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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL20490

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL20490

mardi 30 août 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL20490
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse suivante :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n°2105676 du 8 novembre 2021, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a provisoirement admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle et a rejeté le surplus des conclusions de sa requête.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée au greffe de la cour administrative d'appel de Bordeaux le 14 février 2022 sous le numéro 22BX00490 puis, au greffe de la cour administrative d'appel de Toulouse le 1er mars 2022 sous le numéro 22TL20490, M. A, représenté par Me Laspalles, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 8 novembre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 29 septembre 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile, de lui délivrer l'attestation afférente et de supprimer sans délai l'inscription au système d'information Schengen le concernant ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens de l'instance ainsi qu'une somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle comporte une motivation stéréotypée contraire aux exigences de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que le préfet ne l'a pas mis à même de présenter des observations orales avant que cette décision lui soit opposée ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 521-1 et R. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il s'est trouvé privé du droit de solliciter l'asile en France ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles 3 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant en lui opposant les décisions contestées ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation dès lors que le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- elle est dépourvue de sa base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle comporte une motivation stéréotypée contraire aux exigences de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que le préfet ne l'a pas mis à même de présenter des observations orales avant que cette décision lui soit opposée ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par une décision du président de section du bureau d'aide juridictionnelle près la cour administrative d'appel de Bordeaux en date du 27 janvier 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le dernier alinéa de l'article R.222-1 du code de justice administrative dispose : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant algérien né le 8 mai 1993, est entré irrégulièrement en France à une date indéterminée. A la suite de son interpellation, le 29 septembre 2021,

et de son audition par les services de police, il a fait l'objet d'un arrêté du 29 septembre 2021

par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a

fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un jugement du 8 novembre 2021 dont M. A relève appel, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse l'a admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle et a rejeté le surplus des conclusions de sa requête tendant notamment à l'annulation de ces décisions.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. L'arrêté litigieux, tel que produit dans son intégralité par le préfet de la Haute-Garonne à l'occasion de la première instance, comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit propres à la situation de M. A sur lesquelles sont fondées les décisions qui lui sont opposées de telle sorte que le moyen tiré du caractère insuffisant et stéréotypé de la motivation doit être écarté comme manquant en fait. Par ailleurs, il ne ressort ni de cette motivation ni d'aucune autre pièce du dossier qu'il n'aurait pas été procédé à un examen réel et sérieux de la situation de l'appelant.

4. Aux termes de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public

et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions

individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les

décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la

personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes

de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. "

5. Il résulte des dispositions du livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure

administrative auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles le préfet signifie à

l'étranger l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français ainsi que les décisions

accessoires. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public

et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure, ne peuvent être utilement

invoquées à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire. En tout état de cause, il ressort des

pièces du dossier que M. A a été mis à même de présenter ses observations sur sa situation

personnelle et sur la perspective d'un éloignement, le 29 septembre 2021, lors de son audition

par les services de police à l'occasion de laquelle il a été informé de l'éventualité de l'intervention à son encontre d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 122-1 précités et du droit d'être entendu doivent être écartés.

6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers

et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander

l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande

et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat

responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du

Conseil du 26 juin 2013 () ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le

même règlement. ". Aux termes de l'article R. 521-1 du même code : " () lorsqu'un étranger, se trouvant à l'intérieur du territoire français, demande à bénéficier de l'asile, l'enregistrement de sa demande relève du préfet de département et, à Paris, du préfet de police. ". Aux termes de l'article R. 521-4 du même code : " Lorsque l'étranger ne se présente en personne auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, des services de police ou de gendarmerie ou de l'administration pénitentiaire, en vue de demander l'asile, il est orienté vers l'autorité compétente. () " Enfin, aux termes de l'article L. 521-7 du même code : " Lorsque

l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation

de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret

en Conseil d'Etat. (). / La délivrance de cette attestation ne peut être refusée au motif que

l'étranger est démuni des documents et visas mentionnés à l'article L. 311-1. Elle ne peut être

refusée que dans les cas prévus aux c ou d du 2° de l'article L. 542-2. () ".

7. Les dispositions précitées ont pour effet d'obliger l'autorité de police à transmettre au préfet, et le préfet à enregistrer, une demande d'admission au séjour au titre de l'asile formulée par un étranger à l'occasion de son interpellation. En conséquence, elles font légalement obstacle à ce que l'autorité préfectorale fasse usage des pouvoirs que lui confèrent les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en matière

d'éloignement des étrangers en situation irrégulière avant qu'il ait été statué sur cette demande

d'admission au séjour au titre de l'asile. Toutefois, comme l'a relevé à bon droit le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse, en l'espèce, il ne ressort pas du procès-verbal d'audition du 29 septembre 2021 par les services de police que M. A, même s'il a fait état du fait que sa vie et celle de sa famille serait menacée en cas de retour en Algérie, ait manifesté la volonté de présenter une demande d'asile. Le moyen tiré de l'erreur de droit et de fait dont serait entachée l'obligation de quitter le territoire pour ne pas avoir tenu compte de sa volonté de présenter une demande d'asile doit donc être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

9. Si l'appelant soutient que sa femme ainsi que son enfant sont présents sur le territoire français, il n'apporte pas davantage en appel qu'en première instance les éléments de nature établir la réalité de cette allégation. Par ailleurs, alors même qu'il séjournait irrégulièrement sur le territoire français depuis moins d'un an, M. A a fait l'objet, le 30 septembre 2021, d'une condamnation à 4 mois d'emprisonnement pour des faits de complicité d'offre ou cession non autorisée de stupéfiants prononcée par le tribunal correctionnel de Toulouse. Dans ces conditions et dès lors que l'intéressé n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquelles cette décision a été prise. Pour les mêmes motifs, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences que cette mesure emporte sur sa situation personnelle ni méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. Dès lors que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité, M. A n'est pas fondé à s'en prévaloir par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et

du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser

d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de

l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger

se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet

". Et selon l'article L. 612-3 dudit code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut

être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1°

L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas

sollicité la délivrance d'un titre de séjour 8° L'étranger ne présente pas de garanties de

représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité

ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant

d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a

communiqué des renseignements inexacts ".

12. La décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire vise notamment les dispositions citées au point 11, indique que le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public et qu'il ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français où il s'est maintenu sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation manque en fait et doit être écarté. En outre, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un d'examen réel et sérieux de sa situation avant de lui opposer la décision litigieuse ou qu'il se serait cru, à tort, en situation de compétence liée.

13. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu en situation illégale sans même solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Tel qu'exposé au point 9 de la présente ordonnance, il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a troublé l'ordre public par des faits de complicité d'offre ou cession non autorisée de stupéfiants ayant conduit à son interpellation et à sa condamnation à 4 mois d'emprisonnement. De surcroit, sur la base des déclarations contradictoires consignées dans le procès-verbal de son audition du 29 septembre 2021, le préfet de la Haute Garonne a légalement pu retenir l'absence de passeport en sa possession pour considérer que M. A ne justifiait pas de garanties de représentation suffisantes de telle sorte que, contrairement à ce qu'il soutient, la décision litigieuse ne se trouve pas entachée d'une erreur d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

14. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de

l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines

ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée

et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de

sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

15. La décision fixant le pays de renvoi vise les dispositions citées au point précédent et fait mention de ce que le renvoi en Algérie de M. A n'était pas susceptible d'entrainer son exposition à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation manque en fait et doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation avant de lui opposer la décision litigieuse.

16. En outre, en appel comme en première instance, M. A se borne à avancer des allégations non circonstanciées insusceptibles d'établir à elles seules la réalité des risques d'exposition à des peines ou traitements inhumains et dégradants dans l'hypothèse de son éloignement vers l'Algérie. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions citées au point 14 de la présente ordonnance.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux terme de l'article L. 612- 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

18. Il ressort des termes même de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément. Il résulte également de ces dispositions que dès lors que, sauf circonstance humanitaire y faisant obstacle, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français intervient d'office dans l'hypothèse où le préfet n'a pas assorti l'obligation de quitter le territoire français d'un délai de départ volontaire. Par conséquent, seule la durée de l'interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10.

19. Contrairement à ce que soutient M. A, l'arrêté litigieux comporte l'exposé des considérations de fait et de droit ayant conduit le préfet de la Haute-Garonne à lui opposer une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Dès lors, le moyen tiré du caractère insuffisant et stéréotypé de la motivation manque en fait et doit être écarté. En outre, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un d'examen réel et sérieux de sa situation avant de prendre cette décision.

20. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 de la présente ordonnance, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait méconnu son droit d'être entendu préalablement à l'édiction de cette décision.

21. A supposer même établi que M. A soit présent sur le territoire français depuis un an, l'absence d'éléments démontrant l'existence d'attaches familiales en France auquel s'ajoute le trouble à l'ordre public dont ce dernier s'est rendu coupable à raison des faits de complicité d'offre ou cession non autorisée de stupéfiants ayant conduit à son interpellation et à sa condamnation à 4 mois d'emprisonnement, justifient que le préfet ait pu, sans méconnaître les dispositions citées au point 17 de la présente ordonnance, lui opposer une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

22. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A n'est manifestement pas susceptible d'entraîner l'infirmation du jugement attaqué. Elle doit, dès lors, être rejetée en application des dispositions, citées au point 1 de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 30 août 2022.

La présidente de la 2ème chambre,

A. Geslan-Demaret

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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