mardi 20 décembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-21TL23178 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BARTHELEMY AVOCATS TOULOUSE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. E D a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler la décision de l'inspectrice du travail du 16 novembre 2018 autorisant son licenciement et la décision du 2 mai 2019 par laquelle la ministre du travail a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision de l'inspectrice du travail .
Par un jugement n°1903334 du 27 mai 2021, le tribunal administratif de Toulouse a annulé ces décisions.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée au greffe de la cour administrative d'appel de Bordeaux le 21 juillet 2021, puis au greffe de la cour administrative d'appel de Toulouse le 1er mars 2022, et un mémoire récapitulatif enregistré le 22 juin 2022, la société par actions simplifiée Alliance Isolation, représentée par Me Romieu, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 27 mai 2021 du tribunal administratif de Toulouse ;
2°) de rejeter la demande de M. D et l'ensemble de ses conclusions ;
3°) de mettre à la charge de M. D la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les agissements fautifs reprochés à M. D n'étaient pas atteints par la prescription prévue par l'article L. 1332-4 du code du travail dès lors que la direction de l'entreprise n' a eu une connaissance pleine et entière des faits se rapportant à son altercation avec M. B en mars 2017 qu'après que le délégué du personnel a fait usage de son droit d'alerte par un courriel daté du 28 juin 2018, qui a abouti à la réalisation d'une enquête interne n'ayant permis de révéler l'intégralité des faits qu'à la date du 6 juillet 2018 ;
- du fait de la succession de causes interruptives de la prescription à raison notamment de la convocation de M. D à un entretien préalable par un courrier du 6 juillet 2018, du rejet de la demande d'autorisation de licenciement intervenu le 23 août 2018, de la convocation de M. D à un nouvel entretien préalable par un courrier du 30 août 2018 et de la seconde demande d'autorisation de licenciement présentée le 17 septembre 2018, les agissements fautifs de l'intéressé n'étaient pas atteints par la prescription prévue par l'article L. 1332-4 du code du travail ; la prescription qui lui est opposée ne repose que sur le témoignage téléphonique de M. H du 3 avril 2019, recueilli par l'inspectrice du travail dans le cadre de son rapport de contre-enquête, laquelle a fait montre de partialité et n'a pas respecté le principe du contradictoire ; M. H à la date de l'entretien téléphonique du 3 avril 2019 n'était plus le co-dirigeant de la société depuis presque un an, les faits sur lesquels il était interrogé remontaient à plus de deux ans, et il a indiqué par un courrier du 11 avril 2019, ne pas avoir été, compte tenu de son état de santé, en état de témoigner lors de l'entretien téléphonique du 3 avril 2019 ;
- l'avertissement adressé à M. D le 31 mai 2017 n'a pas eu pour effet d'interdire à la société d'engager une procédure de licenciement pour faute, dès lors que si les agissements qui lui sont reprochés dans le cadre de cette procédure sont antérieurs à la date de l'avertissement du 31 mai 2017, cet avertissement ne sanctionne pas l'altercation de mars 2017 ;
- la durée de la seconde procédure de licenciement engagée le 30 août 2018 n'est pas excessive alors même que M. D faisait l'objet, depuis le 3 juillet 2018, d'une dispense de travail et que la saisine de l'inspectrice du travail est intervenue le 17 septembre 2018, dès lors que, d'une part, l'intéressé a conservé sa rémunération durant l'intégralité de cette période et que, d'autre part, entre ces deux dates une première demande d'autorisation de licenciement avait été effectuée le 24 juillet 2018, qui a abouti à une décision de rejet de la demande d'autorisation de licenciement en date du 23 août 2018 ;
- le classement sans suite de la plainte pénale déposée par M. B relativement à son altercation physique avec M. D survenue en mars 2017 ne fait pas obstacle à ce que ce fait soit qualifié d'agissement fautif et soit ainsi susceptible de motiver le licenciement de l'intéressé ;
- l'enquête interne, qui a révélé les agissements de M. D, n'est pas entachée de partialité et n'a pas donné lieu, contrairement à ce que M. D allègue, à des pressions hiérarchiques sur les salariés auteurs des témoignages joints au dossier de demande de l'autorisation de licenciement ;
- les pratiques managériales de M. D sont la cause du débrayage du 11 juin 2018, que celui-ci n'a d'ailleurs pas porté à la connaissance de la direction de la société ;
- les agissements de M. D traduisent une attitude malveillante et stigmatisante à l'égard des collaborateurs de la société de nature à constituer une faute disciplinaire susceptible de motiver le prononcé de son licenciement ;
- le licenciement de M. D est sans rapport avec les fonctions de conseiller prud'homal qu'il occupait depuis le 14 décembre 2017.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 janvier 2022, M. D, représenté par Me Bendayan, conclut au rejet de la requête de la société Alliance Isolation et à ce qu'il soit mis à la charge de cette dernière une somme de 4 000 euros à son profit en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens invoqués par la société Alliance Isolation ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 28 janvier 2022, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut à l'annulation du jugement du tribunal administratif en date du 27 mai 2021 par les mêmes moyens que ceux figurant dans son mémoire du 29 janvier 2021 présentés devant le tribunal administratif .
Par ordonnance du 7 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier .
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C G,
- les conclusions de Françoise Perrin, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bendayan, représentant M. D
Considérant ce qui suit :
1. M. D a été recruté le 24 avril 2016 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée pour occuper un poste de directeur au sein de la société Alliance Isolation. Une altercation l'a opposé, en mars 2017, à un salarié intérimaire et à la suite, le 28 juin 2018, de l'exercice de son droit d'alerte par un salarié de la société en sa qualité de délégué du personnel, la direction de l'entreprise a diligenté une enquête interne quant à ses pratiques managériales. M. D, salarié protégé à raison de sa qualité de conseiller prud'homal, a fait l'objet à compter du 3 juillet 2018 d'une dispense d'activité avec maintien de sa rémunération et, par un courrier du 6 juillet 2018, a été convoqué à un entretien préalable en vue d'un licenciement pour un motif disciplinaire .
2. Après le rejet, par une décision du 23 août 2018 de l'inspectrice du travail, de sa demande d'autorisation de licenciement du 24 juillet 2018, la société Alliance Isolation a, par un courrier du 30 août 2018, convoqué l'intéressé à un nouvel entretien préalable et a saisi, le 17 septembre 2018, l'inspection du travail d'une seconde demande d'autorisation de licenciement à laquelle il a été fait droit par une décision du 16 novembre 2018 de l'inspectrice du travail de de l'unité de contrôle n°5 de l'unité départementale de la Haute-Garonne, confirmée, sur recours hiérarchique de M. D, par une décision du 2 mai 2019 de la ministre du travail. Le tribunal administratif de Toulouse a, par un jugement du 27 mai 2021, annulé les décisions précitées de l'inspectrice du travail et de la ministre du travail autorisant son licenciement.
3. La société Alliance Isolation relève appel du jugement précité du 27 mai 2021.
Sur le bien-fondé du jugement et des décisions attaquées :
4. En vertu des dispositions de l'article L. 2411-3 du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives, bénéficient, dans l'intérêt des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle, et ne peuvent être licenciés qu'avec l'autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution du mandat dont il est investi.
5. Aux termes de l'article L. 1332-4 du code du travail : " Aucun fait fautif ne peut donner lieu à lui seul à l'engagement de poursuites disciplinaires au-delà d'un délai de deux mois à compter du jour où l'employeur en a eu connaissance, à moins que ce fait ait donné lieu dans le même délai à l'exercice de poursuites pénales ". Il résulte de ces dispositions que l'employeur, ne peut fonder une demande d'autorisation de licenciement sur des faits prescrits sauf si ces faits relèvent d'un comportement fautif de même nature que celui dont relèvent les faits non prescrits donnant lieu à l'engagement des poursuites disciplinaires. À cet égard, le point de départ du délai de deux mois doit s'apprécier à compter du jour où l'employeur a eu une connaissance exacte et complète de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits reprochés. Il appartient à la partie qui entend contester la délivrance ou le refus de délivrance de l'autorisation de licenciement d'apporter la preuve, à l'appui de son recours devant la juridiction administrative, de la méconnaissance du délai de prescription.
6. Pour estimer que l'action disciplinaire engagée par la société Alliance Isolation à l'encontre de M. D était atteinte par la prescription, les premiers juges ont estimé que la société Alliance Isolation devait être regardée comme ayant eu connaissance au plus tard au mois de mai 2017 de l'altercation ayant opposé deux mois auparavant M. D à un autre salarié de la société, ainsi que l'établissaient les déclarations de M. H, ancien directeur de la société, recueillies téléphoniquement par l'inspectrice du travail le 3 avril 2019 dans le cadre de l'instruction du recours hiérarchique présenté par M. D.
7. La société Alliance Isolation se borne en appel à soutenir, comme en première instance, que l'état de santé de M. H à la date à laquelle son témoignage a été recueilli ne lui permettait pas de témoigner. À cet égard, la société produit une lettre du 11 avril 2019 adressé par M. H à l'inspectrice du travail dans lequel il indique, que compte tenu de son état de santé, il " n'est pas en capacité d'affirmer avec certitude l'ensemble des éléments " évoqués lors de l'entretien téléphonique du 3 avril 2019. Toutefois, alors que M. H n'a pas, par sa lettre du 11 avril 2019, formellement infirmé les termes de son témoignage livré par téléphone à l'inspectrice du travail et dont la teneur a été restituée par cette dernière dans son rapport, il ressort des pièces du dossier, et notamment des attestations de M. F du 22 mai 2019 et de M. A du 27 mai 2019, que les salariés de la société et notamment leurs deux dirigeants, MM. Blaclard et H, avaient été informés de cette altercation de mars 2017 dans les jours qui l'ont suivie.
8. Dans ces conditions, et dès lors que, contrairement à ce que fait valoir la société Alliance Isolation, aucun manquement au principe d'impartialité ni au principe du contradictoire ne peut être reproché à l'inspectrice du travail dans l'instruction du recours hiérarchique de la société appelante, la société Alliance Isolation doit être réputée avoir eu connaissance des faits disciplinaires de mars 2017 sur lesquels se fondent de façon exclusive les décisions de l'inspectrice du travail et de la ministre du travail autorisant le licenciement pour motif disciplinaire de M. D, depuis plus de deux mois à la date du 6 juillet 2018, soit celle à laquelle M. D a été convoqué à un entretien préalable. En conséquence, la société Alliance Isolation n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que les premiers juges ont accueilli le moyen tiré de la prescription.
9. Il résulte de ce qui précède que la société Alliance Isolation n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que par le jugement attaqué le tribunal administratif de Toulouse a annulé la décision de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 2 mai 2019 ainsi que la décision de l'inspectrice du travail du 16 novembre 2018 autorisant le licenciement de M. D.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. D, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à la société Alliance Isolation la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Alliance Isolation une somme de 1 500 euros au bénéfice de M. D en application de ces mêmes dispositions.
DÉCIDE:
Article 1er : La requête de la société Alliance Isolation et les conclusions de la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion sont rejetées .
Article 2 : La société Alliance Isolation versera à M. D la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. E D, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à la société par actions simplifiée Alliance Isolation.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Rey-Bèthbéder, président,
M. Bentolila, président-assesseur,
Mme El Gani Laclautre, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.
Le rapporteur,
P. G
Le président,
É. Rey-Bèthbéder
La greffière,
C. Lanoux
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
N°21TL23178
1
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026