mardi 20 décembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-22TL00681 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme C B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 21 juin 2021 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Par un jugement n° 2103913 du 15 octobre 2021, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 24 février 2022, devant la cour administrative d'appel de Marseille, puis le 1er mars 2022 , devant la cour administrative d'appel de Toulouse, Mme B, représenté par Me Ruffel, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 15 octobre 2021 du tribunal administratif de Montpellier ;
2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2021 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le tribunal a omis de répondre au moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'emporte l'arrêté en litige sur sa situation personnelle alors qu'elle s'était prévalue, devant les premiers juges, de la conclusion d'un contrat d'apprentissage en qualité de comptable, dont le terme était prévu au mois de février 2022, au titre duquel elle percevait une rémunération d'environ 766 euros ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;
- il méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'inexactitude matérielle des faits quant à la réalité des violences conjugales dont elle a été victime et méconnaît les articles L. 423-3 et L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par l'appelante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 17 octobre 2022 à 12 heures.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille du 25 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme A D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante marocaine née le 13 mars 1999, est entrée en France le 31 décembre 2017, sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " conjointe de Français ", après avoir contracté mariage avec un ressortissant français, le 11 août 2017, au Maroc. Du 12 décembre 2018 au 11 décembre 2020, l'intéressée a séjourné en France sous couvert d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", délivré en qualité de conjointe d'un ressortissant français dont elle a sollicité le renouvellement le 11 décembre 2020 en se prévalant des dispositions désormais codifiées à l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme B relève appel du jugement du 15 octobre 2021 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2021 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. Il ressort des termes du jugement attaqué que les premiers juges, qui n'étaient pas tenus de répondre à l'ensemble des arguments soulevés par la demande, ont suffisamment répondu, au point 5 de leur jugement au moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'emporte l'arrêté en litige sur la situation personnelle de Mme B.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
3. En premier lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.
5. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas davantage démontré que Mme B a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. D'autre part, s'il est constant que l'arrêté en litige mentionne que Mme B n'est pas entrée sur le territoire français en vue d'y poursuivre des études, cette seule circonstance n'est pas de nature à établir que l'autorité préfectorale aurait d'office examiné le droit au séjour de l'appelante sur ce fondement, les énonciations contenues dans l'arrêté en litige montrant au contraire, que le préfet de l'Hérault n'a pas été saisi d'une demande de titre de séjour pour motif d'études et qu'il ne s'est pas saisi de l'examen d'une telle demande. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 422-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". L'article L. 423-3 du même code dispose que : " () Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ". L'article L. 423-5 du même code, dans sa rédaction applicable au litige précise que : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales. / En cas de rupture de la vie commune imputable à des violences familiales ou conjugales subies après l'arrivée en France du conjoint étranger, mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint étranger se voit délivrer la carte de séjour prévue à l'article L. 423-1 sous réserve que les autres conditions de cet article soient remplies ".
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est mariée le 11 août 2017 à Salé au Maroc avec un ressortissant français à l'âge de 18 ans. Entrée en France le 31 décembre 2017, sous couvert d'un passeport délivré par les autorités marocaines revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " conjointe de Français ", l'intéressée y a séjourné sous couvert d'un titre de séjour pluriannuel valable du 12 décembre 2018 au 11 décembre 2020, portant la mention " vie privée et familiale ", délivré en qualité de conjointe d'un ressortissant français. Le 4 mars 2020, Mme B a déposé une plainte, contre son époux, motivée par des violences conjugales. Au cours de son audition par les services de police, l'intéressée a déclaré avoir été contrainte par ce dernier de quitter le domicile conjugal le 13 février 2020 et avoir subi des violences conjugales qui ont débuté il y a environ un an. Aux termes de sa plainte, l'intéressé a indiqué n'avoir conservé aucune trace des violences qu'elle a subies et ne pas disposer d'un certificat médical permettant d'en attester l'étendue. S'il est constant que Mme B a, par la suite, présenté une requête aux fins de divorce le 20 juillet 2020, le fondement de sa demande de divorce n'est étayé par aucune pièce du dossier tandis que l'ordonnance de non-conciliation rendue le 27 avril 2021 par le juge aux affaires familiales près le tribunal judiciaire de Montpellier mentionne que les époux ont été invités à régler à l'amiable les conséquences de leur divorce mais ne fait état d'aucune mesure de protection qu'aurait sollicitée l'intéressée. À l'inverse, cette ordonnance précise que Mme B et son époux ont divorcé selon un jugement du tribunal de première instance de Salé du 9 novembre 2020, dont l'autorité de la chose jugée sur le territoire français ne peut être reconnue par les autorités judiciaires françaises et que le juge aux affaires familiales s'est borné, au titre des mesures provisoires, à autoriser les époux à résider séparément, à faire défense à chacun d'eux de trouver son conjoint à sa résidence, à ordonner à chacun des époux de remettre à l'autre ses vêtements et objets personnels et, enfin, à mettre à la charge du conjoint de Mme B une pension alimentaire, au titre du devoir de secours, de 150 euros par mois. Dans ces conditions, dès lors que Mme B ne produit aucun élément, à l'exception d'attestation peu circonstanciées, permettant d'établir que la rupture de la vie commune serait imputable à l'existence de violences conjugales commises à son endroit, le préfet de l'Hérault n'a entaché sa décision ni d'inexactitude matérielle ni fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent en refusant le renouvellement de son titre de séjour.
8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Si Mme B se prévaut de la présence de cousins en France et de son insertion socio-professionnelle à travers son engagement dans un cursus d'apprentissage ayant donné lieu à la délivrance d'une promesse d'embauche en qualité d'opératrice de saisie, elle ne démontre pas l'ancienneté et l'intensité des liens qu'elle a développés en France au regard de ceux conservés dans son pays d'origine. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en particulier des conditions d'entrée et de la durée du séjour de l'intéressée en France, le préfet de l'Hérault n'a pas, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, porté au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis et n'a, dès lors, méconnu ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
DÉCIDE :
Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Rey-Bèthbéder, président,
M. Bentolila, président-assesseur,
Mme El Gani-Laclautre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.
La rapporteure,
N. El DLe président,
É. Rey-Bèthbéder
La greffière,
C. Lanoux
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026