mercredi 25 mai 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-22TL00680 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | MOULIN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. E D C a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 17 août 2021 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois, et d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Par un jugement n° 2104628 du 14 octobre 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée au greffe de la cour administrative d'appel de Marseille le 24 février 2022 sous le n° 22MA00680 puis le 1er mars 2022 au greffe de la cour administrative d'appel de Toulouse sous le n° 22TL0680, M. E D C, représenté par Me Moulin, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 17 août 2021 ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- le jugement est irrégulier en raison de l'omission à statuer sur le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet de sa situation et sur le moyen tiré de l'erreur de droit dirigée contre la décision fixant le pays de renvoi ;
- il est insuffisamment motivé en ce que le tribunal n'a pas visé le rapport 2021
d'Asylos sur l'offre de soins psychiatriques en Somalie ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :
- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne mentionne pas le précédent jugement du tribunal annulant la décision fixant le pays de renvoi et ne fait pas état de sa situation médicale ;
- elle est entachée d'un défaut réel et complet de sa demande ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle et a été prise en violation de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est insuffisamment motivée en fait ;
- elle méconnaît l'autorité de la chose jugée et est entachée d'erreurs de fait et de droit ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'un défaut réel et complet de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 513-2 du code précité et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la convention relative à la prévention à la torture ;
S'agissant de l'interdiction de retour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
M. D C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille en date du 25 janvier 2022.
Vu la décision du 4 janvier 2022 par laquelle le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné Mme A B pour statuer par ordonnance sur les requêtes d'appel en application de l'article R.222-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant somalien né le 21 octobre 1994, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 5 avril 2018 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 31 juillet 2020. Par jugement du 21 décembre 2020, le tribunal administratif de Montpellier a annulé l'arrêté du préfet de l'Hérault en date du 9 novembre 2020 prononçant une obligation de quitter le territoire français en tant qu'il fixe la Somalie comme pays de renvoi, et rejeté le surplus de la demande de M. D C. Le 16 mars 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande de réexamen présentée par l'intéressé. Le 16 août 2021, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté son recours dirigé contre cette dernière décision. M. D C fait appel du jugement du 14 octobre 2021 par lequel le magistrat désigné par le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 17 août 2021 lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de six mois.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
Sur la régularité du jugement :
3. Il ressort des pièces du dossier que le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier, qui n'était pas tenu de répondre à l'ensemble des arguments des parties, a répondu aux moyens dont il était saisi et a ainsi suffisamment motivé son jugement. La circonstance qu'il n'ait pas fait mention du rapport 2021 d'Asylos ne saurait entacher le jugement d'une insuffisance de motivation. Par suite, M. D C n'est pas fondé à soutenir que le jugement serait entaché d'une omission à statuer.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. M. D C reprend en appel, sans apporter d'élément nouveau ni critiquer utilement les motifs de rejet qui lui ont été opposés par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de sa situation. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus, à bon droit, par le premier juge.
5. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
6. Si M. D C soutient que son état de santé nécessite son maintien sur le territoire français et qu'une demande de mise sous curatelle doit être introduite en sa faveur, il n'a cependant produit aucun document devant la cour. Or, le certificat médical établi le 2 juin 2021 produit devant le tribunal, qui fait état d'un traitement contre une maladie infectieuse par antibiothérapie et d'un stress post-traumatique présenté par l'intéressé au regard de son parcours d'exil, ainsi que le rapport établi en août 2021 par Asylos concernant l'accès aux soins psychologiques, n'établissent pas qu'il ne pourrait effectivement bénéficier de soins appropriés en Somalie. Par suite, le préfet de l'Hérault n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Eu égard aux conditions et à la durée du séjour, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle ou familiale du requérant.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
7. M. D C reprend en appel, sans apporter d'élément nouveau ni critiquer utilement les motifs de rejet qui lui ont été opposés par le premier juge, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus, à bon droit, par le premier juge.
8. Ainsi que l'a également estimé à bon droit le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier, la demande de réexamen de la demande d'asile de M. D C ayant été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 16 mars 2021, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 16 août 2021, le préfet de l'Hérault a pu à nouveau désigner la Somalie comme pays de renvoi sans méconnaitre l'autorité de chose jugée attachée au jugement du 21 décembre 2020.
9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ". L'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants dispose : " 1. Aucun État partie n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre État où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture. ". Selon l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ". L'article L. 721-3 du même code dispose que " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, () ". En vertu du dernier alinéa de l'article L. 721-4 de ce code, un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950.
10. Contrairement à ce que soutient M. D C, le préfet qui a estimé dans l'arrêté attaqué qu'il n'apportait aucun élément nouveau de nature à établir la réalité des risques personnels qu'il encourrait en cas de retour dans tout pays où il établirait être légalement admissible au regard de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne s'est pas estimé lié par les décisions rendues par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur de droit et du défaut d'examen de sa situation dont serait entachée la décision contestée doit dès lors être écarté.
11. Si M. D C soutient être exposé à des risques graves en cas de retour dans son pays d'origine en raison de la situation de violence généralisée qui y prévaut, il n'établit pas, en se prévalant du rapport du secrétaire général de l'ONU du 10 août 2021 faisant état de la précarité de l'état de la sécurité en Somalie, le caractère personnel et réel de ces risques, alors même que la Cour nationale du droit d'asile a relevé l'inconsistance et l'insuffisance de ses déclarations, tant dans le cadre de sa demande d'asile que dans le cadre de sa demande de réexamen, en estimant par ailleurs que sa provenance géographique de Mogadiscio n'était pas établie. S'il se prévaut du précédent jugement rendu le 21 décembre 2020 qui a annulé la première décision fixant le pays de renvoi prise à son encontre, le magistrat désigné a relevé que la situation de violence aveugle qui prévaut à Mogadiscio où il a déclaré résider avant son départ de Somalie, n'atteint toutefois pas un niveau tel que toute personne serait exposée, du seul fait de sa présence sur le territoire concerné, à une atteinte grave au sens du 3° de l'article L. 712-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'il ne démontrait pas qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique dans le cas d'un retour dans son pays d'origine. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la convention contre la torture, ainsi que des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
Sur l'interdiction de retour :
12. M. D C reprend en appel, dans des termes particulièrement sommaires et sans critique utile du jugement, les moyens soulevés devant le tribunal administratif auxquels le premier juge a suffisamment et pertinemment répondu. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens tirés du défaut de motivation et de l'erreur d'appréciation par adoption des motifs retenus par le premier juge.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D C, qui est manifestement dépourvue de fondement, doit être rejetée par application des dispositions précédemment citées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. D C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E D C et à Me Moulin. Copie en sera adressée pour information au préfet de l'Hérault.
Fait à Toulouse, le 25 mai 2022.
La présidente-assesseure de la 2ème chambre,
A. B
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°21TL02349
N°22TL00680
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026