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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-20TL02886

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-20TL02886

mardi 29 novembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-20TL02886
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET MAILLOT - AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler la décision par laquelle le conservatoire national des arts et métiers a implicitement rejeté sa réclamation préalable, de condamner le conservatoire national des arts et métiers à lui verser, à titre de dommages et intérêts, une somme totale de 437 406,67 euros, assortie des intérêts au taux légal, capitalisés à compter de sa demande indemnitaire préalable et à titre subsidiaire d'ordonner une expertise.

Par un jugement n° 1704309 du 12 juin 2020, le tribunal administratif de Montpellier a condamné le conservatoire national des arts et métiers à verser à Mme B la somme de 81 540 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 9 mai 2017 et de leur capitalisation au 9 mai 2018 puis à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date pour produire eux-mêmes intérêts, a mis les frais d'expertise d'un montant de 794,88 euros à la charge définitive du conservatoire national des arts et métiers et rejeté le surplus des conclusions des parties.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 11 août 2020 sous le n° 20MA02886, au greffe de la cour administrative d'appel de Marseille, puis le 11 avril 2022 au greffe de la cour administrative d'appel de Toulouse sous le n°20TL02886, et un mémoire enregistré le 1er juillet 2022, Mme B, représentée par Me Passet, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le jugement n° 1704309 du tribunal administratif de Montpellier du 12 juin 2020 en tant qu'il ne fait pas totalement droit à ses demandes ;

2°) de condamner le conservatoire national des arts et métiers à lui verser une somme totale de 437 406,67 euros ;

3°) de mettre à la charge du conservatoire national des arts et métiers une somme de 3500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'engagement de la responsabilité pour faute du conservatoire national des arts et métiers :

- elle a subi un harcèlement moral du fait des membres de l'association de gestion du conservatoire national des arts et métiers et notamment le président de l'association, et ce harcèlement ainsi que l'inaction du conservatoire national des arts et métiers et l'absence de protection à son égard sont constitutifs d'un comportement fautif de nature à engager la responsabilité du conservatoire national des arts et métiers ;

- l'association de gestion remplit les quatre critères pour être qualifiée de parapublique ou transparente ;

- le conservatoire national des arts et métiers a fait preuve d'inaction en manquant à son obligation de prévention, d'assistance et de réparation au sens de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 ;

- il ne peut lui être reproché de ne pas avoir sollicité formellement de protection fonctionnelle alors que le conservatoire national était parfaitement informé des problèmes et dysfonctionnements existants ;

- le conservatoire national des arts et métiers n'a pas mis en œuvre de mesures pour mettre fin au bureau de l'association au cours des années 2012/2013 durant lesquelles elle s'est trouvée en difficulté et a attendu le mois de juillet 2014 pour mettre en œuvre les actions qui s'imposaient ;

- il pouvait mettre fin au harcèlement subi en sanctionnant les membres du bureau ;

- son licenciement du poste de directrice du conservatoire national des arts et métiers , au motif qu'elle était en congé de maladie et alors qu'elle n'a jamais démissionné, est illégal ;

- la responsabilité de l'établissement est également engagée en raison de l'absence de traitement lié à son poste de directrice du conservatoire national des arts et métiers et de la perte concomitante des primes et heures vacataires de ses autres fonctions ainsi que du fait de l'absence de promotion ;

- le conservatoire national des arts et métiers s'est enrichi à ses dépens alors qu'elle n'a perçu aucune rémunération pour ses fonctions de direction ;

- la responsabilité sans faute du conservatoire national des arts et métiers est engagée du fait de la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie, elle a ainsi droit à la réparation de ses préjudices extra patrimoniaux ;

- elle a subi un licenciement pour lequel elle n'a pas perçu d'indemnité ;

- elle n'a pas perçu la rémunération afférente à ses fonctions de directrice du conservatoire national des arts et métiers de la région alors que sa rémunération devait s'élever à la somme de 50 000 euros ;

- elle a subi un préjudice financier afférents à la pension de retraite qu'elle aurait dû percevoir d'un montant de 41 700 euros et un préjudice de carrière d'un montant de 16 548 euros ;

- elle a perdu le bénéfice d'heures supplémentaires d'un montant de 70 167,79 euros ;

- les frais d'expertise mis à sa charge s'élèvent à 794,88 euros ;

- ses troubles dans les conditions d'existence et son préjudice moral s'élèvent à la somme de 30 000 euros ;

- son préjudice patrimonial correspondant à son incapacité temporaire durant 1991 jours est de 45 793 euros ;

- son taux d'invalidité permanente partielle de 30% doit être réparé par le versement de 60 600 euros sur la base du barème Mornet ;

- ses souffrances endurées ayant été évaluées à 5 sur une échelle allant de 1 à 7, une somme de 30 000 euros doit lui être versée ;

- dans l'hypothèse où la juridiction ne s'estimerait pas suffisamment éclairée sur le chiffrage de ses préjudices, une mesure d'expertise avant dire droit devra être prononcée.

Par des mémoires en défense enregistrés le 27 janvier 2021 et le 24 août 2022, le conservatoire national des arts et métiers conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à la mise à la charge de M. A de l'intégralité de la réparation du préjudice de Mme B et demande qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- il a reconnu l'imputabilité au service de la pathologie de Mme B par une décision du 6 décembre 2017 et si le comportement du président de l'association de gestion du conservatoire national des arts et métiers de pouvait être susceptible d'être qualifié de harcèlement, cette circonstance ne permet pas à elle seule d'en tirer les conséquences quant à la reconnaissance d'une responsabilité pour faute du conservatoire national des arts et métiers ;

- l'association de gestion du conservatoire national des arts et métiers de n'étant pas une association transparente du conservatoire national des arts et métiers, les dispositions de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 ne sont pas applicables au cas d'espèce ;

- il n'a pas commis de faute quant à son obligation de protection fonctionnelle dès lors que Mme B n'en a pas sollicité le bénéfice et qu'il n'est pas resté inactif face aux doléances exprimées par Mme B ;

- le président de l'association de gestion du conservatoire national des arts et métiers de n'est pas un agent du conservatoire national des arts et métiers, ni un collaborateur ou supérieur de Mme B ;

- il n'a pas commis de faute dans la gestion de la carrière de Mme B en lui refusant le bénéfice d'un classement au deuxième échelon de la classe exceptionnelle, ce classement ne relevant pas d'un droit acquis ;

- il ne conteste pas les postes de préjudice patrimoniaux et extra patrimoniaux correspondant à sa responsabilité sans faute et le versement de 5 540 euros pour son déficit fonctionnel, 25 000 euros pour ses souffrances endurées, 51 000 euros pour son déficit fonctionnel permanent, le remboursement des frais d'expertise ainsi que le versement des intérêts et leur capitalisation, en revanche les autres demandes indemnitaires de Mme B sur le fondement de la responsabilité pour faute sont infondées et des préjudices invoqués ne sont pas établis.

Par un mémoire enregistré le 10 juin 2021, M. D, représenté par la Selarl Maillot avocats et associés, agissant par Me Maillot, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme B en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- sa responsabilité personnelle en tant que président d'une association ne peut être engagée par la juridiction administrative ;

- les évènements relatés par Mme B, à savoir le processus de recrutement d'un collaborateur en octobre et novembre 2012, les poursuites disciplinaires à l'encontre de deux agents fin 2012, le retard de la délégation de signature et la démission d'un agent, ne peuvent être regardés comme des indices de harcèlement moral ;

- les mesures prises fin 2012 à son encontre et à l'encontre de l'association de gestion ne l'ont pas été dans le souci de protéger Mme B de prétendues attaques ;

- Mme B est partie prenante depuis novembre 2011 dans la crise institutionnelle du conservatoire national des arts et métiers.

Par une ordonnance en date du 11 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a attribué à la cour administrative d'appel de Toulouse le jugement de la requête de Mme B.

Par une ordonnance du 26 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 19 septembre 2022 à 12h.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 10 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 53-566 du 15 juin 1953 ;

- le décret n°61-1005 du 7 septembre 1961 ;

- le décret n° 84-431 du 6 juin 1984 ;

- le décret n°88-413 du 22 avril 1988 ;

- le décret n°89-108 du 20 février 1989

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Céline Arquié, première conseillère,

- les conclusions de Mme Michèle Torelli, rapporteure publique,

- les observations de Me Passet pour Mme B et celles de Me Castagnino pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, professeure du conservatoire national des arts et métiers, a été nommée le 4 mai puis le 19 décembre 2012 respectivement directrice par intérim puis directrice du centre régional du conservatoire national des arts et métiers .Ce centre associé, qui appartient au réseau du conservatoire national des arts et métiers au sens de l'article 6 et du titre V du décret du 22 avril 1988 relatif à cet établissement, était géré par l'association de gestion du conservatoire national des arts et métiers en en application d'une convention conclue le 22 décembre 2006 entre l'association et le conservatoire national des arts et métiers. Cette convention a été rompue le 22 novembre 2012 par l'administrateur général du conservatoire national des arts et métiers à la suite de dissensions et dysfonctionnements entre les membres du bureau de l'association de gestion et le centre régional du conservatoire national des arts et métiers notamment en dernier lieu entre Mme B et le président de l'association. Une nouvelle convention a été conclue le 28 décembre 2012 afin de réduire l'implication de l'association de gestion dans le fonctionnement du centre régional du conservatoire national des arts et métiers de. Mme B a été placée en congé maladie à compter du 21 décembre 2013, puis en congé longue maladie et en congé longue durée, jusqu'au 9 novembre 2017. Par décision du 6 décembre 2017, le conservatoire national des arts et métiers a reconnu que la maladie de Mme B était imputable au service. Au cours de son congé de maladie, l'administrateur général du conservatoire national des arts et métiers a mis fin aux fonctions de direction de Mme B à compter du 15 octobre 2014. Mme B a demandé au tribunal administratif de Montpellier le versement d'une somme de 437 406,67 euros en réparation des préjudices financiers, des troubles dans les conditions d'existence, du préjudice moral et des préjudices extra patrimoniaux qu'elle estimait avoir subis du fait du harcèlement moral dont elle considérait avoir été victime et de l'absence de protection fonctionnelle de son employeur, mais aussi du fait de l'illégalité de son licenciement du poste de directrice du centre régional du conservatoire national des arts et métiers , de l'imputabilité au service de sa maladie en raison du harcèlement subi, et de la suppression des primes et heures de vacations sans réajustement de son traitement lié à son poste de directrice. Par un jugement n°1704309 du 12 juin 2020, le tribunal administratif de Montpellier a condamné le conservatoire national des arts et métiers à verser à Mme B une somme de 81 540 euros au titre des préjudices résultant de la responsabilité sans faute de l'établissement, assortie des intérêts au taux légal à compter du 9 mai 2017 et de leur capitalisation, et a mis les frais et honoraires d'expertise de 794,88 euros à la charge définitive du conservatoire national des arts et métiers. Mme B relève appel de ce jugement en tant qu'il n'a pas fait totalement droit à ses demandes.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne la responsabilité pour faute en raison du harcèlement moral :

2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983applicable à l'espèce : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa () ". Aux termes de l'article 11 de la même loi : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire () IV. La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. ".

3. Ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. La responsabilité de l'administration peut être engagée d'une part pour faute en raison des agissements de l'agent auteur du harcèlement, laquelle n'est en principe pas détachable du service, et d'autre part en cas de carence de l'administration à ses obligations de protection de l'agent qu'elle emploie.

4. Il résulte de l'instruction que Mme B s'est heurtée, dès sa nomination en 2012, à l'opposition systématique à l'exercice de ses fonctions de directrice du centre régional du conservatoire national des arts et métiers par les membres du bureau de l'association de gestion du conservatoire national des arts et métiers , en particulier son président. D'une part, elle n'a pas obtenu la délégation de signature du président de l'association prévue à l'article 5 de la convention nécessaire pour remplir sa mission de mise en œuvre et de coordination de l'ensemble des activités du conservatoire national des arts et métiers dans la région. Le bureau de l'association a par ailleurs procédé au mois d'octobre 2012 à la nomination de l'un de ses membres comme directeur adjoint afin de maîtriser la direction du centre alors que ce recrutement relevait de ses compétences et qu'elle avait fait savoir que ce profil ne correspondait pas à celui qu'elle avait défini. D'autre part, son autorité a également été mise en cause lorsque l'association a engagé des poursuites disciplinaires à l'égard de deux agents dont la secrétaire de Mme B sans l'en informer, ni de la démission de l'un d'entre eux au mois de décembre 2013. Un collaborateur, également membre du bureau de l'association, s'est introduit dans son bureau pour y déposer des documents sans l'en aviser alors qu'une note de service indiquait précisément que les courriers devaient être remis à son assistante. En sus des entraves mises à l'exercice de ses fonctions de directrice du centre et de la restriction de son champs d'intervention par des ingérences continues de la part du président de l'association, les collègues de Mme B attestent que le président s'adressait à elle sur un ton indigne au regard de sa fonction et que la remise de documents émanant de partenaires institutionnels a été sciemment retardée, mettant l'intéressée en difficultés et la discréditant au regard de ses interlocuteurs. Les documents médicaux produits, en particulier le rapport d'expertise psychiatrique du 12 octobre 2017, attestent d'un état dépressif majeur d'intensité sévère de type " burn-out " secondaire d'une souffrance au travail en raison de ces comportements, qui ont eu pour effet une dégradation de ses conditions de travail susceptibles d'altérer sa santé. Ces agissements sont ainsi constitutifs d'un harcèlement moral notamment de la part du président de l'association de gestion.

5. Pour soutenir que la responsabilité du conservatoire national des arts et métiers est engagée du fait des fautes commises par l'association et ses membres, en particulier son président, Mme B indique que l'association de gestion est une association transparente constituant un service du conservatoire national des arts et métiers de sorte que la responsabilité du conservatoire national des arts et métiers est engagée du fait des fautes commises par l'association et ses membres, lesquelles devraient être regardées comme non détachables du service.

6. Toutefois, il résulte de l'instruction que si l'association de gestion du conservatoire national des arts et métiers est une personne privée régie par la loi du 1er juillet 1901 dont la création est à l'initiative du conservatoire national des arts et métiers, qu'elle est chargée de gérer les moyens financiers, matériels et humains au service du développement des missions du conservatoire national en région et qu'elle a exercé une mission de service public, en revanche aucune des personnes publiques représentées au conseil d'administration ne contrôlait, seule ou conjointement avec l'autre, l'organisation et le fonctionnement de cette association, ni ne lui procurait l'essentiel de ses ressources. Elle n'a par ailleurs pas agi au nom et pour le compte de ces dernières mais en son nom et pour son propre compte. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à solliciter l'engagement de la responsabilité du conservatoire national des arts et métiers sur le fondement d'une faute de ses agents non détachable du service. Elle peut toutefois solliciter l'engagement de la responsabilité de son employeur en raison de la faute distincte qui consiste à avoir laissé de tels agissements se perpétrer.

En ce qui concerne la responsabilité pour faute pour défaut de protection :

7. Il résulte de l'instruction que Mme B a alerté dès sa nomination et à de nombreuses reprises l'administrateur du conservatoire national des arts et métiers des difficultés rencontrées par le centre régional avec le président de l'association et de celles qu'elle rencontrait elle-même dans l'exercice de ses fonctions et de la détérioration des conditions de travail de l'ensemble de la communauté de travail. Par ailleurs, dix-neuf des employés du centre régional ont adressé, le 22 novembre 2012, une lettre à l'administrateur général du conservatoire national des arts et métiers dénonçant en particulier un climat délétère et de suspicion alimenté par les membres du bureau de l'association et contribuant au mal-être du personnel et sollicitant une solution de toute urgence pour protéger Mme B, son équipe de salariés ainsi que la structure. Il est par ailleurs constant que le médecin du travail a souligné, le 12 décembre 2012, l'absence de documents d'évaluation des risques professionnels, en demandant que soient prises dans les meilleurs délais les mesures nécessaires pour faire face à la situation alarmante et préoccupante pour la santé et la sécurité des agents du conservatoire régional. Dès que Mme B a informé l'administrateur général du conservatoire national des arts et métiers des agissements du président de l'association de gestion à son endroit, celui-ci, qui ne pouvait agir sur le terrain disciplinaire contre le président de l'association de gestion, a résilié, par lettre du 20 novembre 2012, la convention de gestion du 22 décembre 2006, afin que l'autorité de l'employeur sur l'ensemble du personnel du centre régional du conservatoire national des arts et métiers ne relève plus de l'association de gestion. Une nouvelle convention a été signée le 28 décembre 2012 prévoyant notamment un passage en gestion publique. Un comité de gestion a alors été mis en place comprenant l'administrateur général, le recteur et le président de l'association afin de mettre fin aux difficultés rencontrées au sein du centre régional du conservatoire national des arts et métiers du fait des actions de ce dernier et rappelé à plusieurs reprises l'obligation d'octroyer une délégation de signature à Mme B. L'évolution des statuts qui avait été prévue au mois de décembre 2012 n'a toutefois pas été mise en œuvre à la demande du président de l'association de gestion qui avait garanti, sans toutefois faire suivre cet engagement d'effets, que le fonctionnement du centre régional ne serait plus entravé. Le président de l'association n'ayant pas tenu ses engagements et la situation ne s'étant pas améliorée, ce n'est finalement qu'au mois de mai 2014, sur proposition du nouveau directeur et à la demande de l'administrateur général, qu'un conseil d'administration a été réuni pour que l'évolution des statuts soit enfin mise en œuvre, suivie au mois de juillet 2014 d'une assemblée générale extraordinaire qui a permis de modifier les statuts et d'élire un nouveau bureau ne comportant aucun membre de l'ancien. Au regard de l'absence de mise à l'écart du président à laquelle il était pourtant possible de procéder ainsi que cela a finalement été fait, Mme B est fondée à soutenir, alors même qu'elle ne justifie pas avoir sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle dont elle aurait pu le cas échéant contester le refus, que le centre national des arts et métiers a commis une faute en ne prenant pas assez tôt les mesures adéquates pour mettre fin aux difficultés qu'elle rencontrait dans l'exercice de ses missions, précisément avec le bureau et en particulier le président de l'association de gestion du centre national des arts et métiers.

En ce qui concerne la responsabilité pour licenciement fautif :

8. Aux termes de l'article 26 du décret susvisé du 22 avril 1988 modifié : " A ce titre, l'administrateur général du C.N.A.M. exerce les compétences suivantes : () 3° Il nomme les directeurs des centres associés conformément aux dispositions de la convention relative au centre concerné ()" et aux termes de l'article 7 du décret susvisé du 20 février 1989 : " Chaque centre régional est dirigé par un directeur nommé par l'administrateur général du C.N.A.M., après accord du recteur d'académie et conformément aux stipulations de la convention créant le centre. Les directeurs des centres régionaux sont choisis parmi les personnes ayant vocation à enseigner dans ces centres. Ils participent à la coordination des activités de formation permanente des établissements d'enseignement supérieur, conformément aux dispositions de l'article 16 du décret n° 85-1118 du 18 octobre 1985 susvisé ".

9. Par une décision du 30 septembre 2014, l'administrateur général a informé Mme B qu'il entendait abroger la décision du 19 décembre 2012 prononçant sa nomination en qualité de directrice du centre régional du conservatoire national des arts et métiers en et l'invitait à prendre l'attache du directeur de l'école dont elle dépend pour établir son plan de retour dans ses fonctions de professeur. Ainsi il n'a pas licencié Mme B, mais a mis fin à ses fonctions en tant que directrice. Eu égard à l'importance des fonctions de direction et à la situation d'errance dans laquelle se trouvait le centre régional du conservatoire national des arts et métiers en après des années de difficultés, l'établissement public a pu légalement, dans l'intérêt du service, mettre fin aux fonctions de Mme B absente du service depuis plus de six mois. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le conservatoire national des arts et métiers aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne la responsabilité pour faute pour ne pas avoir versé de rémunération pour les fonctions de directrice du centre régional :

10. Il ne résulte pas des dispositions de l'article 7 du décret du 20 février 1989 citées au point 8 que les fonctions de direction d'un centre régional du conservatoire national des arts et métiers ouvrent droit à une rémunération supplémentaire, distincte de celle liées aux fonctions d'enseignement. Si d'une part Mme B soutient qu'elle n'a jamais eu vocation à enseigner au centre régional du conservatoire national des arts et métiers, son statut de professeur du conservatoire national des arts et métiers lui donnait par lui-même une telle vocation. Si d'autre part elle persiste en appel à soutenir que l'association avait provisionné une somme de 50 000 euros pour sa rémunération, cette somme avait pour objet le seul remboursement de son traitement au conservatoire national des arts et métiers, aux termes d'une convention de mise à disposition, qui n'a jamais été signée et concernait uniquement les relations conventionnelles entre son administration d'origine et l'association chargée de la gestion de la structure dans laquelle elle a été nommée pour exercer les fonctions de direction. Par ailleurs, la prime de conseillère d'établissement versée à Mme B a été légalement supprimée dès lors qu'il avait été mis fin à ces fonctions lors de sa nomination en qualité de directrice. En l'absence de service fait, il n'y avait pas lieu par ailleurs de verser à l'intéressée des heures supplémentaires en qualité de professeur. Enfin, aucun élément n'établit que l'établissement public se serait engagé au versement d'une rémunération complémentaire à la suite de la nomination de Mme B en qualité de directrice du centre régional, la circonstance qu'elle ait eu à supporter des charges de logement de double résidence étant à cet égard sans incidence. Ainsi Mme B n'est pas fondée à soutenir que le conservatoire national des arts et métiers aurait bénéficié d'un enrichissement sans cause.

En ce qui concerne la responsabilité pour faute dans l'absence de promotion :

11. Mme B a sollicité, à deux reprises le 26 mai 2013 et le 1er juin 2015, son classement au deuxième échelon de la classe exceptionnelle qui ne lui a pas été accordé. S'il n'est pas contesté que l'intéressée remplissait les conditions de responsabilités et d'ancienneté requises par les dispositions de l'article 2 du décret du 15 juin 1953, des articles 1 et 4 du décret du 7 septembre 1961 et 41 et 57 du décret du 6 juin 1984 visés ci-dessus, ces conditions ne lui conféraient pas un droit à l'avancement à la classe exceptionnelle. En tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que le mérite de Mme B, comparativement à celui des autres candidats, impliquait nécessairement qu'elle figure parmi les promus, nonobstant sa valeur professionnelle certaine. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'en ne la promouvant pas au choix, l'administrateur général du conservatoire national des arts et métiers aurait commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'établissement.

En ce qui concerne la responsabilité sans faute :

12. Il est constant que la responsabilité sans faute du conservatoire national des arts et métiers est engagée pour l'indemnisation des préjudices subis par Mme B résultant de sa maladie professionnelle, reconnue imputable au service par une décision du 6 décembre 2017.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à solliciter une indemnisation tant au titre de la responsabilité sans faute, qu'en raison de la faute commise par le conservatoire des arts et métiers telle que mentionnée au point 7.

En ce qui concerne l'indemnisation des préjudices :

14. Si Mme B soutient que les sommes allouées par les premiers juges en réparation de son déficit fonctionnel temporaire partiel, ses souffrances endurées et son déficit permanent sont inférieures à celles indiquées par le barème des préjudices corporels des cours d'appel établi par le président Mornet, qui devrait selon elle amener à retenir des sommes supérieures, ce barème est indicatif et l'intéressée n'apporte aucun élément de nature à établir qu'au regard des circonstances de l'espèce, les premiers juges auraient, sur la base des éléments soumis à leur examen, fait une appréciation insuffisante de ces chefs de préjudice en les évaluant ainsi qu'ils l'ont fait respectivement aux sommes de 5 540 euros, 25 000 euros et 51 000 euros.

15. Ainsi qu'il a été dit au point 9, le conservatoire national des arts et métiers a pu régulièrement mettre fin aux fonctions de direction de Mme B. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à solliciter la réparation du préjudice financier consécutif à un licenciement. De la même manière, l'établissement n'ayant pas commis de fautes en ne lui versant pas de rémunération complémentaire pour ses fonctions de directrice ainsi qu'il a été dit au point 10, ni, ainsi qu'il a été dit au point 11, en ne la promouvant pas au choix, Mme B n'est pas fondée à solliciter la réparation du préjudice financier consécutif à l'absence de rémunération de ses fonctions de directrice du conservatoire national des arts et métiers de , ni de la perte de ses heures supplémentaires, pas plus que son préjudice de carrière pour absence de promotion et ses conséquences financières sur sa retraite.

16. En revanche, la carence du conservatoire national des arts et métiers mentionnée au point 7, pour ne pas avoir pris assez tôt les mesures adéquates pour mettre fin au harcèlement moral subit par Mme B dans l'exercice de ses missions, est à l'origine d'un préjudice moral et de troubles dans les conditions d'existence distincts des souffrances endurées déjà indemnisées à hauteur de 25 000 euros, dont il sera fait une juste appréciation en les évaluant à une somme de 5 000 euros.

17. La faute propre du conservatoire des arts et métiers étant distincte de la faute personnelle du président de l'association de gestion du conservatoire national des arts et métiers de , il n'appartient pas à la juridiction administrative de faire droit aux conclusions subsidiaires de l'établissement sollicitant que la charge de la réparation du préjudice de Mme B soit imputée intégralement à M. A.

18. Enfin, ainsi que le sollicitait Mme B, les premiers juges ont mis à la charge du conservatoire national des arts et métiers la somme de 794,88 euros au titre des frais d'expertise.

19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à soutenir que c'est à tort que par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montpellier ne l'a pas indemnisée du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence résultant de la faute distincte mentionnée au point 7.

Sur les frais liés au litige :

20. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge du conservatoire national des arts et métiers une somme de 1 500 euros à verser à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de Mme B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement des sommes demandées par les parties défenderesses au titre des frais qu'elles ont exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La somme que le conservatoire national des arts et métiers est condamné à verser à Mme B est portée de 81 540 euros à 86 540 euros.

Article 2 : Le jugement n°1704309 du 12 juin 2020 du tribunal administratif de Montpellier est réformé en ce qu'il a de contraire à l'article 1er du présent arrêt.

Article 3 : Le conservatoire national des arts et métiers versera à Mme B une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions du conservatoire national des arts et métiers présentées contre M. A sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, M. D, et au conservatoire national des arts et métier.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Geslan-Demaret, présidente de chambre,

Mme Blin, présidente assesseure,

Mme Arquié, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

La rapporteure,

C. Arquié

La présidente,

A. Geslan-Demaret

La greffière,

M-M. Maillat

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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