mardi 24 mai 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-22TL20822 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BAZIN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Par une requête enregistrée le 5 novembre 2021 sous le numéro 2105835, Mme A C B représentée par Me Bazin a demandé au tribunal administratif de Montpellier : 1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ; 2°) d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2021 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français en fixant à trente jours le délai de départ volontaire et le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de quatre mois ; 3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de quinze jours ; 4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros à verser à Me Bazin, en application des articles 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Par un jugement n° 2105835 du 16 décembre 2021, le tribunal administratif de Montpellier a admis provisoirement Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle et a rejeté le surplus de ses conclusions.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 20 mars 2022 sous le numéro 22TL20822, Mme B, représentée par Me Bazin, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement n°2105835 du 16 décembre 2021 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2021 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligée à quitter le territoire français sous un délai de trente jours, a fixé le pays de destination vers lequel elle pourra être reconduite d'office, et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de quatre mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de quinze jours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91- 647 du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle entraîne son exposition à un risque de traitement inhumains et dégradants.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de quatre mois :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille en date du 21 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Le dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. Mme B, ressortissante nigériane née le 1er mai 1972 déclare être entrée en France le 19 juin 2019. Le 26 juin 2019, elle a déposé une demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 octobre 2020, puis, par la Cour nationale du droit d'asile le 4 octobre 2021. Par arrêté du 22 octobre 2021, le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays vers lequel elle pourra être reconduite d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de quatre mois. Par un jugement du 16 décembre 2021 dont Mme B relève appel, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, entrée sur le territoire français en juin 2019 à l'âge de 47 ans, est mère de quatre enfants tous demeurant au Nigéria et ne dispose d'aucune attache familiale en France. Par ailleurs, si l'appelante allègue suivre des cours de français et œuvrer pour son intégration dans la société française, ces circonstances ne sauraient suffire à retenir qu'elle a établi le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France. Dans ces circonstances et alors même qu'elle a pu bénéficier de soins médicaux en France, c'est sans porter une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'appelante que le préfet lui a opposé sa décision portant obligation de quitter le territoire français.
5. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Le moyen tiré par Mme B de ce qu'elle encourt des risques importants si elle devait retourner en Nigéria ne saurait utilement être invoqué à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui ne désigne pas par elle-même le pays de renvoi. Si elle a entendu soulever ce moyen contre la décision fixant le pays de destination elle n'apporte aucun élément probant sur les risques ainsi invoqués.
6. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
7. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
8. D'une part, il ressort de la motivation même de l'arrêté du 22 octobre 2021 que le préfet de l'Hérault a bien pris en considération la durée de présence de Mme B sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France ainsi que les circonstances, non contestées, qu'elle n'a pas déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public. D'autre part, comme exposé au point quatre de la présente ordonnance, il ressort des déclarations de l'appelante qu'elle ne dispose d'aucun lien personnel ou familial en France et qu'elle n'y justifie que d'une présence récente. Par conséquent, Mme B qui n'établit ni même n'allègue ne pas pouvoir bénéficier des soins nécessaires dans son pays d'origine n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Hérault a insuffisamment motivé sa décision et a commis une erreur d'appréciation en lui opposant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de quatre mois.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B n'est manifestement pas susceptible d'entraîner l'infirmation du jugement attaqué. Elle peut, dès lors, être rejetée en application des dispositions, citées au point 1 de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.
Fait à Toulouse, le 24 mai 202Le président,
J-F. MOUTTE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef
N°22TL2082
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026