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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL00690

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL00690

mardi 25 octobre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL00690
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBERAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 10 septembre 2021 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel il pourra être reconduit d'office.

Par un jugement n° 2105928 du 3 février 2022, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa requête.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 25 février 2022 à la cour administrative de Marseille sous le numéro 22MA00690 puis, à la cour administrative de Toulouse le 1er mars 2022 sous le n° 22TL00690, M. B, représenté par Me Beral, doit être regardé comme demandant à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 3 février 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 septembre 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Il soutient que :

- c'est à tort que le tribunal n'a pas considéré malgré les 88 pièces produites, dont seulement 15 étaient des attestations, qu'il ne justifiait pas de son ancienneté de séjour ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie d'une présence constante sur le territoire français depuis dix ans ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa situation personnelle et familiale justifie la régularisation de son séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 25 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le dernier alinéa de l'article R.222-1 du code de justice administrative dispose : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant marocain né le 15 janvier 1974 à Alnif (Maroc), déclare être entré en dernier lieu sur le territoire français en 2010. Le 25 août 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en se prévalant d'une durée continue de séjour de dix ans. Par arrêté du 10 septembre 2021, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination vers lequel il pourra être reconduit d'office. Saisi d'une requête tendant à l'annulation de ces décisions, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande par un jugement du 3 février 2022 dont M. B relève appel.

3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. " Aux termes de l'article L. 423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

4. En premier lieu, M. B soutient qu'il réside habituellement en France depuis 2010 où il a établi le centre de ses intérêts privés et familiaux. Toutefois, pour apporter la preuve d'une résidence habituelle sur le territoire français depuis plus de dix ans, l'appelant se borne à produire des pièces insusceptibles d'établir la réalité de ses allégations dès lors que les relevés périodiques de comptes bancaires produits au dossier sont relatifs au solde d'un compte " livret A " et ne permettent pas de faire état d'un détail des opérations nécessairement réalisées à partir du territoire français. Pour les mêmes raisons, les relevés annuels de son contrat d'assurance vie ainsi que les avis d'imposition sans traitement ni revenu déclaré ne peuvent être regardées comme des preuves probantes d'une résidence habituelle. Par ailleurs, hormis des déclarations sur l'honneur, M. B ne produit aucune preuve attestant de sa présence sur le territoire français pour les années 2011, 2012 et 2013 et ne verse, pour les autres années, que des documents justifiant d'une présence ponctuelle et non habituelle. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, c'est à bon droit que le premier juge a estimé que les documents produits ne permettaient pas d'établir sa présence en France depuis plus de dix ans. Par ailleurs, M. B ne peut se prévaloir de liens intenses, anciens et stables ni d'aucun autre motif exceptionnel justifiant son admission au séjour au titre de la " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant son admission exceptionnelle au séjour sur ce fondement, le préfet de l'Hérault aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. En second lieu, M. B soutient que le préfet de l'Hérault, qui n'a pas fait usage de son pouvoir de régularisation en ne procédant pas à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 précité, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, l'appelant se déclarant célibataire et sans charge familiale qui n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, ne peut se prévaloir de la seule présence en France de ses oncles et tantes pour soutenir son bon droit à prétendre à une régularisation par la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par conséquent, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet n'a pas procédé à la régularisation de sa situation en ne lui délivrant pas un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B n'est manifestement pas susceptible d'entraîner l'infirmation du jugement attaqué. Elle peut, dès lors, être rejetée en application des dispositions, citées au point 1 de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée M. A B et à Me Beral.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 25 octobre 2022.

La présidente de la 2ème chambre,

A. Geslan-Demaret

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°22TL00690

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