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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-21TL23824

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-21TL23824

lundi 16 mai 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-21TL23824
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBLONDELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2021 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Par un jugement n°2104637 du 4 août 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et rejeté le surplus de ses conclusions.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée au greffe de la cour administrative d'appel de Bordeaux le 28 septembre 2021 sous le numéro 21BX03824 puis, le 1er mars 2022 au greffe de la cour administrative d'appel de Toulouse sous le numéro 21TL23824, M. A représenté par Me Blondelle, demande à la cour :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler le jugement n° 2104637 du tribunal administratif de Toulouse en date du 4 août 2021 ;

3°) d'annuler l'arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées en date du 30 juillet 2021 portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et lui opposant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser somme de 1500 euros en application des articles L 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait son droit à solliciter l'asile ;

- elle méconnait l'article 17 du règlement n°604/2013 ;

- elle méconnait l'article 32-1 de la convention de Genève du 28 juillet 1951.

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle mentionne, à tort, qu'il aurait exprimé le souhait de ne pas exécuter volontairement la décision ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les conditions disposées à l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle fait l'objet d'une motivation insuffisante ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est, à tort, fondé sur la circonstance qu'une précédente mesure d'éloignement n'aurait pas été exécutée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il appartenait au préfet de prendre en considération les circonstances humanitaires et les effets disproportionnés de la mesure sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :

- la Constitution du 4 octobre 1958 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés

fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le dernier alinéa de l'article R.222-1 du code de justice administrative dispose : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant algérien né le 26 mars 1991 à Mostaganem (Algérie), déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en novembre 2020. Lors de l'enregistrement de sa demande d'asile à la préfecture de la Haute-Garonne, le 1er février 2021, le relevé de ses empreintes a révélé que les autorités espagnoles étaient responsables de sa demande d'asile. Celles-ci, saisies le 5 février 2021 d'une demande de reprise en charge, ont fait connaître leur accord le 10 février 2021. Par deux arrêtés du 11 juin 2021, le préfet de la Haute-Garonne a décidé le transfert de M. A aux autorités espagnoles et l'a placé en rétention administrative. Le 30 juin 2021, le requérant a embarqué sur un vol à destination de Madrid. Il a ensuite été interpellé sur le territoire français le 22 juillet 2021. Par deux nouveaux arrêtés du 30 juillet 2021, le préfet des Hautes-Pyrénées, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, et d'autre part, l'a placé en rétention administrative. Par un jugement n°2104637 du 4 août 2021 dont M. A relève appel, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation pour excès de pouvoir de ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Par ailleurs, en vertu des dispositions de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020, pris pour l'application de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dès lors qu'il n'a pas encore été statué sur une demande d'aide juridictionnelle présentée antérieurement à l'introduction de la requête, l'aide juridictionnelle peut être accordée à titre provisoire. En l'espèce, M. A ne justifie pas avoir saisi le bureau compétent d'une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Parsuite, en l'absence d'urgence, il n'y a pas lieu de faire droit à sa demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 53-1 de la Constitution du 4 octobre 1958 : " La République peut conclure avec les États européens qui sont liés par des engagements identiques aux siens en matière d'asile et de protection des Droits de l'homme et des libertés fondamentales, des accords déterminant leurs compétences respectives pour l'examen des demandes d'asile qui leur sont présentées. Toutefois, même si la demande n'entre pas dans leur compétence en vertu de ces accords, les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif. " Aux termes de l'article 32-1 de la convention de Genève : " Les Etats Contractants n'expulseront un réfugié se trouvant régulièrement sur leur territoire que pour des raisons de sécurité nationale ou d'ordre public ". Au terme de l'article 3 du règlement 604/2013 : " Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. 2. Lorsque aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen. Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17 du règlement 604/2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règle

ment () " Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II.

Une attestation de demande d'asile est délivrée au demandeur selon les modalités prévues à l'article L. 521-7. Elle mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'Etat responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat. Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat. " Aux termes de l'article L.573-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger pour lequel l'autorité administrative estime que l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la fin de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat. "

5. M. A soutient qu'en prononçant une obligation de quitter le territoire français à son encontre, le préfet des Hautes-Pyrénées a d'une part, fait obstruction à son droit de solliciter l'asile et d'autre part, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il lui demeurait loisible soit de procéder à l'examen de sa demande d'asile, soit de prononcer une seconde décision de transfert aux autorités espagnoles. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'après exécution de son transfert, l'appelant n'a présenté aucune demande d'asile auprès des autorités espagnoles ou françaises à l'occasion de son retour irrégulier sur le territoire le 22 juillet 2021. Par conséquent, en prononçant une obligation de quitter le territoire français à son encontre et dès lors qu'il ressort des déclarations de M. A que son retour en France n'est ni motivé par la nécessité d'une protection au titre de l'asile, ni par celle d'y présenter une demande de titre de séjour, c'est à bon droit que la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a écarté les moyens tirés de l'obstruction à demande d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice du pouvoir d'examen spontané résultant de l'article 17 du règlement n°604/2013. Que pour les mêmes motifs et contrairement à ce que soutient M. A, la décision attaquée ne méconnait ni le droit dont disposent tous les demandeurs d'asile de se maintenir provisoirement sur le territoire dans l'attente de l'examen de leur demande, ni les procédures de transferts prévues par le règlement n°604/2013.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. " Au termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3o de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants: 1o L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2o L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 3o L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; 4o L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5o L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; 6o L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; 7o L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; 8o L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3o de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

7. D'une part, si M. A soutient que l'arrêté attaqué retient à tort qu'il a formulé sa volonté de se soustraire à la mesure d'éloignement, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal n°01670 que celui-ci a, lors des auditions du 30 juillet 2021, expressément formulé son opposition à la mesure d'éloignement en déclarant " je ne veux pas partir " ainsi qu'en répondant " Non, je suis venu en France pour ne pas rester en Algérie. " à la question " acceptez-vous de regagner votre pays si non pourquoi ' ". Que la seule circonstance que M. A ait postérieurement déclaré " il me donne l'obligation de quitter le territoire et je me débrouille pour le quitter sans revenir " dans le seul but d'éviter son placement en rétention administrative n'est pas suffisante pour que l'arrêté attaqué soit entaché d'une erreur de fait. D'autre part, dès lors qu'il demeure constant que M. A est rentré irrégulièrement sur le territoire français le 22 juillet 2021 sans solliciter la régularisation de son séjour et qu'au surplus, il ressort de ses propres déclarations qu'il ne bénéficiait pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, le préfet a pu légalement fonder sa décision sur le 3° de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Qu'enfin, à la supposer même établie, la circonstance tenant à ce que M. A n'aurait pas manifesté sa volonté de se soustraire à l'exécution de la mesure d'éloignement ne pas fait obstacle à ce que lui soit opposée cette même décision sur le fondement du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que l'appelant a fait l'objet de plusieurs procédures judiciaires relativement à des faits d'usage illicite de stupéfiants, d'utilisation frauduleuse de carte bancaire volée, de recel de bien, de violence avec usage ou menace d'une arme ainsi que pour un vol en réunion qui, pour ce dernier fait, est daté du 26 juillet 2021. C'est donc à bon droit que la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a écarté comme infondés les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux terme de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

9. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

10. En premier lieu, dès lors que le préfet vise les textes précités et fait mention dans l'arrêté attaqué du transfert de M. A aux autorités espagnoles, de son retour irrégulier sur le territoire français, des motifs justifiant qu'il ne puisse pas bénéficier d'un délai de départ volontaire, de sa situation privée et familiale ne traduisant pas l'existence de liens intenses, anciens et stables, de l'absence de circonstance humanitaire particulière ainsi que de son comportant constituant une menace réelle, actuelle et suffisamment grave affectant la sécurité publique eu égard à la nature et à la fréquence des infractions, c'est à bon droit que la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a écarté comme infondé le moyen tiré du défaut de motivation.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet des Hautes-Pyrénées aurait entaché sa décision d'une erreur de droit en ne fondant pas sur l'ensemble des conditions prévues par les dispositions précitées.

12. En troisième lieu, dès lors que M. A n'apporte aucun élément nouveau en appel et qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que ce dernier puisse faire valoir des circonstances humanitaires qui auraient justifié que le préfet se soit abstenu de prononcer une décision portant interdiction de retour sur le territoire français à son encontre, il y a lieu, au regard des circonstances de fait exposées au point 7 de la présente ordonnance ainsi que par adoption des motifs exposés au point 17 du jugement attaqué, d'écarter ces moyens comme infondés.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A n'est manifestement pas susceptible d'entraîner l'infirmation du jugement attaqué. Elle peut, dès lors, être rejetée en application des dispositions, citées au point 1 de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Monsieur B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée pour information au préfet des Hautes-Pyrénées.

Fait à Toulouse, le 16 mai 2022..

La présidente de la 2ème chambre,

A. Geslan-Demaret

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées, en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

N°21TL23824

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