mardi 11 juillet 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-21TL04670 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | DELRAN-BARGETON DYENS-SERGENT- ALCALDE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B C a demandé au tribunal administratif de Nîmes de condamner la société Enedis à lui payer la somme de 34 680 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'absence de déplacement d'un poteau électrique implanté en bordure du chemin de desserte des lots du lotissement " B C " situé à Bagnols-sur-Cèze dans le Gard.
Par une ordonnance n° 2102133 du 8 octobre 2021, le président de la 3ème chambre du tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2021, au greffe de la cour administrative d'appel de Marseille, puis le 1er mars 2022 au greffe de la cour administrative d'appel de Toulouse, M. C, représenté par la SCP Lemoine Clabeaut, demande :
1°) d'annuler cette ordonnance du président de la 3ème chambre du tribunal administratif de Nîmes du 8 octobre 2021 ;
2°) de condamner la société Enedis à lui verser la somme de 34 680 euros en réparation des préjudices subis ;
3°) de mettre à la charge de la société Enedis la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'ordonnance attaquée est entachée d'irrégularité dès lors que dans le délai imparti pour présenter son mémoire complémentaire, il a présenté le jugement rendu le 11 janvier 2019 par le tribunal de grande instance de Nîmes sur la base duquel il recherchait la responsabilité d'Enedis au titre de son inertie fautive ; il a ainsi apporté les précisions suffisantes permettant d'apprécier le bien-fondé de sa demande ;
- la responsabilité de la société Enedis est engagée en raison de son inertie fautive à procéder au déplacement du poteau litigieux dès lors que tant le juge de l'exécution du tribunal de grande instance de Nîmes que la cour d'appel de Nîmes ont reconnu cette carence ;
- il a subi un préjudice du fait de cette inertie fautive d'Enedis, correspondant au montant de l'astreinte fixée par le juge de l'exécution à 31 680 euros ; il a en outre, subi un préjudice moral qu'il estime à 3 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2023, la société Enedis, représentée par le cabinet Delran, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. C une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le requérant ne produit pas la décision contestée ;
- l'action indemnitaire du requérant est prescrite sur le fondement de l'article L. 323-8 du code de l'énergie ;
- elle n'a commis aucune faute.
Par une ordonnance du 23 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 4 avril 2023 à 12 heures.
En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées par lettre du 20 juin 2023 que la cour est susceptible de soulever d'office l'incompétence du juge administratif à connaître des conclusions indemnitaires concernant un dommage occasionné par le déplacement du poteau électrique en litige qui est la conséquence directe de la servitude que constitue ledit poteau électrique.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'énergie ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Karine Beltrami, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Françoise Perrin, rapporteure publique
Considérant ce qui suit :
1. M. C a cédé à M. A les parcelles d'un lotissement situé à Bagnols-sur-Cèze (Gard). L'accès à ce lot s'effectue par une impasse privative nommée " impasse " sur laquelle était implanté un poteau électrique. Par un jugement du 19 janvier 2016, le tribunal de grande instance de Nîmes a condamné M. C à enlever ce poteau dans un délai de six mois à compter de la signification du jugement et, à défaut d'exécution dans le délai imparti, a fixé une astreinte de 80 euros par jour de retard. Par un jugement du 11 janvier 2019, le juge de l'exécution de ce tribunal a liquidé le montant de l'astreinte à verser à M. A pour un montant de 31 680 euros. M. C relève appel de l'ordonnance du président de la 3ème chambre du tribunal administratif de Nîmes rejetant sa demande de condamnation de la société Enédis à lui payer la somme de 34 680 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'absence de déplacement du poteau électrique litigieux.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. Aux termes de l'article L. 323-7 du code de l'énergie : " Lorsque l'institution des servitudes prévues à l'article L. 323-4 entraîne un préjudice direct, matériel et certain, elle ouvre droit à une indemnité au profit des propriétaires, des titulaires de droits réels ou de leurs ayants droit. L'indemnité qui peut être due à raison des servitudes est fixée, à défaut d'accord amiable, par le juge judiciaire ".
3. Il résulte de ces dispositions que si les conséquences des dommages purement accidentels causés par les travaux de construction, de réparation ou d'entretien des ouvrages ressortissent à la compétence des juridictions administratives, en revanche, les juridictions judiciaires sont seules compétentes pour connaître des dommages qui sont les conséquences certaines, directes et immédiates des servitudes instituées par les dispositions du code de l'énergie au profit des concessionnaires de distribution d'énergie, tels que la dépréciation de l'immeuble, les troubles de jouissance et d'exploitation, la gêne occasionnée par le passage des préposés à la surveillance et à l'entretien.
4. La demande de M. C, propriétaire du terrain sur lequel la société Enédis avait implanté un pylône supportant une ligne électrique, tendant à ce que lui soient remboursés les frais d'astreinte mis à sa charge par le juge de l'exécution du tribunal de grande instance de Nîmes, à raison de l'inertie de cette société à effectuer le déplacement de ce pylône, doit être regardée comme tendant à l'indemnisation d'un dommage constituant une conséquence d'une servitude au sens de l'article L. 323-7 du code de l'énergie. Il en résulte que le litige opposant M. C à Énédis quant à l'indemnisation de ce dommage relève de la compétence du juge judiciaire.
5. Il résulte de ce qui a été exposé aux points précédents qu'il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître de la demande indemnitaire présentée par M. C. Dès lors, il y a lieu d'annuler l'ordonnance n° 2102133 du 8 octobre 2021 par laquelle le président de la 3ème chambre du tribunal administratif de Nîmes s'est reconnu compétent pour en connaître et, statuant par voie d'évocation, de rejeter cette demande comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
6. Les conclusions présentées par M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant une somme sur le fondement des mêmes dispositions.
DÉCIDE:
Article 1er : L'ordonnance du président de la 3ème chambre du tribunal administratif du 8 octobre 2021 est annulée.
Article 2 : La demande présentée par M. C devant le tribunal administratif est rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 3 : Les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. B C et à la société anonyme Enédis.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2023 à laquelle siégeaient :
M. D,
M. Bentolila, président-assesseur,
Mme Beltrami, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.
La rapporteure,
K. Beltrami
Le président,
É. D
La greffière,
C. Lanoux
La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026