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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-21TL02043

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-21TL02043

mardi 26 septembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-21TL02043
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantde la Grange et Fitoussi Avocats

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme E B C a demandé au tribunal administratif de Montpellier de désigner un expert indépendant, de condamner le centre hospitalier universitaire de Montpellier (Hérault) à lui verser une indemnité de 2 500 000 euros en réparation des préjudices résultant de la faute commise lors de l'exérèse d'un gliome de base grade frontal gauche, subie le 21 juin 2011, à lui rembourser la somme de 10 000 euros qu'elle a engagée dans la procédure, et de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales dans le cas de la survenance d'un aléa.

Par un jugement avant-dire droit du 3 juin 2019, le tribunal administratif de Montpellier a, d'une part, estimé que le centre hospitalier universitaire de Montpellier avait manqué à l'obligation d'information de Mme B C sur les risques de troubles cognitifs définitifs que comportait la résection d'un gliome de bas grade frontal gauche au moyen de la technique dite de " chirurgie éveillée " et a, d'autre part, ordonné une expertise en vue de déterminer si la requérante disposait d'une possibilité raisonnable de refuser l'intervention ou, tout au moins, de la différer.

Par un jugement n°1703616 du 29 mars 2021, le tribunal administratif de Montpellier a condamné le centre hospitalier universitaire de Montpellier à verser à Mme B C une indemnité de 143 283 euros en réparation des préjudices résultant de l'intervention subie le 21 juin 2011, mis à la charge définitive du centre hospitalier universitaire les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 4 950 euros et rejeté le surplus des conclusions de la requérante.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 mai et 1er juillet 2021, sous le n°21MA02043 au greffe de la cour administrative d'appel de Marseille, puis le 1er mars 2022 au greffe de la cour administrative d'appel de Toulouse sous le n° 21TL02043, et des mémoires, enregistrés les 14 avril 2022 et 11 janvier 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le centre hospitalier universitaire de Montpellier, représenté par Me le Prado, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement avant-dire droit du tribunal administratif de Montpellier du 3 juin 2019, ensemble le jugement n°1703616 du tribunal administratif de Montpellier du 29 mars 2021 ;

2°) de rejeter les demandes de Mme B C devant le tribunal administratif de Montpellier ainsi que ses conclusions d'appel incident.

Il soutient que :

- les jugements sont insuffisamment motivés au regard des moyens dont le tribunal a été saisi ;

- c'est à tort que le tribunal a jugé que la circonstance que l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales soit devenu défendeur n'a pas eu pour effet de priver Mme B C du bénéfice de la dispense d'avocat prévue à l'article R. 413-3 du code de justice administrative ;

- c'est à tort qu'il a considéré que Mme B C n'avait pas été pleinement informée des risques liés à l'intervention et n'avait, par suite, pas consenti à l'intervention en cause ; c'est également à tort qu'il a jugé qu'il n'avait pas apporté la preuve du consentement de Mme B C à l'intervention réalisée et qu'il a estimé que cette faute engageait son entière responsabilité ; Mme B C a été informée de la nature de l'intervention et des risques encourus de déficit moteur et phasique transitoire et elle avait consenti à l'intervention, qui était impérative ; la patiente ne pouvait raisonnablement s'y opposer ; le risque de troubles cognitifs post opératoires n'était pas répertorié à la date de l'intervention de sorte qu'il ne peut lui être reproché de ne pas en avoir informé la patiente, ni de l'avoir exposée à ce risque sans son consentement ; il n'a pas manqué à son obligation d'information, ni méconnu le consentement de la patiente face à un risque non répertorié et confronté à un risque connu de complication cognitive en cas de recours à la radiothérapie ; le principe même de l'intervention impliquait une résection étendue dont la nécessité n'est pas contestable ; il n'était pas justifié médicalement, ni déontologiquement acceptable, de limiter l'étendue de l'exérèse ; les experts n'ont pas remis en cause la pertinence de l'indication opératoire, y compris le caractère étendu de l'exérèse ; à supposer que la patiente n'ait pas consenti à la partie de l'intervention sur la zone inférieure, un préjudice moral d'impréparation peut être admis ; en revanche le préjudice corporel n'est pas établi faute de lien de causalité entre le caractère étendu de l'opération et les troubles cognitifs de la patiente ; le caractère étendu de l'intervention n'a pu qu'être à l'origine d'une perte de chance, laquelle ne saurait excéder 30 % ;

- à titre subsidiaire, le tribunal a procédé à une évaluation excessive des préjudices subis ; l'indemnité allouée au titre du déficit fonctionnel temporaire doit être réduite et proportionnée à la perte de chance retenue ; la demande présentée à ce titre par Mme B C sera rejetée ; l'indemnité allouée au titre des souffrances endurées mérite également d'être réduite et la demande présentée par Mme B C sera rejetée ; l'évaluation du préjudice moral d'impréparation est excessive et l'indemnité allouée doit être réduite et proportionnée à la perte de chance retenue ; l'indemnité allouée au titre du déficit fonctionnel permanent doit être ramenée à de plus justes proportions ;

- la demande présentée par Mme B C au titre d'une consultation médico-légale pour un montant de 120 euros doit être rejetée ; celle présentée au titre du déficit fonctionnel permanent ne saurait être accueillie ; au vu de l'examen effectué par l'expert et compte-tenu du barème du concours médical, un taux de 15 à 20 % devrait être retenu ; la demande au titre du préjudice sexuel est excessive et sera rejetée ; la demande relative aux frais de téléalarme ne pourra qu'être rejetée faute de lien de causalité direct et certain, cet équipement n'étant pas justifié par les conséquences de l'intervention litigieuse ; au titre de l'aide par tierce personne, c'est à juste titre que l'intimée propose de déduire de l'indemnité réclamée les sommes perçues au titre de la prestation de compensation du handicap ; le taux horaire réclamé ne saurait être retenu, dès lors que l'assistance requise est une assistance non spécialisée et il lui appartient de justifier de ses jours d'hospitalisation pour le passé ; pour l'avenir, l'indemnisation doit prendre la forme d'une rente, son versement étant subordonné aux justifications nécessaires.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 4 janvier 2022 et 17 octobre 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par la SELARL de la Grange, Fitoussi avocats, agissant par Me de la Grange, conclut à la confirmation du jugement attaqué du 29 mars 2021, au rejet de la demande de condamnation de l'office présentée par Mme B C à titre subsidiaire, à sa mise hors de cause et au rejet de toute autre demande.

Il fait valoir qu'en l'absence d'anormalité du dommage et de survenue d'un accident médical non fautif, les conditions d'intervention de la solidarité nationale ne sont pas réunies.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 juillet 2021, 22 janvier, 5 mai et 19 décembre 2022, Mme B C, représentée par la SELARL Corem, agissant par Me Knispel, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :

- de confirmer le jugement attaqué du 29 mars 2021 en ce qu'il a condamné le centre hospitalier universitaire de Montpellier à indemniser son entier préjudice et de le réformer quant au montant de l'indemnisation qu'il a fixée ;

- de condamner le centre hospitalier universitaire de Montpellier ou, à titre subsidiaire, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à lui verser une indemnité de 2 543 659,90 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 28 février 2020 et de leur capitalisation et de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier les dépens, à hauteur de 4 950 euros, et une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le centre hospitalier universitaire de Montpellier est responsable d'un défaut d'information à son égard en ce qui concerne la réalisation de l'acte chirurgical lui-même et le caractère incertain des effets de l'opération, au-delà du défaut d'information sur les risques liés à l'intervention ; elle avait une possibilité raisonnable de refuser de se faire opérer dans l'immédiat ;

- le rapport d'expertise ne laisse aucun doute quant à l'existence d'un défaut de consentement à l'exérèse de la partie inférieure, en l'absence de danger immédiat ;

- à titre subsidiaire, s'il était considéré que ses préjudices relèvent d'un aléa thérapeutique, elle devrait être indemnisée de son entier préjudice par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, le critère d'anormalité étant rempli ;

- au titre des préjudices extrapatrimoniaux temporaires, son déficit fonctionnel temporaire doit être réévalué à la somme de 11 295 euros au lieu de celle de 7 428 euros, accordée par le tribunal ; les souffrances endurées doivent être indemnisées à hauteur de 20 000 euros ; la décision de première instance ayant indemnisé le préjudice d'impréparation à hauteur de 10 000 euros sera confirmée ;

- au titre des préjudices patrimoniaux temporaires, il convient de porter à 2 975 euros l'indemnité à lui allouer au titre des frais divers ; les frais de consultation médico-légale ne sont pas remboursés par la caisse primaire d'assurance médicale et cette consultation était utile ; l'assistance par deux médecins conseils avait également un caractère utile ;

- au titre des préjudices extrapatrimoniaux permanents, son déficit fonctionnel permanent doit être réévalué à la somme de 161 400 euros ; le taux de 40% retenu par l'expert doit être confirmé ; le jugement doit être confirmé quant à l'évaluation à hauteur de 5 000 euros de son préjudice d'établissement ; son préjudice sexuel doit être indemnisé à hauteur de 10 000 euros ;

- au titre des préjudices patrimoniaux permanents, les frais de logement adapté consistant en des frais de téléalarme doivent être évalués à 21 507,51 euros ; elle doit se voir allouer au titre de l'aide par tierce personne permanente une indemnité de 2 301 482,39 euros ; elle n'a pas été hospitalisée depuis la date de consolidation ; le coût horaire de l'assistance peut être fixé à 20 euros et son état est suffisamment stable pour justifier l'allocation d'une indemnisation sous forme de capital et non de rente.

Par une ordonnance du 20 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thierry Teulière, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Michèle Torelli, rapporteure publique,

- et les observations de Me Demailly, représentant le centre hospitalier universitaire de Montpellier et de Me Bellen, substituant Me Knispel, représentant Mme B C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, alors âgée de vingt-sept ans, a été opérée le 21 juin 2011, selon la technique dite de " chirurgie éveillée ", d'un gliome de bas grade frontal gauche révélé par les examens pratiqués le 7 janvier 2011 lors de sa prise en charge pour une crise d'épilepsie généralisée par le service de neurochirurgie du centre hospitalier universitaire de Montpellier. A son réveil, elle a présenté un déficit moteur hémi-corporel droit, des troubles du langage et de la mémoire et une altération des fonctions cognitives. Par un jugement avant-dire droit du 3 juin 2019, le tribunal administratif de Montpellier a, d'une part, estimé que le centre hospitalier universitaire de Montpellier avait manqué à l'obligation d'information de Mme B C sur les risques de troubles cognitifs définitifs que comportait l'intervention et, d'autre part, ordonné une expertise en vue de déterminer si l'intéressée disposait d'une possibilité raisonnable de refuser l'intervention ou, tout au moins, de la différer. Par un jugement n°1703616 du 29 mars 2021, le tribunal administratif de Montpellier a condamné le centre hospitalier universitaire de Montpellier à verser à Mme B C une indemnité de 143 283 euros en réparation des préjudices résultant de l'intervention subie le 21 juin 2011, mis à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Montpellier les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 4 950 euros, et rejeté le surplus de sa demande. Le centre hospitalier universitaire de Montpellier relève appel de ces jugements. Mme B C forme, quant à elle, appel incident à l'encontre du jugement du 29 mars 2021.

Sur la régularité des jugements :

2. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des jugements contestés au regard des moyens dont le tribunal a été saisi n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit donc être écarté.

Sur le bien-fondé des jugements :

En ce qui concerne la dispense d'avocats en première instance :

3. Le centre hospitalier universitaire de Montpellier soutient que c'est à tort que, par son jugement avant-dire droit, le tribunal a jugé que la circonstance que l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales soit devenu défendeur n'a pas eu pour effet de priver Mme B C du bénéfice de la dispense d'avocat prévue à l'article " R. 413-3 " du code de justice administrative. Toutefois, ce moyen n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit donc être écarté.

En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Montpellier :

4. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique dans sa rédaction applicable au litige : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. () ". Aux termes de l'article L. 1111-4 de ce code dans sa rédaction applicable au litige : " Toute personne prend, avec le professionnel de santé et compte tenu des informations et des préconisations qu'il lui fournit, les décisions concernant sa santé. () Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment. Lorsque la personne est hors d'état d'exprimer sa volonté, aucune intervention ou investigation ne peut être réalisée, sauf urgence ou impossibilité, sans que la personne de confiance prévue à l'article L. 1111-6, ou la famille, ou à défaut, un de ses proches ait été consulté. () ".

5. Toute personne a le droit de recevoir les traitements et les soins les plus appropriés à son état de santé sous réserve de son consentement libre et éclairé. Hors les cas d'urgence ou d'impossibilité de consentir, la réalisation d'une intervention à laquelle le patient n'a pas consenti oblige l'établissement responsable à réparer tant le préjudice moral subi de ce fait par l'intéressé que, le cas échéant, toute autre conséquence dommageable de l'intervention. La preuve du recueil du consentement du patient incombe à l'établissement hospitalier.

6. Il résulte de l'instruction que la tumeur que présentait Mme B C comportait deux parties, une masse supérieure importante dont l'environnement permettait alors de réaliser des tests de stimulation au cours de l'intervention et une partie inférieure se présentant comme une infiltration du faisceau cingulaire et des radiations calleuses, zones qui interviennent dans les émotions et les comportements et pour lesquelles ces tests étaient impossibles. Ainsi que l'a relevé le jugement du tribunal du 29 mars 2021, il résulte également de l'instruction et notamment du rapport d'expertise établi le 29 octobre 2020, que l'exérèse de la tumeur a porté sur ces deux parties alors que Mme B C n'avait été informée que d'une résection à l'intérieur des limites testables et qu'elle n'avait donné son consentement que pour la résection de cette seule partie supérieure, ayant même fait état de son opposition à une intervention dans une zone pour laquelle la réalisation de tests de stimulation était impossible. Il s'ensuit qu'elle n'a pas été informée, ni n'a donné son accord sur l'extension à cette partie inférieure de l'exérèse, alors qu'il n'y avait ni urgence, ni impossibilité de consentir. Par suite, le centre hospitalier n'est pas fondé à soutenir que Mme B C avait consenti à l'intervention qui a, en définitive, été réalisée. En outre, il résulte également du rapport d'expertise précité que l'intéressée pouvait raisonnablement différer l'intervention sur le contingent inférieur de la tumeur en zone non testable, ce contingent pouvant en outre, selon les experts, être traité par chimiothérapie. Si le centre hospitalier universitaire de Montpellier soutient que le risque de troubles cognitifs n'était pas répertorié à la date de l'intervention, il résulte du rapport d'expertise qu'il existait cependant une réelle incertitude sur les effets de la résection de la partie inférieure de la tumeur localisée dans l'aire motrice supplémentaire et il résulte de ce qui précède que le défaut d'information de la patiente porte sur l'acte chirurgical lui-même et son étendue. Enfin, la circonstance qu'une exérèse étendue aurait été médicalement justifiée est sans incidence sur le devoir d'information incombant au praticien ou son obligation de recueillir le consentement de la patiente.

7. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le centre hospitalier universitaire de Montpellier n'est pas fondé à se plaindre de ce que, par le jugement avant-dire droit du 3 juin 2019, le tribunal administratif de Montpellier a retenu un manquement au devoir d'information ni à soutenir que c'est à tort que, par le jugement du 21 mars 2021, le tribunal a retenu que l'établissement n'apportait pas la preuve du consentement de la patiente à la réalisation d'une exérèse étendue.

8. La faute du centre hospitalier universitaire de Montpellier consistant à réaliser une intervention sans le consentement de sa patiente, engage son entière responsabilité et l'oblige à réparer l'ensemble des conséquences dommageables de l'intervention, et ce, alors même qu'aucune faute dans l'indication et la réalisation de cette dernière n'a été relevée. Par suite, le centre hospitalier universitaire de Montpellier n'est pas fondé à soutenir que le défaut de consentement de Mme B C ne serait à l'origine que d'une perte de chance. S'il conteste également l'existence d'un lien de causalité entre le caractère étendu de l'opération et les troubles cognitifs de la patiente, il résulte du rapport d'expertise établi le 29 octobre 2020 que ceux-ci sont imputables de façon directe et certaine à la résection de la partie inférieure qui ne pouvait donner lieu à des tests de stimulation.

9. En raison de la faute du centre hospitalier universitaire de Montpellier et, par voie de conséquence, en l'absence d'accident médical non fautif, il y a lieu de mettre l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales hors de cause.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices de Mme B C :

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

Quant aux préjudices temporaires :

10. En l'absence de justification du caractère utile, en sus de la réalisation d'un bilan neuropsychologique dont le tribunal a admis la prise en compte, de la consultation médico-légale réalisée par le docteur A, il n'y a pas lieu de porter l'indemnité de 2 855 euros déjà allouée par le tribunal au titre des frais divers à la somme de 2 975 euros ainsi que le demande Mme B C.

Quant aux préjudices permanents :

11. Mme B C sollicite une indemnité au titre des frais de logement adapté consistant uniquement, dans le dernier état de ses écritures, en des frais de téléalarme. Contrairement à ce que soutient le centre hospitalier universitaire de Montpellier, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise ordonnée par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, que cette téléassistance a été rendue nécessaire par la complication chirurgicale subie par Mme B C. Ces frais de téléalarme peuvent être évalués, au titre de la période allant du mois de mai 2015 à la date de lecture du présent arrêt et déduction faite de l'aide spécifique de 17,93 euros par mois reçue au titre de la prestation de compensation du handicap, à la somme de 623,40 euros. Ils peuvent être évalués, au titre de la période future, sur la base d'un coût annuel de téléassistance de 98,64 euros et en prenant en compte un point de capitalisation fixé par le barème de capitalisation publié en 2022 à la Gazette du Palais avec taux d'intérêt de -1%, à 60,948 pour une femme de 39 ans à la date du présent arrêt, à la somme de 6 011,91 euros.

12. L'expert désigné par la commission de conciliation et d'indemnisation a évalué à 6 heures par jour les besoins en tierce personne de Mme B C. Sur une base horaire de 13 euros et d'une durée de 412 jours pour tenir compte des congés payés et des jours fériés, et après déduction des montants de prestation de compensation du handicap dont elle a bénéficié, le montant auquel peut prétendre Mme B C du 12 juillet 2013 à la date du présent arrêt, au titre des frais d'assistance par tierce personne peut être évalué à la somme de 188 435,35 euros alors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait été hospitalisée postérieurement à la date de la consolidation de son état de santé. Au titre de la période future, sur une base de 2 190 heures annuelles et d'un tarif horaire réduit à 7,13 euros après déduction de 5,87 euros afin de prendre en compte la prestation de compensation du handicap bénéficiant à l'intéressée, le montant annuel d'indemnisation s'établit à 15 614,70 euros. Il y a lieu, en l'absence d'incertitude sur le mode d'hébergement de la victime à l'avenir, de convertir ce montant annuel en un capital, comme la victime le demande plutôt que de lui accorder une rente, en appliquant un barème de capitalisation de 60,948 correspondant à un âge de 39 ans chez une femme (Gazette du palais édition 2022 taux d'intérêt de -1%), soit le montant de 951 684,73 euros qui peut être alloué à Mme B C au titre des frais d'assistance tierce personne capitalisés.

S'agissant des préjudices personnels :

Quant aux préjudices temporaires :

13. Il ressort du rapport de l'expertise ordonnée par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales que Mme B C a subi un déficit fonctionnel temporaire total lié aux complications post-opératoires d'une durée de trois mois et un déficit fonctionnel temporaire de 50 % du 21 décembre 2011 au 11 juillet 2013. Le préjudice subi, à ce titre, peut être évalué, sur une base de 500 euros par mois pour un déficit fonctionnel temporaire total, à la somme de 6 231 euros. Par suite, l'indemnité de 7 428 euros accordée par le tribunal administratif de Montpellier doit être ramenée à 6 231 euros.

14. Les souffrances endurées par Mme B C jusqu'à la date de la consolidation ont été estimées par l'expert désigné par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à 4 sur une échelle de 7. Le tribunal n'a pas inexactement évalué ce préjudice en le fixant à la somme de 8 000 euros.

15. Il résulte de l'instruction que Mme B C a subi un préjudice moral spécifique lié au défaut de consentement et à l'impréparation à la réalisation des risques de séquelles cognitives et neuro-motrices consécutifs à la complication survenue à la suite de l'intervention. Eu égard à son opposition à une intervention portant sur une zone cérébrale qui ne pouvait faire l'objet de tests, le tribunal n'a pas, dans les circonstances de l'espèce, procédé à une évaluation excessive en allouant à la victime une somme de 10 000 euros à ce titre.

Quant aux préjudices permanents :

16. Il résulte de l'instruction que l'expert désigné par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales a évalué à 40 % le déficit fonctionnel permanent de Mme B C imputable à l'acte chirurgical réalisé. Si le centre hospitalier universitaire de Montpellier soutient qu'en considération de l'examen clinique effectué par l'expert qui souligne ses difficultés de langage et compte-tenu du barème du concours médical, un taux de 15 à 20 % devrait être retenu, il résulte cependant de l'instruction que le taux de 40 % résulte de la prise en compte par l'expert de la persistance d'importants troubles de la mémoire, du syndrome frontal, du syndrome dépressif réactionnel de l'intéressée et de l'aggravation potentielle de l'épilepsie et qu'il n'y a donc pas lieu de réduire ce taux. Le tribunal n'a, par ailleurs, pas inexactement évalué ce préjudice incluant les troubles définitifs dans les conditions d'existence, à savoir une très grande fatigabilité, en allouant la somme de 110 000 euros à la victime, âgée de 29 ans à la date de la consolidation de son état, le 12 juillet 2013.

17. Le centre hospitalier universitaire de Montpellier ne contestant pas l'allocation par le tribunal au titre du préjudice d'établissement retenu par l'expert d'une indemnité de 5 000 euros à Mme B C, cette dernière peut prétendre à cette somme.

18. Il y a lieu d'évaluer le préjudice sexuel de Mme B C, qui a subi d'après l'expert désigné une modeste diminution de libido, à la somme de 1 000 euros.

19. Il résulte de tout ce qui précède que l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales doit être mis hors de cause, que le centre hospitalier universitaire de Montpellier est seulement fondé à soutenir que l'indemnisation par le tribunal du déficit fonctionnel temporaire de Mme B C est excessive, enfin, que cette dernière est fondée à demander que l'indemnité que le centre hospitalier universitaire de Montpellier a été condamné à lui verser soit portée à 1 289 841,39 euros.

En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation :

20. Mme B C a droit aux intérêts sur l'indemnité mentionnée au point 19, à compter du 28 février 2020, date que l'intéressée sollicite comme étant le point de départ des intérêts.

21. La capitalisation des intérêts a été demandée le 19 décembre 2022, date d'enregistrement du dernier mémoire d'appel de Mme B C. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter de cette date où était due une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

22. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal administratif de Montpellier, liquidés et taxés par une ordonnance du président du tribunal du 5 novembre 2020, à la somme de 4 950 euros, à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Montpellier.

23. Il y a également lieu de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier le versement à Mme B C la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est mis hors de cause.

Article 2 : L'indemnité que le centre hospitalier universitaire de Montpellier a été condamné à verser à Mme B C est portée à 1 289 841,39 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 28 février 2020 et de leur capitalisation à compter du 19 décembre 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Article 3 : Les frais de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 4 950 euros, sont laissés à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Montpellier.

Article 4 : Le centre hospitalier universitaire de Montpellier versera à B C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le jugement n°1703616 du 29 mars 2021 du tribunal administratif de Montpellier est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent arrêt sera notifié au centre hospitalier universitaire de Montpellier, à Mme E B C, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Geslan-Demaret, présidente de chambre,

Mme Blin, présidente assesseure,

M. Teulière, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.

Le rapporteur,

T. Teulière

La présidente,

A. Geslan-Demaret

La greffière,

M-M. Maillat

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

N°21TL02043

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