le chemin du Mas de Guiraud, sur une distance d'environ 50 mètres, puis en traversant le cadereau du Valladas sur sa partie busée au niveau du chemin de l'aérodrome. À cet égard, la deuxième chambre civile de la cour d'appel de Nîmes a, dans son arrêt du 12 janvier 2017, qui rejette la demande des époux E tendant à la rétrocession des parcelles expropriées, relevé que les travaux du cadereau du Valladas étaient entièrement achevés le 14 avril 2016, en ce compris la conservation d'un passage entre les parcelles cadastrées . Les préjudices invoqués par les appelants doivent, dès lors, être regardés comme trouvant leur origine dans la configuration même du cadereau du Valladas, préexistante aux travaux, sans qu'aucune abstention fautive de la commune de Nîmes, en lien avec les difficultés d'accès dont il se prévalent, puisse être retenue. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir tirée de ce que les conclusions à fin d'injonction ont été présentées à titre principal, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune de Nîmes d'établir un passage busé entre les parcelles cadastrées CP n°s 158 et 160 ne peuvent, en tout état de cause, être accueillies.

Sur l'appel incident :

19. Le tribunal ayant, ainsi qu'il a été dit précédemment, fait une juste appréciation du préjudice moral subi par les époux E, la commune de Nîmes n'est pas fondée à contester, par la voie de l'appel incident, l'indemnité prononcée à son encontre au titre de ce chef de préjudice.

20. Il résulte de tout ce qui précède que l'EARL Les Jardins de Nîmes est seulement fondée à demander à ce que la somme que la commune de Nîmes a été condamnée par le tribunal à lui verser soit portée de 498,11 euros à 793,74 euros.

Sur les frais liés au litige :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Nîmes, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, à titre principal la somme demandée par M. et Mme E et l'EARL Les Jardins de Nîmes au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme E et l'EARL Les Jardins de Nîmes la somme demandée par la commune de Nîmes, au même titre.

DÉCIDE :

Article 1 : La somme de 498,11 euros que la commune de Nîmes a été condamnée à verser à l'EARL Les Jardins de Nîmes par l'article 1er du jugement du 20 décembre 2019 du tribunal administratif de Nîmes est portée à la somme de 793,74 euros.

Article 2 : Le jugement du tribunal administratif de Nîmes n° s 1703933 et 1803285 du 20 décembre 2019 est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme E et de l'EARL Les Jardins de Nîmes est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Nîmes par la voie de l'appel incident sont rejetées ainsi que ses conclusions relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. C E, à Mme D F, épouse E, à l'exploitation agricole à responsabilité limitée Les Jardins de Nîmes et à la commune de Nîmes.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Rey-Bèthbéder, président,

M. Bentolila, président-assesseur,

Mme El Gani-Laclautre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La rapporteure,

N. El GLe président,

É. Rey-Bèthbéder

La greffière,

C. Lanoux

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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