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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL20922

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL20922

jeudi 7 septembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL20922
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantGONTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 28 mars 2022 par lequel le préfet de l'Aude l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2201769 du 31 mars 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 6 avril 2022, M. A, représenté par Me Gontier, demande à la cour :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler le jugement du 31 mars 2022 ;

3°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Aude du 28 mars 2022 ;

4°) d'enjoindre, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, au préfet de l'Aude de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue aux articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et par le droit de l'Union européenne ;

- elle n'a pas davantage été précédée d'un examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue aux articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'a pas davantage été précédée d'un examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue aux articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et par le droit de l'Union européenne ;

- elle n'a pas davantage été précédée d'un examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par une décision du 5 avril 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'admission à l'aide juridictionnelle présentée par M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 4 janvier 2023, le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. D C pour statuer par ordonnance sur les requêtes d'appel en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité pakistanaise, fait appel du jugement du 31 mars 2022 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 mars 2022 par lequel le préfet de l'Aude l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de deux ans.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel (), ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Par une décision du 5 avril 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'admission à l'aide juridictionnelle présentée par M. A. Ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a donc pas lieu de statuer.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent, et notamment des éléments précis et non stéréotypés concernant la situation personnelle de M. A, est suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, d'une part, il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le requérant ne saurait utilement invoquer les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration à l'encontre de la mesure d'éloignement attaquée.

6. D'autre part, depuis la transposition, dans l'ordre juridique interne, de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, l'autorité préfectorale doit, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mettre l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permettre, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal dressé par les services de police le 28 mars 2022, à 10 heures 15, que M. A a été mis en mesure de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Par suite, le droit de M. A à être entendu n'a pas été méconnu.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Aude ne s'est pas livré à un examen particulier de l'ensemble de la situation de M. A.

8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est né le 14 mars 1997, est entré en France à la fin de l'année 2017. La demande d'asile qu'il a présentée le 23 août 2019 a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 24 août 2020, notifiée le 4 septembre 2020 et non contestée. M. A, qui s'est borné à présenter une attestation de " première demande d'asile " datée du 26 août 2020 et expirée depuis le 25 février 2021, ne démontre pas qu'une seconde demande d'asile aurait été en cours d'examen à la date de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, il ne justifie d'aucune intégration particulière en France et dispose d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident notamment sa mère, deux sœurs et un frère. Dans ces conditions, à supposer même que M. A justifie avoir effectué un bref à aller-retour en Espagne au moment de son interpellation par les services de police, le 28 mars 2022, aucune des circonstances qu'il invoque n'est de nature à faire regarder la décision attaquée comme entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement : 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

10. En premier lieu, la décision portant refus de délai de départ volontaire, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent, est suffisamment motivée.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 de la présente ordonnance, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision ne lui accordant pas de délai de départ pour exécuter volontairement l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre méconnaît les dispositions du code des relations entre le public et l'administration relatives à la procédure contradictoire préalable.

12. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Aude ne s'est pas livré à un examen particulier de l'ensemble de la situation de M. A avant de prendre la décision de refus de délai de départ volontaire.

13. En quatrième lieu, M. A s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son attestation de demande d'asile. Il est entré irrégulièrement en Espagne et s'y est maintenu sans justifier d'un droit de séjour. Enfin, il ne justifie pas d'un domicile. Dans ces conditions, le préfet de l'Aude a pu légalement, sans erreur d'appréciation, faire application des dispositions citées au point 9 pour prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que M. A n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cet article en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée.

15. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Aude ne s'est pas livré à un examen particulier de l'ensemble de la situation de M. A avant de prendre la décision fixant le pays de renvoi.

16. En troisième lieu, la seule circonstance que M. A a fait état, lors de son interpellation, de " problèmes familiaux " rencontrés dans son pays d'origine ne suffit pas, alors qu'il n'établit la réalité de menaces en cas de retour au Pakistan, à considérer que la décision fixant le pays de renvoi serait entachée d'illégalité.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

18. En premier lieu, la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans comporte, d'une manière qui n'est pas stéréotypée, l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement.

19. En deuxième lieu, d'une part, pour les mêmes motifs que ceux précédemment mentionnés au point 5, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions du code des relations entre le public et l'administration relatives à la procédure contradictoire préalable.

20. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6 et alors qu'il ressort du procès-verbal du 28 mars 2022 que M. A a été mis en mesure de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure d'interdiction de retour envisagée avant qu'elle n'intervienne, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit être écarté.

21. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Aude ne s'est pas livré à un examen particulier de l'ensemble de la situation de M. A avant de prendre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

22. En quatrième lieu, M. A n'invoque aucune circonstance humanitaire qui aurait permis de justifier que le préfet de l'Aude n'édicte pas d'interdiction de retour à son encontre. Par ailleurs, l'ensemble des circonstances propres à sa situation, telle que décrite au point 8, notamment l'absence de lien particulier avec la France, sont, alors même que la présence de l'intéressé ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'aurait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, de nature à justifier légalement la durée de deux ans de l'interdiction de retour sur le territoire français.

23. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A, qui est manifestement dépourvue de fondement, doit être rejetée par application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Pierre Gontier et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Aude.

Fait à Toulouse, le 7 septembre 2023.

Le président assesseur de la 1ère chambre,

N. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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