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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-21TL20252

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-21TL20252

mardi 7 mars 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-21TL20252
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBALG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société à responsabilité limitée Izmir Foods a demandé au tribunal administratif de Toulouse, d'une part, d'annuler la décision du 16 octobre 2018 du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration mettant à sa charge les sommes de 35 400 euros au titre de la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail et de 4 618 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger, et, d'autre part, d'annuler les titres de perception émis le 31 octobre 2018 pour un montant de 35 400 euros et de 4 618 euros, ensemble la décision du 18 janvier 2019 rejetant son recours et de la décharger de l'obligation de payer ces sommes.

Par un jugement n° 1805917, 1901361, 1901362 du 19 novembre 2020, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2021, au greffe de la cour administrative d'appel de Bordeaux, puis le 11 avril 2022 au greffe de la cour administrative d'appel de Toulouse, et un mémoire, enregistré le 1er juillet 2022, la société Izmir Foods, représentée par Me Balg, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Toulouse du 19 novembre 2020 ;

2°) d'annuler la décision du 16 octobre 2018 du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

3°) d'annuler le titre de perception émis le 31 octobre 2018 et la décision de rejet de sa réclamation du 18 janvier 2019 ;

4°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer les sommes mises à sa charge ;

5°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions du 16 octobre 2018 et du 18 janvier 2019 sont insuffisamment motivées en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- ces décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que, s'agissant de M. C E, elle l'a embauché au vu du récépissé de demandeur d'asile qu'il lui a présenté ; s'agissant de M. A B, elle ne l'a jamais embauché et qu'en tant que compagnon de la cogérante, il était occasionnellement présent au restaurant ; le jour du contrôle, ce dernier venait seulement déposer des affaires au restaurant car sa compagne était malade ; aucun lien de subordination n'existe entre lui et ses représentants légaux et son activité ne saurait être qualifiée de salariée ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors que, s'agissant de la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail, l'administration n'a pas porté une appréciation prenant en compte l'ensemble des circonstances propres à l'espèce ;

- les titres de perception sont entachés d'incompétence dès lors qu'ils n'ont pas été émis par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ou par une personne relevant de son autorité à laquelle il aurait délégué sa signature ;

- ces titres de perception méconnaissent les dispositions de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 en ce qu'ils n'indiquent pas les bases de liquidation de la créance ;

- ils méconnaissent les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration en l'absence de signature de leur auteur ;

- la décision du 18 janvier 2019 est entachée d'une irrégularité de procédure dès lors qu'elle n'a pas donné lieu à la délivrance du reçu de réclamation prescrite par les dispositions de l'article 118 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par Me de Froment, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Izmir Foods une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les décisions du 16 octobre 2018 et du 18 janvier 2019 sont suffisamment motivées ;

- la matérialité des faits étant établie, l'application des contributions spéciale et forfaitaire concernant l'emploi irrégulier de M. B et de M. E est justifiée ;

- le titre de perception est suffisamment motivé.

Par une ordonnance du 4 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 26 août 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2009/52/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2009 prévoyant des normes minimales concernant les sanctions et les mesures à l'encontre des employeurs de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- l'arrêté du 5 décembre 2006 relatif au montant de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement des étrangers dans leur pays d'origine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Karine Beltrami, première conseillère,

- les conclusions de Mme Françoise Perrin, rapporteure publique

- et les observations de Me Balg, représentant la société appelante.

Considérant ce qui suit :

1. À la suite d'un contrôle diligenté le 7 décembre 2017 par les services de police dans le restaurant situé à Blagnac et exploité par la société Izmir Foods, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a décidé, le 16 octobre 2018, d'appliquer à cette société la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-4 du code du travail pour un montant de 35 400 euros et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine d'un montant de 4 618 euros en application de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour l'emploi irrégulier de deux ressortissants bangladais, M. A B et M. C E. Le 31 octobre 2018, deux titres de perception respectivement d'un montant de 35 400 euros et de 4 618 euros ont été émis à l'encontre de la société Izmir Foods. La réclamation formée par celle-ci le 2 janvier 2019 a été rejetée le 18 janvier suivant. La société Izmir Foods relève appel du jugement du 19 novembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté ses demandes tendant, d'une part, à l'annulation de la décision du 16 octobre 2018 du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration mettant à sa charge les sommes de 35 400 euros au titre de la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail et de 4 618 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger, et, d'autre part, à l'annulation des titres de perception émis le 31 octobre 2018 pour un montant de 35 400 euros et de 4 618 euros, ensemble la décision du 18 janvier 2019 rejetant son recours et de la décharger de l'obligation de payer ces sommes.

Sur les conclusions en annulation des décisions du 16 octobre 2018 et du 18 janvier 2019 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui () infligent une sanction ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte de ces dispositions qu'une décision qui met à la charge d'un employeur la contribution spéciale et la contribution forfaitaire, alors en vigueur, prévues respectivement à l'article L. 8253-1 du code du travail et à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui fondent cette sanction.

3. La décision prise le 16 octobre 2018 par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration mentionnait d'une part, les articles L. 8251-1, L. 8253-1 et R. 8253-2 du code du travail, qui définissent le manquement constitutif de la contribution spéciale et déterminent son mode de calcul, et indiquait que la sanction, dont le montant, en l'absence de minoration ou de majoration, se déduisait en l'espèce directement des dispositions du I de l'article R. 8253-2, était infligée en raison de l'emploi de deux salariés étrangers qu'elle désignait. Elle mentionnait, d'autre part, les dispositions de l'article L. 626-1 et R. 626-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et se référait aux barèmes fixés par l'arrêté du 5 décembre 2006, qui définissaient la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement et son montant en fonction des zones géographiques du pays dont est originaire l'étranger. Par suite, la décision du 16 octobre 2018 était suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 de ce code, dans sa version applicable au litige : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / () ". Enfin, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. / () ".

5. D'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions, qui assurent la transposition des articles 3, 4 et 5 de la directive 2009/52/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2009 prévoyant des normes minimales concernant les sanctions et les mesures à l'encontre des employeurs de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, lorsque tout à la fois, d'une part, et sauf à ce que le salarié ait justifié avoir la nationalité française, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et que, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. À cet égard, l'article L. 5221-8 du code du travail impose à l'employeur de s'assurer auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par Pôle emploi.

6. D'autre part, il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire alors prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour avoir méconnu les dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions.

7. À cet égard, la qualification de contrat de travail ne dépend ni de la volonté exprimée par les parties, ni de la dénomination qu'elles ont entendu donner à la convention qui les lie mais des seules conditions de fait dans lesquelles le travailleur exerce son activité. Ainsi, la qualité de salarié suppose nécessairement l'existence d'un lien juridique, fût-il indirect, de subordination du travailleur à la personne qui l'emploie, le contrat de travail ayant pour objet et pour effet de placer le travailleur sous la direction, la surveillance et l'autorité de son cocontractant, lequel dispose de la faculté de donner des ordres et des directives, de contrôler l'exécution dudit contrat et de sanctionner les manquements de son subordonné. Dès lors, pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 8251-1 du code du travail, il appartient à l'autorité administrative de relever, sous le contrôle du juge, les indices objectifs de subordination permettant d'établir la nature salariale des liens contractuels existant entre un employeur et le travailleur qu'il emploie.

8. S'agissant de M. E, de nationalité bangladaise, dont la demande d'asile a été rejetée en 2013 et qui est dépourvu de titre de séjour, la société appelante soutient qu'il s'est présenté à son gérant, qui l'a embauché, le 26 janvier 2017, muni d'un récépissé de demandeur d'asile. S'il ressort du procès-verbal du 1er mars 2018 qu'au cours de son audition par l'officier de police judiciaire, M. H B, cogérant de la société appelante a indiqué ignorer que l'intéressé était en situation irrégulière et qu'il pensait que ce dernier avait le droit de travailler compte tenu du récépissé précité, il a toutefois reconnu ne pas avoir effectué les vérifications de sa situation administrative auprès des services préfectoraux. Ainsi, dès lors qu'elle ne justifie pas que son gérant a respecté les obligations découlant de l'article L. 5221-8 du code du travail, la société Izmir Foods ne peut être regardée comme ayant embauché M. E en toute bonne foi. En tout état de cause, le fait que M. E ait obtenu, le 13 mai 2019, une carte de séjour temporaire l'autorisant à travailler comme aide-cuisinier, postérieur à la décision attaquée, est sans incidence sur sa légalité.

9. S'agissant de M. A B, pour établir l'existence d'une relation de travail salarié entre ce dernier et la société appelante, il est constant que l'Office s'est appuyé sur les énonciations du procès-verbal du 7 décembre 2017 mettant en évidence que lors de son interpellation à l'intérieur du restaurant, il était en train de ranger des courses et était en possession du chéquier, des cartes " Métro " et des chèques vacances de la société appelante ainsi que d'une somme de 1 200 euros en liquide. La société soutient que M. A B assistait sa compagne, Mme F, dans ses fonctions de cogérante non salariée de la société. Si M. H B, cogérant de la société, a démenti cette allégation en indiquant au cours de son audition que Mme F, cogérante, ne travaillait plus au restaurant depuis mars 2017 du fait de son état de santé et qu'il s'occupait seul de la gestion du restaurant et notamment du recrutement des employés, il n'a toutefois apporté, aucun élément de nature à expliquer les raisons pour lesquelles, d'une part, cette dernière aurait conservé le chéquier et les cartes " Métro " du restaurant et, d'autre part, il lui aurait demandé, par l'intermédiaire de son compagnon, de lui ramener ces pièces et de faire des courses pour le restaurant. En outre, il ressort des statuts de la société appelante que Mme F assure la gérance de la société, M. H B en étant le cogérant et que le ou les gérants peuvent, sous leur responsabilité, constituer des mandataires pour un ou plusieurs objets déterminés. Enfin, la société appelante n'apporte aucun élément de nature à justifier l'allégation selon laquelle la somme de 1 200 euros en liquide dont M. A B était porteur le jour du contrôle, correspondrait au montant d'un arriéré de charges de copropriété.

10. Il résulte des éléments qui précèdent que par sa participation à l'activité du restaurant Izmir Foods, M. A B qui détenait les moyens de paiement de la société appelante pour procéder aux achats nécessaires à son fonctionnement et engager cette dernière à l'égard des tiers, s'est comporté comme un mandataire de fait de sa compagne, qui n'exerçait plus au jour du contrôle, du fait de son état de santé, ses fonctions de gérante. En revanche, les pièces du dossier ne permettent pas d'établir qu'il aurait été placé pour accomplir cette activité dans un lien de subordination vis-à-vis de M. H B et qu'il aurait reçu des ordres et des directives de la part de ce dernier et notamment l'ordre de procéder aux courses journalières du restaurant. En conséquence, en l'absence d'éléments de nature à caractériser un lien de subordination entre M. A B et M. H B, l'existence d'une relation de travail salariée entre l'intéressé et la société appelante n'est pas établie et ce dernier ne peut être regardé comme ayant été engagé au service de la société appelante.

11. En dernier lieu, s'il ne saurait interdire de fixer des règles assurant une répression effective des infractions, le principe de nécessité des peines découlant de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 implique qu'une sanction administrative ayant le caractère d'une punition ne puisse être appliquée que si l'autorité compétente la prononce expressément en tenant compte des circonstances propres à chaque espèce. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par les dispositions citées au point 2, ou en décharger l'employeur.

12 En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'administration qui s'est fondée sur les procès-verbaux établis à l'encontre de la société Izmir Foods, se serait abstenue d'apprécier si les faits qui lui étaient reprochés justifiaient l'application de la sanction administrative au regard de la gravité des agissements et des circonstances particulières de sa situation. En outre, la société appelante, qui se borne à faire valoir au titre de la légalité interne de la décision du 16 octobre 2018 qu'elle ne comporte aucune motivation quant à son appréciation des circonstances propres de l'espèce de nature à justifier qu'elle soit, à titre exceptionnel dispensée de la contribution spéciale, ne se prévaut toutefois d'aucune circonstance particulière la concernant. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que la société Izmir Foods est seulement fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté ses demandes tendant, d'une part, à l'annulation des décisions du 16 octobre 2016 et du 18 janvier 2019 en tant qu'elles ont mis à sa charge le paiement de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire pour l'emploi de M. A B, et d'autre part, à la décharge de l'obligation de payer les sommes afférentes à ces contributions.

Sur les conclusions en annulation des titres de perception émis le 31 octobre 2018 :

14. Aux termes, d'une part, aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail : " () L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'État selon des modalités définies par convention. L'État est ordonnateur de la contribution spéciale. À ce titre, il liquide et émet le titre de perception. Le comptable public compétent assure le recouvrement de cette contribution comme en matière de créances étrangères à l'impôt et aux domaines ".

15. D'autre part, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " () L'État est ordonnateur de la contribution forfaitaire. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. () "

16. Enfin aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Le V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 prévoit que pour l'application de ces dispositions " aux titres de perception délivrés par l'État en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'État ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ".

17. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'État doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur.

18. Les titres de perception, qui ne sont pas signés, indiquent que leur auteur est l'ordonnateur de ces titres, à savoir Mme D G, en qualité de " responsable des recettes ". Alors que cette absence de signature est opposée par la société appelante, l'administration ne produit pas l'état revêtu de la formule exécutoire comportant la signature de son auteur. Par suite, les titres de perception du 31 octobre 2018, qui sont irréguliers, doivent être annulés.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la société appelante est seulement fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté ses demandes tendant, d'une part, à l'annulation des décisions du 16 octobre 2018 et du 18 janvier 2019 en tant qu'elles ont mis à sa charge le paiement de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire pour l'emploi de M. A B en séjour irrégulier, d'autre part, à la décharge de la somme totale de 20 009 euros correspondant à 17 700 euros au titre de la contribution spéciale et à 2 309 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger, et, enfin, à l'annulation des titres de perception émis à son encontre le 31 octobre 2018.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la société Izmir Foods n'étant pas la partie perdante à l'instance.

21. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à la société appelante de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Les décisions du 16 octobre 2018 et du 18 janvier 2019 en tant qu'elles ont mis à la charge de la société Izmir Foods le paiement de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire pour l'emploi de M. A B en séjour irrégulier sont annulées.

Article 2 : La société Izmir Foods est déchargée de l'obligation de payer la somme de 20 009 euros.

Article 3 : Les titres de perception émis le 31 octobre 2018 sont annulés.

Article 4 : Le jugement du tribunal administratif de Toulouse du 19 novembre 2020 est réformé en ce qu'il a de contraire aux articles 1er à 3 ci-dessus.

Article 5 : L'Office français d'immigration et d'intégration versera à la société Izmir Foods une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Les conclusions de l'Office français d'immigration et d'intégration présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent arrêt sera notifié à la société à responsabilité limitée Izmir Foods et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023 à laquelle siégeaient :

M. Rey-Bèthbéder, président,

M. Bentolila, président-assesseur,

Mme Beltrami, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

La rapporteure,

K. Beltrami

Le président,

É. Rey-Bèthbéder La greffière,

M-M. Maillat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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CAA31excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714

Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

04/05/2026

CAA13excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532

La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".

04/05/2026

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