mardi 7 mars 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-20TL01532 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | PINET & ASSOCIES NARBONNE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La communauté d'agglomération Le Grand Narbonne, venant aux droits de la commune de Portel-des-Corbières, a demandé au tribunal administratif de Montpellier de condamner solidairement, d'une part, la société Albertazzi, venant aux droits de la société Entreprise Rhodanienne d'Électromécanique (société ERÉ), et le Bureau d'études Méditerranéen pour l'eau et l'assainissement (BeMEA) sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs ou, à titre subsidiaire, sur le fondement de la responsabilité contractuelle et, d'autre part, la société Veolia Eau-Compagnie générale des eaux, sur le fondement de la responsabilité contractuelle de l'exploitant, à lui verser la somme de 240 000 euros toutes taxes comprises en réparation des préjudices résultant des désordres affectant la station d'épuration de Portel-des-Corbières.
Par un jugement n° 1704852 du 12 décembre 2019, rectifié par une ordonnance du 10 janvier 2020, le tribunal administratif de Montpellier a, d'une part, condamné solidairement la société Albertazzi et la société BeMEA à verser à la communauté d'agglomération Le Grand Narbonne une somme de 168 000 euros toutes taxes comprises sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs et, d'autre part, condamné la société Veolia Eau-Compagnie générale des eaux à verser à ce même établissement public une somme de 72 000 euros toutes taxes comprises sur le fondement de la responsabilité contractuelle.
Procédure devant la cour :
Par une requête et deux mémoires, respectivement enregistrés au greffe de la cour administrative de Marseille les 3 avril, 5 mai et 3 juin 2020, puis, le 11 avril 2022, devant la cour administrative d'appel de Toulouse, la société Veolia Eau-Compagnie générale des eaux, représentée par la SELARL Pinet et associés, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 12 décembre 2019, rectifié par une ordonnance de la présidente tribunal administratif de Montpellier du 10 janvier 2020, en tant qu'il a retenu l'engagement de sa responsabilité contractuelle ;
2°) de rejeter la demande présentée par la communauté d'agglomération Le Grand Narbonne devant le tribunal en tant qu'elle tend à l'engagement de sa responsabilité contractuelle ;
3°) de mettre solidairement à la charge des parties perdantes une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête n'est pas tardive dès lors que l'ordonnance de rectification d'erreur matérielle corrigeant le montant de la condamnation prononcée à l'encontre des constructeurs au titre de la garantie décennale a une incidence sur l'engagement de sa responsabilité contractuelle en qualité de délégataire et sur le partage de responsabilité retenu par le tribunal qu'elle reste recevable à contester par la voie de l'appel dont le délai, qui a été différé par la notification de cette ordonnance, n'était pas expiré à la date d'enregistrement de sa requête ;
- c'est à tort que le tribunal a retenu l'engagement de sa responsabilité contractuelle en qualité de délégataire de service public alors, d'une part, que le fonctionnement de la station d'épuration de Portel-des-Corbières n'a causé aucun dommage en dépit du sous-dimensionnement de cet ouvrage et, d'autre part, qu'elle n'a commis aucune faute dans son exploitation, les dysfonctionnements étant apparus dès la mise en service de la station et avant la conclusion du contrat la liant à la communauté d'agglomération Le Grand Narbonne tandis qu'elle n'a fait qu'exploiter les infrastructures qui lui ont été confiées ;
- l'article 4 du contrat d'affermage limite sa responsabilité aux seuls dommages consécutifs au fonctionnement de la station d'épuration ;
- les sociétés BeMEA et Albertazzi sont seules responsables, en leur qualité de constructeurs, des dysfonctionnements de la station d'épuration dès lors que la surface des deux premiers étages est sous-dimensionnée au regard des effluents à traiter et que des anomalies similaires ont été constatées sur une station d'épuration construite sur le même modèle en 2006 par la société ERÉ aux droits de laquelle elle vient la société Albertazzi ;
- la filière mise en place par les constructeurs pour le traitement des eaux ne correspond pas aux exigences de l'offre de base et au dimensionnement indiqué dans l'acte d'engagement ;
- avec l'approbation du bureau d'études, la société Albertazzi s'est affranchie des règles de dimensionnement des lits plantés de roseaux établies par le Centre national du machinisme agricole du génie rural, des eaux et des forêts (CEMAGREF) au profit de règles expérimentales, non validées par le service d'assistance technique à l'exploitation des stations d'épuration du département de l'Aude, et dont la pertinence a suscité de fortes réserves de la part de la direction des infrastructures routières et de l'environnement du département de l'Aude dans un courrier adressé au bureau d'études le 6 octobre 2006 resté sans suites ;
- le maître de l'ouvrage a une part de responsabilité dès lors qu'il a omis de lui fournir toutes informations utiles sur les dysfonctionnements relevés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 avril et 14 mai 2020, la communauté d'agglomération Le Grand Narbonne, représentée par Me Montepini, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 500 euros soit mise à la charge de la société Veolia Eau-Compagnie générale des eaux au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté dès lors que l'ordonnance en rectification d'erreur matérielle n'a différé le point de départ du délai d'appel qu'à l'égard de la partie du dispositif rectifiée, laquelle n'est pas contestée en appel ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité de la société Veolia Eau-Compagnie générale des eaux est engagée sur le fondement contractuel dès lors qu'elle a contribué à la survenance des désordres en s'abstenant d'assurer l'entretien et la surveillance de la station d'épuration ainsi qu'elle y était tenue en qualité de délégataire de sorte que l'ouvrage a bien subi un dommage ;
- la société appelante est à l'origine de trois manquements dès lors, d'une part, qu'elle n'a pas remédié au dysfonctionnement de la chasse d'eau et s'est abstenue de lui signaler ce problème, d'autre part, qu'elle a maintenu des résidus de faucardage de roseaux sur les lits du deuxième étage ce qui a eu pour effet de favoriser le colmatage de cet étage et, enfin, qu'elle s'est abstenue d'utiliser le dispositif complémentaire d'alimentation du troisième étage de la station ce qui n'a pas permis son fonctionnement optimal.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2020, la société Albertazzi, venant aux droits de la société ERÉ, représentée par Me Charpin conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société Veolia Eau-Compagnie générale des eaux au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les désordres sont imputables à une mauvaise exploitation de l'ouvrage lequel a été construit dans les règles de l'art tandis que le problème de dimensionnement des lits n'est pas la seule cause des désordres ;
- la responsabilité de la société Veolia Eau-Compagnie générale des eaux est engagée au titre de la mauvaise exploitation de l'ouvrage dès lors que :
* cette société n'a pas assuré la maintenance annuelle de la chasse d'eau ;
* elle n'a pas procédé au curage des drains des différents lits alors que chaque filtre dispose d'un regard permettant d'accéder au système de drainage principal pour réaliser les opérations de curage et qu'il est possible de procéder à des opérations d'hydro-curage grâce aux cheminées situées à chaque extrémité du système de drainage ;
* elle s'est abstenue de procéder au retrait des résidus de faucardage de roseaux sur les lits en méconnaissance de ce qui est prévu par le cahier de maintenance remis lors de la formation ;
* elle n'a pas utilisé le dispositif d'alimentation du dernier étage ;
- ces différentes carences de l'exploitant dans l'entretien et la maintenance de l'ouvrage ont contribué au colmatage des lits ;
- la société Veolia Eau-Compagnie générale des eaux a accepté d'exploiter l'installation sans formuler de réserves ;
- cette société s'est abstenue d'attirer l'attention du maître de l'ouvrage sur le dysfonctionnement de la chasse d'eau ;
- aucune information n'est disponible quant au suivi et à la surveillance du fonctionnement de la station d'épuration sur les neuf années d'exploitation ;
- aucune fiche de non-conformité n'a été établie par la société exploitante sur les charges entrantes en azote supérieures à la capacité normale de la station d'épuration, ce qui aurait permis de mettre en place une action corrective ;
- à titre subsidiaire, seule sa responsabilité contractuelle pourrait être recherchée mais celle-ci est prescrite ;
- il y a lieu de confirmer la décision attaquée en tant qu'il s'agit de condamnations prononcées toutes taxes comprises.
La requête a été communiquée à la société BeMEA, le 29 mai 2020, laquelle n'a pas produit d'observations.
Un mémoire présenté par la société Albertazzi a été enregistré le 27 avril 2021, soit postérieurement à la clôture de l'instruction fixée, par une ordonnance du 5 juin 2020, au 14 août 2020 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A B,
- les conclusions de Mme Perrin, rapporteure publique,
- les observations de Me Girard, représentant la communauté d'agglomération Le Grand Narbonne et de Me Charpin, représentant la société Albertazzi.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Portel-des-Corbières a entrepris, en 2003, la construction d'une nouvelle station d'épuration dite à filtres plantés de roseaux d'une capacité de 1 500 équivalents habitants et d'une canalisation de transfert en remplacement d'une ancienne station dite à boues activées. Par un acte d'engagement du 11 mars 2003, elle a confié la maîtrise d'œuvre du projet au Bureau d'études méditerranéen pour l'eau et l'assainissement (société BeMEA). Par un acte d'engagement du 2 octobre 2006, la commune a confié les travaux à la société Albertazzi venant aux droits de l'Entreprise rhodanienne d'électromécanique (ERÉ). Les travaux, achevés le 9 mai 2007, en ce qui concerne la filière traitement, et le 19 décembre 2007, pour les plantations et les travaux complémentaires, ont été réceptionnés, avec réserves, le 16 juillet 2008. Ces réserves, qui n'ont pas été levées, portent respectivement sur une fissuration et un effondrement importants des digues, l'effondrement partiel d'un fossé de drainage périphérique, un problème au niveau de l'exutoire commun des eaux usées-eaux pluviales, une mortalité importante des plantations sur les talus du premier étage, un problème de démarrage des pieds de roseaux plantés au printemps au premier étage. La gestion du service public d'assainissement a, quant à elle, été affermée à la société Veolia Eau-Compagnie générale des eaux par une convention de délégation de service public conclue le 28 juin 2007, pour une durée de douze ans.
2. Dotée de la compétence en matière d'assainissement à compter du 31 décembre 2011, la communauté d'agglomération Le Grand Narbonne, venant aux droits de la commune de Portel-des-Corbières, a confié à une société d'études une mission de diagnostic des installations dans le cadre de l'élaboration de son schéma directeur d'assainissement pour 2014-2015. Le rapport de cette société, établi au mois de mars 2015, conclut au sous-dimensionnement de la station d'épuration avec une capacité limitée à 625 équivalents habitants en raison de la surcharge hydraulique et organique de l'installation. Par une ordonnance du tribunal administratif de Montpellier du 5 juillet 2006, la communauté d'agglomération Le Grand Narbonne a obtenu la désignation d'un expert dont le rapport a été établi le 10 février 2017. Estimant que la responsabilité des sociétés BeMEA et Albertazzi était engagée sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs et que celle de la société Veolia Eau-Compagnie générale des eaux était engagée sur le fondement de la responsabilité contractuelle, cet établissement public a saisi le tribunal administratif de Montpellier d'une demande tendant à ce que ces sociétés soient condamnées à lui verser la somme de 240 000 euros en réparation des préjudices résultant des désordres affectant la station d'épuration. La société Veolia Eau-Compagnie générale des eaux relève appel du jugement du tribunal administratif de Montpellier du 12 décembre 2019, rectifié par une ordonnance du 10 janvier 2020, en tant qu'elle a été condamnée à verser à la communauté d'agglomération Le Grand Narbonne une somme de 72 000 euros toutes taxes comprises.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
3. Par une délibération du 14 juin 2007, la commune de Portel-des-Corbières a décidé d'affermer l'exploitation du service public d'assainissement à la société Veolia Eau-Compagnie Générale des Eaux. Aux termes de l'article 2 de la convention de délégation de service public conclue le 28 juin 2007, la collectivité délégante s'est engagée à mettre à disposition du fermier les ouvrages publics nécessaires à la gestion du service public d'assainissement financés à ses frais tandis que les travaux d'entretien des ouvrages faisant l'objet de l'affermage ont été mis à la charge du délégataire.
4. En particulier, aux termes de l'article 19 de cette même convention : " Les travaux sont exécutés dans les conditions suivantes : / - les travaux d'entretien et de grosses réparations sont exécutés par le délégataire, conformément à l'article 20 ci-après () ". L'article 20 relatif aux travaux d'entretiens et aux réparations stipule que : " Tous les ouvrages, équipements et matériels permettant la bonne marche de l'exploitation, y compris les dispositifs de branchement, seront entretenus en bon état de fonctionnement, de conservation et d'aspect et réparés par les soins du Délégataire à ses frais. / L'entretien à la charge du Délégataire est tant préventif que curatif. Tous les travaux et prestations occasionnés directement ou indirectement par un manque d'entretien sont à la charge du Délégataire ".
5. Il résulte de l'instruction que, peu de temps après sa mise en service, la station d'épuration de Portel-des-Corbières, qui a été construite suivant un procédé dit de lits plantés de roseaux, composé de deux étages dotés de bassins à filtrage vertical et d'un troisième étage muni d'une filtration horizontale, a rencontré des problèmes de surcharge hydraulique et organique ayant entraîné un colmatage des filtres à l'origine de débordements des effluents. En particulier, il résulte d'un courrier du 6 octobre 2006 adressé par la direction des infrastructures routières et de l'environnement du département de l'Aude, en réponse à l'envoi du projet établi par le maître d'œuvre, d'une part, que la surface des deux premiers étages est sous-dimensionnée pour absorber les arrivées d'eau parasites et assurer une phase de nitrification correcte, et, d'autre part, que le système de dégrillage a une efficacité limitée, notamment sur les particules de graisse. Par ce même courrier, cette direction a déploré que le service d'assistance technique à l'exploitation des stations d'épuration du département de l'Aude n'a pas été consulté pour apporter son expertise sur la solution technique proposée.
6. Afin de remédier au colmatage du filtre du troisième étage, constaté au cours de l'année 2010, le maître de l'ouvrage a engagé des travaux complémentaires consistant à créer de nouvelles tranchées d'alimentation et de diffusion dans cet étage qu'il a soumis pour avis au service d'assistance technique à l'exploitation des stations d'épuration lequel a, par un courrier du 11 janvier 2011, confirmé l'analyse établie en 2006, en relevant que la station d'épuration est dimensionnée pour traiter 750 équivalents habitants, que l'installation fonctionne à plus de 130 % de sa charge nominale sur les deux premiers étages, que la nitrification est incomplète voire insuffisante en raison du sous-dimensionnement des deux premiers étages impactant l'étape de dénitrification s'opérant au troisième étage.
7. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport cité au point 2, qu'en dépit de ces travaux complémentaires, la station d'épuration a continué à accuser des désordres lesquels portent sur le colmatage du deuxième et du troisième étage, respectivement intervenu au début de l'année 2016 et à la fin de l'année 2010, ayant causé le débordement des lits en raison de leur sous-dimensionnement, sur la présence de résidus de faucardage de roseaux sur les lits à l'origine du colmatage de la surface de l'ensemble des lits et, enfin, sur le dysfonctionnement de la chasse d'eau entre le premier et le deuxième étage qui a des conséquences sur l'aval de la filière.
8. Ainsi que l'ont retenu à bon droit les premiers juges, ces désordres qui rendent l'ouvrage impropre à sa destination et présentent, dès lors, un caractère décennal, sont de nature à engager la responsabilité décennale des constructeurs, en particulier celle du bureau d'études qui a conçu un projet sous-dimensionné pour le traitement de 1 500 équivalents-habitants et celle de la société Albertazzi qui a exécuté les travaux sans se préoccuper de l'inadéquation de la surface des bassins au regard de la quantité d'effluents à traiter et sans alerter le maître d'ouvrage sur le risque de surcharge hydraulique et organique en dépit de sa qualité de professionnelle avertie.
9. Toutefois, indépendamment des vices de conception et de construction imputables aux choix constructifs opérés et exécutés par ces deux constructeurs, lesquels ont édifié une installation sous-dimensionnée pour les 1 500 équivalents habitants contractuellement prévus, il résulte de l'instruction, éclairée par le rapport d'expertise et le rapport établi au mois de mars 2015 dans le cadre du schéma directeur d'assainissement 2014-2015, que la station d'épuration a, dès sa mise en service, fait l'objet d'un mauvais entretien de la part de la société Veolia Eau-Compagnie générale des eaux, laquelle a contribué à la survenance des désordres en exploitant cette installation alors même qu'elle ne pouvait ignorer que l'ouvrage de chasse d'eau, composante essentielle destinée à envoyer les effluents par bâchées séquentielles du premier vers le deuxième étage pour éviter le colmatage des filtres, était défectueux. Cette société, pourtant expérimentée en matière d'assainissement, n'a pas, ainsi que cela lui incombait, alerté l'autorité délégante sur ce dysfonctionnement lorsqu'elle a pris en charge la gestion du service public d'assainissement ou, à tout le moins, au cours de l'exploitation des installations.
10. Sur ce point, il résulte du rapport de visite établi le 14 janvier 2008, à la suite d'une visite des installations du 19 au 20 décembre 2007 effectuée dans le cadre de la mise en route de la station d'épuration, que le compteur de bâchées était bloqué sur la même valeur depuis plusieurs semaines. La société appelante ne pouvait, dès lors, ignorer ce dysfonctionnement, qui est apparu peu de temps après qu'elle a pris en charge la gestion des installations tandis qu'elle n'a engagé aucune démarche pour signaler au maître de l'ouvrage la nécessité de remettre en état l'auget de la chasse d'eau ou de le remplacer par un autre mécanisme alors que le problème a perduré et que le mécanisme d'envoi des effluents par bâchées participe du bon fonctionnement de l'ouvrage. À cet égard, l'expert relève que le dysfonctionnement de la chasse d'eau entre le premier et le deuxième étage a été constaté à plusieurs autres reprises, en 2009, en 2010 et, en dernier lieu, en 2016, lors des opérations d'expertise et a entraîné le colmatage du deuxième étage lequel s'est retrouvé alimenté en eaux usées de manière continue alors qu'un système de filtration par bassins plantés de roseaux nécessite d'aérer régulièrement le massif et donc d'espacer les bâchées.
11. De même, dans son rapport, l'expert a relevé la présence de résidus de faucardage sur les lits à l'origine du colmatage de surface des étages alors que le retrait de tels résidus relève nécessairement des opérations d'entretien des installations. Sur ce point, il résulte de l'instruction que la présence de tels résidus avait déjà été constatée en 2015 par la société chargée d'inspecter la station d'épuration dans le cadre de l'établissement du schéma directeur d'assainissement pour le compte de la communauté d'agglomération Le Grand Narbonne, laquelle a estimé qu'un curage du premier étage était nécessaire en raison de la présence importante de débris végétaux issus du faucardage des roseaux et que le deuxième étage présentait également une accumulation importante de débris végétaux tandis que les rampes d'alimentation de cet étage étaient partiellement ou totalement, par endroit, recouvertes de débris végétaux obturant les diffuseurs et empêchant ainsi une alimentation homogène sur l'ensemble des bassins.
12. Par ailleurs, la société Veolia Eau-Compagnie générale des eaux, qui se prévaut d'un procès-verbal de constat d'huissier du 10 janvier 2017 pour démontrer le bon fonctionnement de la chasse d'eau, après avoir chargé une société d'inspecter cet ouvrage, et qui se borne à soutenir que le fonctionnement de la station d'épuration n'a causé aucun dommage et qu'elle ne fait que gérer le service qui lui est délégué en exploitant les infrastructures qui lui sont confiées, ne produit aucun élément précis quant à la nature et à la fréquence des opérations d'entretien et de maintenance réalisées par ses soins sur la chasse d'eau, sur le retrait des résidus de faucardage des roseaux et sur le curage des installations, conformément aux obligations qui lui incombent en qualité de fermière. En outre, elle n'établit pas avoir alerté l'autorité délégante des dysfonctionnements constatés tandis qu'elle ne peut soutenir, pour réduire sa part de responsabilité dans la survenance des désordres, qu'elle n'a pas été informée par l'autorité délégante des dysfonctionnements relevés alors qu'elle dispose de la qualité de professionnelle avertie.
13. Par suite, il est établi que la société Veolia Eau-Compagnie générale des eaux a manqué à ses obligations de maintenance et d'entretien des installations prévues par l'article 20 du contrat d'affermage précité.
14. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que les travaux propres à remédier aux désordres consistent à créer trois bassins supplémentaires au premier étage, un second étage à écoulement vertical composé de deux bassins de 600 m2 et à installer une chasse d'eau dotée d'un volume adapté, pour la somme de 240 000 euros toutes taxes comprises.
15. La société appelante ne produit aucun élément de nature à remettre en cause ni le chiffrage de ces travaux ni le partage de responsabilité retenu par les premiers juges, qui ont estimé qu'elle avait contribué à hauteur de 30 % à la survenance des dommages. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le tribunal a considéré que la responsabilité contractuelle de la société appelante était engagée du fait de ses manquements à ses obligations d'exploitation et d'entretien de la station et l'ont condamnée à verser à la communauté d'agglomération Le Grand Narbonne la somme de 72 000 euros après application du partage de responsabilité.
16. Il résulte de ce tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la communauté d'agglomération Le Grand Narbonne, la société Veolia Eau-Compagnie générale des eaux n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montpellier l'a condamnée à verser à la communauté d'agglomération Le Grand Narbonne la somme de 72 000 euros toutes taxes comprises en réparation du préjudice résultant de la mauvaise exploitation de la station d'épuration de Portel-des-Corbières.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté d'agglomération le Grand Narbonne, de la société BeMEA et de la société Albertazzi, qui ne sont les parties perdantes dans la présente instance, la somme que la société Veolia Eau-Compagnie générale des eaux demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
18. Il y a lieu de mettre à la charge de la société Veolia Eau-Compagnie générale des eaux une somme de 750 euros à verser tant à la communauté d'agglomération Le Grand Narbonne qu'à la société Albertazzi au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1 : La requête de la société Veolia Eau-Compagnie générale des eaux est rejetée.
Article 2 : La société Veolia Eau-Compagnie générale des eaux versera tant à la communauté d'agglomération Le Grand Narbonne qu'à la société Albertazzi une somme de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la société en commandite par actions Veolia Eau-Compagnie générale des eaux, à la communauté d'agglomération Le Grand Narbonne, à la société par actions simplifiée à associé unique Albertazzi et à la société à responsabilité limitée Bureau d'études méditerranéen pour l'eau et l'assainissement.
Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rey-Bèthbéder, président,
M. Bentolila, président-assesseur,
Mme El Gani-Laclautre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.
La rapporteure,
N. El BLe président,
É. Rey-Bèthbéder
La greffière,
M-M. Maillat
La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026