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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL20737

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL20737

mardi 18 octobre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL20737
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. Prince B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 2 avril 2021 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de quatre mois.

Par un jugement n° 2102003 du 24 juin 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

I. Par une requête, enregistrée le 15 mars 2022 sous le n° 22TL20737, M. B, représenté par Me Rosé, demande à la cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler ce jugement du 24 juin 2021 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier ;

3°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2021 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de quatre mois ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de procéder au réexamen sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dès la notification de l'arrêt à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la régularité du jugement attaqué :

- le magistrat désigné a entaché son jugement d'une erreur de droit quant à son droit à être entendu préalablement à l'édiction de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- il a entaché son jugement d'une erreur d'appréciation quant à l'étendue de ses liens privés et familiaux en France ;

- il a entaché son jugement d'une erreur d'appréciation quant à la possibilité de bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée en cas de renvoi au Nigéria ;

- il a entaché son jugement d'une erreur d'appréciation en estimant que l'interdiction de retour prononcée à son encontre était justifiée alors qu'il est père d'un enfant né en France reconnu avant sa naissance, qu'il ne se maintient pas en situation irrégulière sur le territoire et n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement tandis que sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

En ce qui concerne le bien-fondé du jugement attaqué :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu prévu à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en s'estimant lié par les décisions rendues par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les articles 2 et 3 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en s'estimant tenu d'édicter une interdiction de retour sur le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle est entachée d'une inexactitude matérielle quant à sa présence irrégulière sur le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par l'appelant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 septembre 2022 à 12 heures.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille du 2 février 2022.

II. Par une requête, enregistrée le 15 mars 2022 sous le n° 22TL20738, M. B, représenté par Me Rosé, demande à la cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de surseoir à l'exécution du jugement du 24 juin 2021 rendu par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dès la notification de l'arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- ce jugement permet de rendre exécutoire l'arrêté du préfet de l'Hérault du 2 avril 2021 lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- son éloignement vers le Nigéria aura pour effet de le séparer de sa compagne et de son enfant qui résident régulièrement en France et l'exposera à des mauvais traitements dès lors qu'il ne pourra pas bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée de son syndrome de stress post-traumatique dans son pays d'origine ;

- la requête au fond par laquelle il a saisi la cour contient des moyens sérieux de nature à justifier l'annulation de ce jugement et de l'arrêté préfectoral précité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par l'appelant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 septembre 2022 à 12 heures.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille du 2 février 2022.

Vu les autres pièces de ces deux dossiers.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme A C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant nigérian né le 14 octobre 1986, déclare être entré en France le 22 juillet 2018. Par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 13 novembre 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 17 mars 2021, l'intéressé a été débouté de sa demande d'asile. Sous le n° 22TL20737, M. B relève appel du jugement du 24 juin 2021 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 avril 2021 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de quatre mois. Sous le n° 22TL20738, l'intéressé demande à la cour de surseoir à l'exécution de ce jugement.

2. Les requêtes précitées n° 22TL20737 et n° 22TL20738 sont dirigées contre un même jugement et présentent à juger des questions similaires. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul arrêt.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

3. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale au titre des instances n° 22TL20737 et n° 22TL20738 par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille du 2 février 2022. Dès lors, ses demandes tendant à bénéficier de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur la requête n° 22TL20737 :

En ce qui concerne la régularité du jugement attaqué :

4. M. B soutient, d'une part, que le jugement attaqué serait entaché d'une erreur de droit quant à son droit à être entendu préalablement à l'édiction de la décision portant obligation de quitter le territoire français, d'autre part, qu'il serait entaché d'une erreur d'appréciation quant à l'étendue de ses liens privés et familiaux en France et quant à la possibilité de bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée en cas de renvoi vers son pays d'origine et, enfin, qu'il serait entaché d'une erreur d'appréciation s'agissant du prononcé d'une interdiction de retour à son endroit. Toutefois, de tels moyens, qui se rapportent au bien-fondé du jugement, sont sans incidence sur sa régularité.

En ce qui concerne le bien-fondé du jugement attaqué :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, la décision en litige vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. B, en particulier les dispositions alors codifiées au 6° du I de l'article L. 511-1 de ce code, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, et mentionne l'ensemble des éléments relatifs à la situation administrative, personnelle et familiale de l'intéressé. Elle précise la date d'arrivée en France de M. B et indique, d'une part, que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 13 novembre 2020 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 17 mars 2021 et, d'autre part, que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines et traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. La décision en litige, qui contient l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement est, dès lors, suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault, qui n'était pas tenu de faire état de manière exhaustive de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de l'intéressé, a procédé à un examen sérieux de la situation de M. B avant d'édicter la décision en litige.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

8. La décision attaquée fait suite à la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant la demande d'asile présentée par M. B puis confirmée par la Cour nationale du droit d'asile. L'intéressé, qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'asile, ne pouvait ignorer, du fait même de l'accomplissement de cette démarche qui visait à ce qu'il soit autorisé à se maintenir en France et ne puisse donc pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement forcé, qu'en cas de refus, il serait susceptible de faire l'objet d'une telle décision. Le requérant, qui a pu présenter des observations dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile, n'établit ni même n'allègue qu'il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'il n'aurait pas été en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit être écarté.

9. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault aurait renoncé à exercer son pouvoir d'appréciation en s'estimant lié par les décisions rendues par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile.

10. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. B se prévaut de son concubinage et de la naissance, le 28 août 2021, soit postérieurement à l'édiction de l'arrêté en litige, de son enfant qu'il a reconnu de manière anticipée le 11 février 2021 et de son engagement en qualité de bénévole dans une association. Toutefois, par ces seules allégations qui ne sont pas étayées par des pièces probantes telles qu'un domicile commun, des factures au nom du couple ou des preuves de vie commune, l'intéressé, qui se déclare célibataire et a déclaré aux services d'état-civil une adresse distincte de celle de sa compagne lors de la reconnaissance anticipée de son enfant, ne produit aucun élément précis et circonstancié permettant d'attester de l'ancienneté et de la stabilité de leur relation pas plus qu'il n'établit la nature des liens qu'il entretient avec son enfant dont il ne démontre pas, à l'exception d'un certificat médical rédigé en des termes généraux et de sa présence à une consultation médicale, contribuer à l'entretien et à l'éducation. Ainsi, M. B n'établit pas l'intensité des liens privés et familiaux qu'il a développés en France, où il est entré à l'âge de 32 ans et vit de manière isolée, au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine où réside à tout le moins sa sœur tandis que sa présence sur le territoire français est uniquement liée aux délais inhérents à l'instruction de sa demande de protection internationale. Dans ces conditions, en obligeant M. B à quitter le territoire français, le préfet de l'Hérault n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis et n'a, dès lors, ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

12. En premier lieu, la décision en litige, qui vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise la nationalité du requérant, mentionne, d'une part que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 13 novembre 2020 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 17 mars 2021 et d'autre part, que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines et traitements inhumains contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Cette décision, qui contient l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement est, par suite, suffisamment motivée.

13. En deuxième lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie ainsi qu'il a été dit aux points 5 à 11, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi serait, par voie de conséquence, illégale ne peut qu'être écarté.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi () ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". D'une part, si M. B indique souffrir d'un syndrome de stress-post traumatique pour lequel il bénéficie d'un suivi médico-psychologique en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait présenté une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade pas plus qu'il n'est établi que le défaut de prise en charge médicale devrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ou qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié en cas de renvoi vers son pays d'origine. D'autre part, l'intéressé ne se prévaut d'aucune autre circonstance, autre que celles dont il a déjà fait part aux des autorités en charge de l'asile, de nature à établir qu'il serait personnellement exposé, en cas de retour au Nigéria, à des traitements contraires à ces stipulations tandis que, ainsi qu'il vient d'être dit, sa demande d'asile a été rejetée de manière définitive. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté.

15. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " () Toute personne a droit à la vie ". Aux termes de l'article 3 de la même charte : " () Toute personne a droit à son intégrité physique et mentale () ". Les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations doivent, en tout état de cause, être écartés pour les mêmes motifs que ceux retenus au point précédent.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de la décision en litige que le préfet de l'Hérault aurait méconnu l'étendue de sa compétence en s'estimant tenu d'édicter une interdiction de retour sur le territoire français à l'endroit de M. B.

17. En deuxième lieu, d'une part, aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa codification applicable au litige : " () l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

18. D'autre part, aux termes de l'article L. 743-1 du même code, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'office ou, si un recours a été formé, dans le délai prévu à l'article L. 731-2 contre une décision de rejet de l'office, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. L'attestation délivrée en application de l'article L. 741-1, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'office, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la cour statuent ". Aux termes de l'article L. 743-3 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé () et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une mesure d'éloignement prévue au titre Ier du livre V () ".

19. La décision en litige mentionne la faible durée de présence de M. B, qui a indiqué être entré sur le territoire français le 22 juillet 2018, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France et la circonstance qu'il ne justifie d'aucun motif humanitaire s'opposant au prononcé d'une telle mesure alors même que sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. D'autre part, dès lors que la reconnaissance de la qualité de réfugié a été définitivement refusée à M. B à la date de l'arrêté litigieux et qu'il ne bénéficiait d'aucun autre droit au séjour, l'intéressé se trouvait déjà dans l'obligation de quitter le territoire français en application des dispositions précitées de l'article L. 743-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avant l'édiction de l'arrêté litigieux. Par suite, le préfet de l'Hérault, qui a mentionné à bon droit que l'intéressé se maintenait irrégulièrement en France à la suite du rejet définitif de sa demande d'asile et n'était pas tenu de procéder à l'abrogation expresse de l'attestation de demande d'asile qu'il avait délivrée à l'intéressé, n'a ni entaché sa décision d'inexactitude matérielle ni fait une inexacte application des dispositions précitées du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur en édictant une interdiction de retour sur le territoire français de quatre mois à l'endroit de l'intéressé.

20. En troisième et dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation qu'emporte la décision en litige sur la situation personnelle de M. B doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 11.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 2 avril 2021. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur la requête n° 22TL20738 :

22. Dès lors qu'il est statué, par le présent arrêt, sur les conclusions tendant à l'annulation du jugement n° 2102003 du 24 juin 2021 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier, les conclusions de M. B tendant à ce qu'il soit sursis à son exécution sont devenues sans objet.

DÉCIDE :

Article 1 : Il n'y pas lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le cadre des instances n° 22TL20737 et n° 22TL20738.

Article 2 : La requête n° 22TL20737 de M. B est rejetée.

Article 3 : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de sursis à exécution présentée dans le cadre de la requête n° 22TL20738.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. Prince B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Rey-Bèthbéder, président,

M. Bentolila, président-assesseur,

Mme El Gani-Laclautre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La rapporteure,

N. El CLe président,

É. Rey-Bèthbéder

La greffière,

C. Lanoux

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 22TL20737 - 22TL20738

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CAA31excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807

Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.

01/06/2026

CAA31excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714

Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

04/05/2026

CAA13excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532

La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".

04/05/2026

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