vendredi 14 octobre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-22TL00621 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BADJI OUALI |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B A a demandé au tribunal administratif de Montpellier, d'une part, d'annuler l'arrêté du 15 avril 2021 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an, et d'autre part, d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence d'un an portant la mention " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et enfin, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande de titre de séjour en qualité d'étudiante ou au titre de l'amission exceptionnelle au séjour dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.
Par un jugement n° 2103930 du 15 octobre 2021, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 18 février 2022 sous le n° 22MA00621 au greffe de la cour administrative d'appel de Marseille et ensuite sous le n° 22TL00621 au greffe de la cour administrative d'appel de Toulouse, Mme A, représentée par Me Badji Ouali, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 15 avril 2021 ;
3°) d'enjoindre à titre principal au préfet de l'Hérault de lui délivrer un certificat de résidence d'un an portant la mention " étudiant " dans le délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour en qualité d'étudiante ou à défaut, au titre de l'amission exceptionnelle au séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en contre partie de son désistement de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
Sur la régularité du jugement :
- le jugement est irrégulier dès lors qu'il est entaché de dénaturation des faits en ce qui concerne l'appréciation du caractère suffisamment motivé de l'obligation de quitter le territoire français, sa date d'entrée en France et l'atteinte portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par l'interdiction de retour sur le territoire français ;
Sur les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il aurait dû faire application de son pouvoir de régularisation ;
- le préfet a commis une erreur de fait dès lors que ce sont les autorités consulaires françaises à Oran qui lui ont délivré un visa court séjour valable jusqu'au 12 février 2017, et non les autorités espagnoles ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la décision de refus de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
- le préfet a commis une erreur d'appréciation en lui opposant une décision disproportionnée ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. Mme A, ressortissante algérienne née en 1998, est entrée sur le territoire français le 4 septembre 2016 sous couvert d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa de type C valable du 17 août 2016 au 12 février 2017 pour une durée de séjour de trente jours. La requérante demande l'annulation du jugement du 15 octobre 2021 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 15 avril 2021 du préfet de l'Hérault refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant un an.
Sur la régularité du jugement attaqué :
3. Hormis le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis mais de se prononcer directement sur les moyens dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Mme A ne peut donc utilement se prévaloir, pour contester la régularité du jugement attaqué, de la dénaturation des faits du dossier que les premiers juges auraient commise.
Sur les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, Mme A reprend en appel ses moyens tiré de l'insuffisance de motivation des décisions contestées et de l'erreur de fait. Toutefois, elle ne soulève aucun élément de fait et de droit nouveau à l'appui de ces moyens, de nature à remettre en cause l'appréciation motivée portée par les premiers juges. Il y a lieu, par suite, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges aux points 3 et 5 du jugement attaqué.
5. En deuxième lieu, aux termes du titre III du protocole en date du 22 décembre 1985 annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants () reçoivent, sur présentation soit d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". Et aux termes de l'article 9 de cet accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a sollicité auprès des services de la préfecture de l'Hérault le 11 janvier 2021 la délivrance d'un certificat de résidence en se prévalant d'une inscription pour l'année universitaire 2020/2021 auprès de l'université Paul Valéry Montpellier 3. Toutefois, la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations précitées du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et des stipulations de l'article 9 de l'accord franco-algérien, applicables à sa situation, est subordonnée à la production d'un visa de long séjour. Or, ainsi qu'il a été exposé au point 1 ci-dessus, la requérante ne disposait que d'un visa de court de séjour. Celle-ci ne conteste pas qu'à la date de sa demande de titre de séjour, elle n'était pas titulaire d'un visa de long séjour alors que cette condition est requise par les stipulations du deuxième alinéa de l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Dès lors que ce seul motif suffisait à justifier légalement le refus de titre de séjour qui lui a été opposé, la requérante, qui ne peut dans ces conditions utilement faire valoir ses attaches privées et la continuité de sa scolarité en France, n'est pas fondée à soutenir que le refus de titre de séjour qui lui a été opposé méconnaitrait les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. En troisième lieu, l'autorité préfectorale peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit, en usant à cette fin du pouvoir discrétionnaire dont cette autorité dispose pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. A l'appui de sa requête d'appel, Mme A se borne faire valoir d'une part, que sa situation est particulièrement atypique et qu'elle méritait, pour cela, une attention particulière de la part des services de la préfecture. D'autre part, l'intéressée fait valoir qu'elle justifie de ses attaches privées en France, en ce que trois membres de sa fratrie, titulaires de certificats de résidence, habitent en France et qu'elle est hébergée chez son frère. Enfin, elle soutient que son parcours d'étudiante atteste de sa volonté de s'intégrer en ce qu'après avoir suivi une remise à niveau en langue française dans un lycée professionnel, elle a obtenu son baccalauréat le 6 juillet 2020, puis s'est inscrite à l'université au titre de l'année scolaire 2020-2021 pour y suivre une première année de licence en histoire de l'art et archéologie. Toutefois, l'intéressée, célibataire et sans charge de famille, ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu la majeure partie de sa vie, ni être dans l'impossibilité d'y poursuivre ses études. Par ailleurs, alors que l'intéressée a vécu habituellement en Algérie jusqu'à l'âge de dix-huit ans, elle a fait l'objet d'un précédent refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français par arrêté du préfet de l'Hérault en date du 15 octobre 2018. Sa demande d'annulation de cet arrêté a été rejetée par un jugement n° 1900212 du 11 avril 2019 du tribunal administratif de Montpellier définitif après le rejet de son appel par une ordonnance n° 19MA03858 du 26 septembre 2019 de la cour administrative d'appel de Marseille. Ainsi, la requérante n'établit pas plus en appel qu'en première instance que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation, au regard de sa situation, en ne procédant pas à une régularisation exceptionnelle de son séjour par la délivrance d'un certificat de résidence " étudiant ". Par suite, ce moyen doit également être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 de la présente ordonnance, la décision du préfet de l'Hérault n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale de l'intéressée une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / 2. Les Etats parties s'engagent à assurer à l'enfant la protection et les soins nécessaires à son bien-être, compte tenu des droits et des devoirs de ses parents, de ses tuteurs ou des autres personnes légalement responsables de lui, et ils prennent à cette fin toutes les mesures législatives et administratives appropriées. / 3. Les États parties veillent à ce que le fonctionnement des institutions, services et établissements qui ont la charge des enfants et assurent leur protection soit conforme aux normes fixées par les autorités compétentes, particulièrement dans le domaine de la sécurité et de la santé et en ce qui concerne le nombre et la compétence de leur personnel ainsi que l'existence d'un contrôle approprié. ".
11. Si Mme A soutient que les décisions contestées ont été prises en méconnaissance l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, ce moyen, qui n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé, ne peut qu'être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'une année :
12. Mme A reprend en appel, dans des termes identiques et sans critique utile du jugement, ses moyens de première instance tirés de ce que la décision du 15 avril 2021 portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an est entaché d'une erreur d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, le requérant ne se prévaut d'aucun élément de fait ou de droit nouveau utile par rapport à l'argumentation développée devant le tribunal administratif de Montpellier. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les premiers juges auraient, par les motifs qu'ils ont retenus aux points 11 et 12 du jugement attaqué et qu'il y a lieu d'adopter, commis une erreur en écartant ces moyens.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Badji Ouali et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie sera adressée au préfet de l'Hérault.
Fait à Toulouse, le 14 octobre 2022.
Le président de la 4ème chambre,
D. Chabert
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026