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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-21TL03413

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-21TL03413

lundi 18 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-21TL03413
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse suivante :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2020 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays vers lequel elle pourra être reconduite d'office et lui a opposé une interdiction de retour en France pour une durée de six mois.

Par un jugement n°2100297 du 16 mars 2021, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Montpellier l'a admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et a rejeté le surplus des conclusions de sa demande.

Procédures devant la cour :

I. Par une requête, enregistrée au greffe de la cour administrative d'appel de Marseille le 9 août 2021 sous le numéro 21MA03413 puis, au greffe de la cour administrative d'appel de Toulouse le 1er mars 2022 sous le numéro 21TL03413, Mme A, représentée par Me Bazin, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 16 mars 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2020 ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle méconnaît les dispositions du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée pour fixer à trente jours le délai de départ volontaire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par une décision du président de section du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille en date du 25 juin 2021, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II. Par une requête enregistrée au greffe de la cour administrative d'appel de Marseille le 9 août 2021 sous le numéro 21MA03414 puis, au greffe de la cour administrative d'appel de Toulouse le 1er mars 2022 sous le numéro 21TL03414, Mme A représentée par Me Bazin, demande à la cour :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article R. 811-17 du code de justice administrative, le sursis à exécution du jugement du 16 mars 2021 du tribunal administratif de Montpellier ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'exécution du jugement implique des conséquences difficilement réparables ;

- les moyens soulevés dans sa requête au fond sont sérieux.

Par une décision du président de section du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille en date du 25 juin 2021, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le dernier alinéa de l'article R.222-1 du code de justice administrative dispose : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme A, ressortissant nigériane née le 4 avril 1994 relève appel du jugement du 16 mars 2021 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Montpellier a refusé de faire droit à sa requête tendant notamment à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault en date du 28 décembre 2020 lui opposant une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays vers lequel elle pourra être reconduite d'office et lui faisant interdiction de retour en France pour une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Mme A n'apporte pas davantage en appel qu'en première instance les éléments de nature à infirmer l'appréciation portée par le préfet sur sa situation personnelle et ne fait pas état de circonstances permettant d'établir que la mesure d'éloignement que lui est opposée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, par adoption des motifs exposés aux points 5 et 6 du jugement attaqué, les moyens tirés de la violation de l'article 8 précité ensemble l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

5. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. Si Mme A soutient qu'en cas de retour au Nigéria, elle risque de subir des traitements inhumains et dégradants de la part des membres du réseau de prostitution et de sa famille, il ressort toutefois des pièces du dossier que sa demande d'asile en réexamen a été rejetée pour irrecevabilité par l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Elle se borne, en appel comme en première instance, à se référer à son récit d'asile et à invoquer la plainte déposée le 14 juillet 2020 auprès du Procureur de la République qui établit, selon elle, sa volonté de se soustraire à ce réseau, mais dont elle n'indique pas l'issue. Dès lors que ces seuls éléments ne permettent pas d'établir l'existence de risques actuels, directs et personnels en cas de retour dans son pays d'origine, l'appelante n'est pas fondée à soutenir que le préfet a ainsi méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

7. Aux termes du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Le délai de départ volontaire accordé à l'étranger peut faire l'objet d'une prolongation par l'autorité administrative pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. Toutefois, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, décider que l'étranger est obligé de quitter sans délai le territoire français () ". En vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

8. La décision statuant sur l'octroi éventuel d'un délai de départ volontaire à l'étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français est l'accessoire de la décision d'éloignement dont elle constitue une simple mesure d'exécution. Il résulte des dispositions précitées du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que pour exécuter spontanément l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite, l'étranger dispose en principe d'un délai de trente jours à compter de la notification de la mesure d'éloignement. Ces mêmes dispositions donnent à l'autorité administrative la faculté, soit de décider à titre exceptionnel d'accorder à l'étranger un délai de départ volontaire supérieur à trente jours en raison de la situation personnelle de l'intéressé, soit au contraire de refuser, par une décision motivée, de lui accorder un délai de départ volontaire si les conditions légales d'un tel refus sont remplies. Par suite, la décision par laquelle le préfet accorde à l'étranger un délai de trente jours pour exécuter spontanément l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite ne saurait, eu égard à son objet et ses effets, être regardée comme ayant le caractère d'une décision défavorable, que dans l'hypothèse où l'étranger avait saisi le préfet d'une demande tendant à ce que lui soit accordé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ou fait état de circonstances tenant à sa situation personnelle de nature à justifier que lui soit accordé un tel délai, à titre exceptionnel.

9. Mme A n'établit ni même n'allègue avoir présenté une demande au préfet tendant à ce que lui soit accordé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours et ne fait pas état de circonstances relatives à sa situation personnelle de nature à en justifier l'octroi. Dès lors, comme l'a retenu à bon droit le premier juge, l'appelante, qui ne peut utilement soulever le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision, n'est davantage pas fondée à soutenir ni que le préfet s'est cru en situation de compétence liée ni qu'il a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes des dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " () l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. / () / La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

11. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Ainsi, elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

12. Il ressort de la motivation de l'arrêté litigieux que le préfet a fondé sa décision sur les circonstances tenant à ce que la présence de Mme A sur le territoire français était récente, qu'elle s'y est maintenue irrégulièrement depuis le rejet du réexamen de sa demande d'asile par l'office français de protection des réfugiés et apatrides, qu'elle n'avait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'elle ne constituait pas une menace pour l'ordre public. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait.

13. Enfin, compte tenu de son maintien en situation irrégulière sur le territoire français où elle est dépourvue d'attaches familiales proches, le préfet de l'Hérault n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en fixant à six mois l'interdiction de retour de Mme A sur le territoire français.

14. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A n'est manifestement pas susceptible d'entraîner l'infirmation du jugement attaqué. Elle doit, dès lors, être rejetée en application des dispositions, citées au point 1 de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui desquelles elle n'articule aucun moyen spécifique, d'injonction sous astreinte et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Sur les conclusions à fin de sursis à exécution du jugement :

15. La cour statuant par la présente ordonnance sur la requête tendant à l'annulation du jugement n° 2100297 du 16 mars 2021 du tribunal administratif de Montpellier, les conclusions de Mme A tendant au sursis à l'exécution de ce jugement ont perdu leur objet et il n'y a, par suite, plus lieu d'y statuer.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant au sursis à l'exécution du jugement n°2100297 du 16 mars 2021 du tribunal administratif de Montpellier.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 21TL03414 et la requête n° 21TL03413 de Mme A sont rejetés.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 18 juillet 2022.

La présidente de la 2ème chambre,

A. Geslan-Demaret

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.-21TL03414

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