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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-20TL22926

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-20TL22926

mardi 29 novembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-20TL22926
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP BABY PRADON BABY CHATRY LAFFORGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Toulouse de condamner la commune de Foix à lui verser une somme de 7 830,24 euros au titre de son préjudice matériel correspondant à son traitement brut pendant six mois ainsi qu'une somme de 195,91 euros en réparation des heures supplémentaires effectuées au cours du mois d'août 2017 et d'enjoindre à la commune de Foix de lui délivrer un bulletin de salaire rectifié au titre du mois d'août 2017.

Par un jugement n°1705587 du 8 juillet 2020, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 1er septembre 2020, sous le n°20BX02926 au greffe de la cour administrative d'appel de Bordeaux, puis le 11 avril 2022 au greffe de la cour administrative d'appel de Toulouse sous le n° 20TL22926, Mme B, représentée par Me Chatry-Lafforgue, demande à la cour :

1°) de réformer le jugement du tribunal administratif de Toulouse du 8 juillet 2020 ;

2°) de condamner la commune de Foix à lui verser une somme de 7 830,24 euros au titre de son préjudice matériel correspondant à son traitement brut pendant six mois ainsi qu'une somme de 195,91 euros au titre du règlement des heures effectuées au cours du mois d'août 2017 ;

3°) d'enjoindre à la commune de Foix de lui délivrer un bulletin de salaire au titre du mois d'août 2017.

Elle soutient que :

- son contrat, qui a été renouvelé à six reprises, ne pouvait être renouvelé qu'une fois ;

- elle ne pouvait être recrutée sur un emploi non permanent alors qu'il n'est pas justifié d'un accroissement temporaire d'activité et qu'elle a accompli des missions permanentes ;

- elle sollicite la requalification de ses contrats à durée déterminée en contrat à durée indéterminée ;

- elle est en droit de solliciter des dommages et intérêts pour rupture abusive des relations de travail, en l'absence de renouvellement de son dernier contrat ; elle sollicite la somme correspondant au traitement brut qu'elle aurait perçu pendant six mois ;

- elle n'a pas souhaité démissionner puisqu'elle a poursuivi sa mission au-delà du terme du contrat ; aucun écrit n'est produit en ce sens, à l'exception d'attestations d'employés dont le lien hiérarchique avec la commune est fort et par suite irrecevables ; elle n'a pas demandé à réduire ses heures de travail mais a seulement sollicité la modification de son horaire de prise de service pour adapter ses horaires à sa vie de famille tout en faisant le même nombre d'heures ; elle n'avait pas imaginé que sa demande légitime de congés pour le début du mois d'août 2017 entraînerait la rupture de la relation de travail.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2022, la commune de Foix conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance en date du 11 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a attribué à la cour administrative d'appel de Toulouse le jugement de la requête de Mme B.

Par une ordonnance du 1er juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 24 juin 2022.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thierry Teulière, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Michèle Torelli, rapporteure publique,

- et les observations de Me Dufour substituant Me Huguet, représentant la commune de Foix.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, agent contractuel chargée d'assistance au personnel enseignant et d'entretien des locaux dans des écoles, a été recrutée par la commune de Foix, par plusieurs contrats à durée déterminée pour le remplacement temporaire d'agents municipaux, pour des périodes discontinues entre le 7 janvier 2014 et le 31 décembre 2016 et, du 12 mai au 6 juillet 2014, en raison d'un accroissement temporaire d'activité. Entre le 1er janvier et le 30 juin 2017, elle a été recrutée par cinq contrats successifs justifiés par un accroissement temporaire d'activité. Elle a enfin été employée pour remplacer un agent indisponible du 1er juillet au 4 août 2017, date de cessation de ses fonctions au sein de la collectivité. Par un jugement du 8 juillet 2020 dont Mme B relève appel, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté ses demandes tendant à la condamnation de la commune de Foix à lui verser une somme de 7 830,24 euros au titre de son préjudice matériel correspondant à son traitement brut pendant six mois ainsi qu'une somme de 195,91 euros en règlement d'heures effectuées au cours du mois d'août 2017 et d'enjoindre à cette commune de lui délivrer un bulletin de salaire au titre du mois d'août 2017.

Sur le bien-fondé du jugement :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, alors applicable : " Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 peuvent recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents pour faire face à un besoin lié à : 1° Un accroissement temporaire d'activité, pour une durée maximale de douze mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de dix-huit mois consécutifs ; () ". Aux termes de l'article 3-1 de la même loi, alors en vigueur : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et pour répondre à des besoins temporaires, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour assurer le remplacement temporaire de fonctionnaires ou d'agents contractuels autorisés à exercer leurs fonctions à temps partiel ou indisponibles en raison d'un congé annuel, d'un congé de maladie, de grave ou de longue maladie, d'un congé de longue durée, d'un congé de maternité ou pour adoption, d'un congé parental ou d'un congé de présence parentale, d'un congé de solidarité familiale ou de l'accomplissement du service civil ou national, du rappel ou du maintien sous les drapeaux ou de leur participation à des activités dans le cadre des réserves opérationnelle, de sécurité civile ou sanitaire ou en raison de tout autre congé régulièrement octroyé en application des dispositions réglementaires applicables aux agents contractuels de la fonction publique territoriale. / Les contrats établis sur le fondement du premier alinéa sont conclus pour une durée déterminée et renouvelés, par décision expresse, dans la limite de la durée de l'absence du fonctionnaire ou de l'agent contractuel à remplacer. Ils peuvent prendre effet avant le départ de cet agent ". Aux termes de son article 3-2, alors applicable : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et pour les besoins de continuité du service, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. / Le contrat est conclu pour une durée déterminée qui ne peut excéder un an. Il ne peut l'être que lorsque la communication requise à l'article 41 a été effectuée. / Sa durée peut être prolongée, dans la limite d'une durée totale de deux ans, lorsque, au terme de la durée fixée au deuxième alinéa du présent article, la procédure de recrutement pour pourvoir l'emploi par un fonctionnaire n'a pu aboutir ". Aux termes de l'article 3-3 de cette loi, alors applicable : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : 1° Lorsqu'il n'existe pas de cadre d'emplois de fonctionnaires susceptibles d'assurer les fonctions correspondantes ; / 2° Pour les emplois du niveau de la catégorie A lorsque les besoins des services ou la nature des fonctions le justifient et sous réserve qu'aucun fonctionnaire n'ait pu être recruté dans les conditions prévues par la présente loi ; / 3° Pour les emplois de secrétaire de mairie des communes de moins de 1 000 habitants et de secrétaire des groupements composés de communes dont la population moyenne est inférieure à ce seuil ; / 4° Pour les emplois à temps non complet des communes de moins de 1 000 habitants et des groupements composés de communes dont la population moyenne est inférieure à ce seuil, lorsque la quotité de temps de travail est inférieure à 50 % ; / 5° Pour les emplois des communes de moins de 2 000 habitants et des groupements de communes de moins de 10 000 habitants dont la création ou la suppression dépend de la décision d'une autorité qui s'impose à la collectivité ou à l'établissement en matière de création, de changement de périmètre ou de suppression d'un service public. / Les agents ainsi recrutés sont engagés par contrat à durée déterminée d'une durée maximale de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par reconduction expresse, dans la limite d'une durée maximale de six ans. / Si, à l'issue de cette durée, ces contrats sont reconduits, ils ne peuvent l'être que par décision expresse et pour une durée indéterminée ".

3. D'une part, il ne résulte pas des dispositions citées au point précédent du 1° de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 qu'un contrat conclu à ce titre ne pourrait être renouvelé qu'une fois. Par suite, le moyen tiré de ce que le contrat conclu entre la commune et Mme B le 29 décembre 2016 ne pouvait être renouvelé qu'une fois doit être écarté.

4. D'autre part, Mme B soutient qu'elle n'a pas été recrutée pour faire face à un accroissement temporaire d'activité à compter du 1er janvier 2017 mais pour occuper un emploi permanent et en déduit qu'elle aurait dû bénéficier d'un contrat à durée indéterminée. Elle persiste, en conséquence, à solliciter la requalification de ses contrats à durée déterminée en contrat à durée indéterminée. Toutefois et d'abord, en se bornant à indiquer que les activités qui lui ont été confiées correspondaient à l'exercice de missions permanentes, Mme B n'établit pas qu'elle aurait été recrutée sur un emploi permanent. Ensuite, à supposer même que tel serait le cas, les articles précités 3-1 et 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 permettent le recrutement d'agents non titulaires sur des emplois permanents par le biais de contrats à durée déterminée. Par suite, le recrutement par une collectivité territoriale d'un agent contractuel sur un emploi permanent n'implique pas que ce dernier soit nécessairement recruté dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Par ailleurs, Mme B n'établit ni même n'allègue entrer dans l'une des catégories, prévues par l'article 3-3 de cette même loi, permettant de reconduire pour une durée indéterminée le contrat à durée déterminée d'un agent recruté sur ce fondement.

5. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 4 que la requérante n'est fondée ni à soutenir que la commune de Foix l'aurait employée dans des conditions irrégulières durant le premier semestre 2017, ni à solliciter la requalification de ses contrats à durée déterminée en contrat à durée indéterminée au titre de cette période.

6. En deuxième lieu, Mme B invoque une faute de la commune tirée de la rupture abusive de son contrat à durée déterminée en persistant à soutenir en appel qu'elle n'a jamais exprimé une intention de démission puisqu'elle a travaillé après le terme du contrat et en laissant entendre que son employeur aurait mis fin à la relation de travail au seul motif qu'elle aurait sollicité des jours de congés supplémentaires au mois d'août 2017 pour accueillir son père en villégiature dans la région. En se bornant à produire une attestation de ce dernier justifiant de sa présence chez sa fille à cette période, Mme B n'apporte toutefois aucun élément de nature à contredire les témoignages précis et concordants du directeur des ressources humaines et de l'assistante du service du personnel, faisant état des déclarations répétées de l'intéressée quant à son souhait de " démissionner " de ses fonctions. En outre, si l'intéressée expose avoir travaillé après le terme du contrat, la commune précise en défense que Mme B a refusé de régulariser les contrats de travail qu'elle avait établis au titre des mois de juillet et d'août 2017. Dans ces conditions, la requérante, qui n'avait pas un droit au renouvellement de son contrat, n'établit pas l'existence d'une rupture abusive de la relation de travail du fait de son employeur.

7. En troisième et dernier lieu, si Mme B demande la condamnation de la commune de Foix à lui verser une somme de 195,91 euros en règlement d'heures effectuées au cours du mois d'août 2017, la commune fait valoir en défense sans être contredite que Mme B restait débitrice à la fin du mois de juin 2017 de 122 heures de travail qui lui avaient été auparavant réglées. Par suite, Mme B n'établit pas le bien-fondé de sa demande de paiement.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté ses demandes indemnitaires et à fin d'injonction. Par suite, ses conclusions d'appel à fin d'indemnisation et d'injonction ne peuvent également qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la commune de Foix, présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Foix au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A B et à la commune de Foix.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Geslan-Demaret, présidente de chambre,

Mme Blin, présidente assesseure,

M. Teulière, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

Le rapporteur,

T. Teulière

La présidente,

A. Geslan-Demaret

La greffière,

M-M. Maillat

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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