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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-21TL01816

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-21TL01816

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-21TL01816
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantGMC AVOCATS ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Nîmes d'annuler l'arrêté n° PC 30019 18 P0021 du 16 mai 2019 par lequel le maire d'Aubais a refusé de délivrer un permis de construire à la société à responsabilité limitée Emalia.

Par un jugement n° 1902519 du 9 mars 2021, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 12 mai 2021 au greffe de la cour administrative d'appel de Marseille sous le numéro 21MA01816 puis au greffe de la cour administrative d'appel de Toulouse sous le numéro 21TL01816, et un mémoire en réplique enregistré le 8 août 2022, M. B, représenté par la SCP GMC avocats et associés, demande à la cour :

1°) d'ordonner une médiation sur le fondement des dispositions des articles L. 231-7 et R. 213-5 du code de justice administrative ;

2°) d'annuler ce jugement ;

3°) d'annuler l'arrêté n° PC 30019 18 P0021 du 16 mai 2019 pris par le maire d'Aubais ;

4°) d'enjoindre au maire de délivrer le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de la commune la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- il justifie d'un intérêt à agir ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation concernant le raccordement au réseau public de distribution d'électricité ;

- le maire oppose à tort les dispositions de l'article L. 111-1 du code de l'urbanisme puisqu'il s'est abstenu de solliciter l'avis du pétitionnaire quant à la prise en charge des travaux de raccordement du réseau électrique à réaliser hors du terrain d'assiette du projet ;

- le maire n'a pas accompli toutes les diligences appropriées pour recueillir les indications nécessaires à son appréciation relative à ces travaux sur les réseaux publics ;

- le maire a outrepassé ses attributions en se prononçant sur la question de l'extension du réseau électrique et le refus de réalisation des travaux d'extension nécessaires en méconnaissance de l'article L. 2121-29 du code général des collectivités territoriales ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation concernant le raccordement au réseau public de distribution d'eau potable alors qu'il se fonde illégalement sur l'avis défavorable sur le raccordement du projet au réseau d'adduction d'eau potable émis par le maire d'Aigues-Vives ;

- l'arrêté attaqué est ainsi entaché d'incompétence négative dès lors que le maire s'est cru à tort lié par l'avis défavorable émis par le maire d'Aigues-Vives.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2022, la commune d'Aubais, représentée par AARPI MB avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable puisque le requérant ne justifie pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée le 15 septembre 2022 en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Haïli, président-assesseur,

- les conclusions de Mme Meunier-Garner, rapporteure publique,

- les observations de Me Goujon, représentant l'appelant ;

- et les observations de Me Bonnet, représentant la commune intimée.

Considérant ce qui suit :

1. Le 19 décembre 2018, la société Emalia a déposé une demande de permis de construire une maison individuelle de 131 m² avec piscine sur un terrain cadastré section B parcelle sis impasse des Coronilles à Aubais (Gard). Par un arrêté n° PC 30019 18 P0021 du 16 mai 2019, le maire d'Aubais a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité. Par la présente requête, M. B, titulaire d'une promesse d'achat auprès de la société Emalia, relève appel du jugement susvisé du 9 mars 2021 par lequel le tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Aubais :

2. Ainsi qu'il vient d'être exposé, il ressort des pièces du dossier que la société Emalia a déposé le 19 décembre 2018 un dossier de permis de construire n° PC 30019 18 P0021 en vue de construire une maison individuelle avec piscine sur la parcelle cadastrée section sur le territoire de la commune d'Aubais. Une promesse d'achat de ce bien, constatée par acte notarié, a été conclue par ladite société au bénéfice de M. B le 10 juillet 2019. Contrairement à ce que soutient la commune intimée, cette seule qualité de signataire d'une promesse d'achat d'un montant de 455 000 euros, dont l'appelant s'est prévalu en première instance, lui confère un intérêt suffisant pour contester le refus de délivrance du permis de construire en litige pour l'opération projetée, alors même qu'il n'était pas encore propriétaire de la parcelle concernée à la date d'introduction de sa demande. De même, la circonstance que cette promesse d'achat ne comporte pas de condition suspensive en cas de refus d'autorisation d'urbanisme à ce stade de l'opération immobilière est sans incidence sur cet intérêt lui donnant qualité à agir. Il suit de là que M. B justifie d'un intérêt suffisant pour contester le refus de permis de construire en litige et que la fin de non-recevoir opposée sur ce point par la commune défenderesse ne peut dès lors être accueillie.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté en litige :

3. Aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. ". L'article R. 410-10 du même code dispose que : " () L'autorité compétente recueille l'avis des collectivités, établissements publics et services gestionnaires des réseaux mentionnés à l'article L. 111-11 ainsi que les avis prévus par les articles R. 423-52 et R. 423-53. / Ces avis sont réputés favorables s'ils n'ont pas été émis dans le délai d'un mois à compter de la réception de la demande d'avis. ". L'article R. 111-9 de ce code dispose que : " Lorsque le projet prévoit des bâtiments à usage d'habitation, ceux-ci doivent être desservis par un réseau de distribution d'eau potable sous pression raccordé aux réseaux publics. ".

4. Les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, sans prise en compte des perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Une modification de la consistance d'un des réseaux publics que ces dispositions mentionnent ne peut être réalisée sans l'accord de l'autorité administrative compétente. Il résulte de ces dispositions qu'un permis de construire doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, lorsque l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

5. Pour refuser de délivrer un permis de construire à la société Emalia, le maire d'Aubais s'est fondé sur un premier motif tiré de ce que " la commune d'Aigues-Vives, propriétaire du réseau d'adduction d'eau potable, a émis un avis défavorable au raccordement du projet à ce réseau " et sur un second motif de ce que selon l'avis d'Enedis " une extension du réseau électrique de 35m en dehors du terrain d'assiette est nécessaire " alors que la commune n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. Par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté la demande de M. B tendant à l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté du 16 mai 2019, après avoir considéré que le maire d'Aubais aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur le seul second motif de son arrêté.

6. Statuant sur l'appel du demandeur de première instance dirigé contre un jugement qui a rejeté ses conclusions à fin d'annulation d'une décision administrative reposant sur plusieurs motifs en jugeant, après avoir censuré tel ou tel de ces motifs, que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur le ou les motifs que le jugement ne censure pas, il appartient au juge d'appel, s'il remet en cause le ou les motifs n'ayant pas été censurés en première instance, de se prononcer, en vertu de l'effet dévolutif de l'appel, sur les moyens critiquant la légalité du ou des motifs censurés en première instance, avant de déterminer, au vu de son appréciation de la légalité des différents motifs de la décision administrative, s'il y a lieu de prononcer l'annulation de cette décision ou de confirmer le rejet des conclusions à fin d'annulation.

7. En premier lieu, il ressort de l'avis de la société Enedis du 10 avril 2019, concernant la demande de permis n° PC 3001918P0021, s'agissant du raccordement au réseau électrique, que la parcelle en cause " est raccordable avec un allongement du réseau BT de 35 mètres à partir du réseau BT poste " Fond Fougassière " moyennant une extension du réseau public de distribution par allongement ou renforcement du réseau ". Toutefois, eu égard tant à la consistance des travaux tenant en un raccordement de 35 mètres au réseau existant, qu'à leur coût d'un montant hors taxe de 2 845,80 euros, cette desserte en électricité du terrain d'assiette du projet nécessite des travaux sur une longueur qui n'excède pas 100 mètres. Dans ces conditions, la desserte de la construction projetée ne nécessitait ni modification, ni extension de ce réseau au sens de l'article L. 111-11 précité du code de l'urbanisme, mais de simples travaux de raccordement qui, alors même qu'ils doivent s'effectuer sous le domaine public, constituent un simple branchement à ce réseau. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le maire d'Aubais ne pouvait légalement refuser le permis de construire sollicité pour ce motif sur le fondement des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme précité.

8. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que dans son avis notifié en date du 21 mars 2019 la société Suez a indiqué que la parcelle " B n° 1002 " en litige pourra être raccordée par un branchement d'eau depuis la conduite située en domaine public et que ce raccordement nécessitera de traverser en partie le domaine public sous réserve d'obtention des autorisations de voirie. Il ressort, par ailleurs, du rapprochement des termes de l'arrêté en litige et des écritures de la commune intimée que le maire d'Aubais s'est fondé sur le seul avis défavorable de la commune d'Aigues-Vives en date du 9 mai 2019, propriétaire du réseau d'adduction d'eau potable, au raccordement du projet à ce réseau, sans autre considération propre au dossier de permis de construire et sans se l'approprier. Par suite, le maire n'a pas exercé son pouvoir d'appréciation sur ce point et entaché ce motif d'incompétence négative, alors même que le maire a opposé le second motif après s'être livré à une appréciation personnelle.

9. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible de fonder l'annulation de la décision attaquée.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une médiation, que M. B est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 16 mai 2019.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ". L'article L. 911-2 du même code dispose que : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. () ". Selon l'article L. 911-3 de ce même code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".

12. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

13. Le présent arrêt, qui censure l'un des motifs de refus du permis de construire opposé à la société Emalia et retient une erreur de droit du maire d'Aubais pour ne pas avoir exercé son pouvoir d'appréciation à la suite de l'avis défavorable émis par le maire d'Aigues Vives concernant le raccordement du projet au réseau d'eau potable, n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint au maire de délivrer le permis de construire sollicité par la société Emalia. Il implique en revanche nécessairement que l'autorité administrative procède à une nouvelle instruction de cette demande de permis de construire et prenne une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme que la commune d'Aubais au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Aubais le versement à l'appelant de la somme de 1 200 euros au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Nîmes du 9 mars 2021 et l'arrêté n° PC 30019 18 P0021 du 16 mai 2019 par lequel le maire d'Aubais a refusé de délivrer à la société Emalia un permis de construire sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire d'Aubais de procéder au réexamen de la demande de permis de construire n° PC 30019 18 P0021 présentée par la société Emalia et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt.

Article 3 : La commune d'Aubais versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et à la commune d'Aubais.

Copie en sera adressée à la société à responsabilité limitée Emalia.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Chabert, président,

M. Haïli, président assesseur,

M. Jazeron, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

Le président-assesseur,

X. Haïli

Le président,

D. ChabertLa greffière,

N. Baali

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°21TL01816

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