jeudi 6 avril 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-22TL20773 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SUMMERFIELD TARI |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B A a demandé au tribunal administratif de Montpellier, d'une part, d'annuler l'arrêté du 6 août 2021 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays vers lequel cette mesure pourra être exécutée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de quatre mois, d'autre part, d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer une autorisation de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à titre subsidiaire, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, enfin, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement n° 2105518 du 30 décembre 2021, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée au greffe le 14 mars 2022 sous le n° 2220773, Mme A, représentée par Me Summerfield, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 30 décembre 2021 ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 6 août 2021;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", ou à défaut une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade d'une durée de six mois ;
4°) de mettre à la charge de l'État le somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle n'a jamais été informée de la teneur de l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration de sorte que son droit à être entendue a été méconnu ;
- elle remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'accompagnant d'enfant malade dès lors que l'un de ses enfants souffre d'autisme et bénéficie d'une prise en charge dans un institut médico-éducatif dont il ne pourrait bénéficier en Albanie ;
- la décision attaquée contrevient à l'intérêt supérieur de l'enfant au sens du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ne prenant pas en compte l'ensemble de sa situation familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité affectant la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'état de santé d'un de ses enfants nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l'illégalité affectant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 14 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille du 21 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. Mme A, ressortissante albanaise née le 4 décembre 1976, déclare être entrée en France le 1er décembre 2016 accompagnée de ses deux enfants mineurs. Par une décision du 31 juillet 2017, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 20 décembre 2017. Mme A a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français par arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 7 mars 2018. Le 16 février 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade. Par arrêté du 6 août 2021, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par un jugement du 30 décembre 2021 dont Mme A relève appel, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. Aucun texte législatif ou réglementaire ni aucun principe général du droit n'impose au préfet de communiquer à l'étranger demandant un titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration préalablement à la décision de refus de séjour. Par suite, alors que la requérante avait la possibilité d'informer l'administration saisie de sa demande de tout élément complémentaire qu'elle aurait jugé utile d'apporter, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit être écarté.
4. Il ressort des mentions de l'arrêté contesté que le préfet a procédé à un examen préalable de la situation de l'intéressée et a pris en compte l'ensemble des éléments de sa situation personnelle et familiale dont il avait connaissance à la date de la décision, et notamment l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 20 avril 2021 indiquant que le fils cadet C A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que son état de santé ne l'empêche pas de voyager sans risque vers ce pays. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen réel et complet doit être écarté.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Et aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, entrée en France en 2016 avec ses deux fils, n'établit ni être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, ni que ses enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité et pour le cadet bénéficier d'une prise en charge adaptée en Albanie. Aux points 5, 7 et 9, le tribunal administratif de Montpellier a répondu de manière suffisamment précise aux moyens soulevés, tant s'agissant de la situation générale des enfants autistes en Albanie que de l'examen individuel de la situation de la requérante. Mme A ne se prévaut devant la cour d'aucun élément de fait ou de droit nouveau par rapport à l'argumentation développée devant le tribunal administratif de Montpellier. En conséquence, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du 1° de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales par adoption des motifs pertinents retenus par le tribunal aux points 7 et 9. Eu égard aux mêmes éléments la décision de refus de séjour n'est pas non plus entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. Faute d'établir l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision portant fixation du pays de destination devrait être annulée pour défaut de base légale.
8. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 de la présente ordonnance, il y a lieu en tout état de cause d'écarter le moyen tiré de la violation des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
10. L'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée des illégalités invoquées, Mme A n'est pas fondée à s'en prévaloir par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ". Selon l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
12. Mme A, dont la demande d'asile a au demeurant été rejetée, n'apporte en appel aucun élément nouveau permettant d'apprécier le bien-fondé des menaces de traitements inhumains et dégradants qu'elle serait susceptible de subir en cas de retour en Albanie, ni des potentielles discriminations auxquelles serait exposé son fils cadet eu égard à sa pathologie. En conséquence, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales par adoption des motifs pertinents retenus par les premiers juges au point 14.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel C A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête C A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Orientales.
Fait à Toulouse, le 6 avril 2023.
Le président,
J-F. MOUTTE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
N°22TL207730
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026