mardi 14 juin 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-22TL20996 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | DIALEKTIK AVOCATS AARPI |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A B a demandé au tribunal administratif de Toulouse, d'une part, d'annuler l'arrêté du 20 mai 2020 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, et d'autre part, d'enjoindre au préfet de lui délivre un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen.
Par un jugement n° 2003908 du 24 septembre 2021, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée au greffe de la cour administrative d'appel de Toulouse le 15 avril 2022 sous le numéro 2220996, Mme B, représentée par Me Soulas, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 24 septembre 2021 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2020 ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de procéder à un réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les décisions sont entachées d'un défaut de motivation en fait ;
- le préfet s'est cru en situation de compétence liée à l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et n'a donc pas exercé sa compétence ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de son état de santé ainsi que des conséquences de la décision sur sa situation, et d'une erreur de droit quant à l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- la décision est privée de base légale ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-4 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entachée d'erreur manifeste;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision est privée de base légale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 mars 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête de Mme B.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux du 25 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () / Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. Mme B, ressortissante congolaise née en 1954, est entrée sur le territoire français le 13 janvier 2018, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Le 24 juin 2019, elle a sollicité son admission au séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, elle demande à la cour l'annulation du jugement du 24 septembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 mai 2020 du préfet de la Haute-Garonne refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions :
3. Il ressort de la motivation de la décision attaquée par laquelle le préfet indique notamment qu'il n'est pas lié par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et qu'il ne peut en l'espèce délivrer de carte de séjour à titre discrétionnaire qu'il s'est livré à sa propre appréciation des mérites de la demande de carte de séjour de la requérante et des conséquences à en tirer pour l'obligation de quitter le territoire français. Par conséquent, le moyen tiré de ce que le préfet se serait senti lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et n'aurait pas exercé sa compétence doit être écarté.
4. Les motifs de l'arrêté attaqué, qui ne se limitent pas à reprendre des formules préétablies, énoncent de manière détaillée, y compris s'agissant de l'appréciation de l'état de santé de la requérante et de sa prise en charge, les considérations de droit et de fait tenant à la situation personnelle de l'intéressée, sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour et l'obliger à quitter le territoire français. La circonstance que cette motivation comporte une erreur de fait est sans incidence sur l'appréciation de son caractère suffisant et ne révèle pas à elle seule l'absence d'examen individuel de la demande. Le préfet a également énoncé de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit pour ce qui concerne la décision fixant le pays de destination notamment par l'indication déjà mentionnée s'agissant du refus de titre de la disponibilité d'un traitement approprié au Congo. Par suite, et alors que l'autorité préfectorale n'était pas tenue de décrire l'ensemble de la situation personnelle de l'intéressée, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions au regard des dispositions du code des relations entre le public et l'administration et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Cette motivation révèle que, contrairement à ce qui est allégué, l'administration a procédé à examen réel et sérieux de la situation personnelle de la requérante.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
5. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable au litige : " () la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 11° A l'étranger () si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
6. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte-tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
7. Il ressort de l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 30 décembre 2019, que l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de la République du Congo, elle peut y bénéficier d'un traitement approprié. Si la requérante fait valoir l'absence de soins dans son pays d'origine, elle n'établit pas l'absence de traitement approprié en République du Congo en produisant un certificat d'un médecin généraliste daté du 11 juin 2020, ainsi que trois bulletins de situation du 16 juin 2020, tous deux au demeurant postérieurs à la décision attaquée et faisant état de l'absence de soins sans plus de précision, qui ne sont pas de nature à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le préfet n'a ainsi pas commis d'erreur d'appréciation s'agissant de son état de santé et des conséquences d'un refus, et méconnu les dispositions de l'article L. 313-11 11° précité.
8. Mme B reprend en appel le moyen tiré de l'erreur de fait de la décision portant refus de titre de séjour dès lors que l'arrêté indique que ce n'est que le
24 juin 2019 qu'elle a sollicité son admission au séjour en France, et que le préfet se prévaut
ainsi du caractère irrégulier de son séjour à la suite de son entrée régulière en France, alors que le
préfet lui a délivré une autorisation provisoire de séjour le 9 octobre 2018 régulièrement
renouvelée jusqu'au 24 janvier 2020. Il y a lieu de l'écarter par adoption des motifs pertinents retenus par les premiers juges au point 11 du jugement attaqué.
9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. I1 ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
10. Mme B est entrée sur le territoire français à l'âge de 64 ans. Si la requérante se prévaut de l'établissement de liens privés sur le territoire, notamment en raison de sa prise en charge au centre hospitalier spécialisé de Vélane à Toulouse, cet élément ne saurait suffire à établir que la requérante aurait tissé des liens stables et durables en France. En outre, elle ne justifie pas de l'absence d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale. Eu égard aux mêmes éléments et à sa situation telle qu'exposée au point 7 cette décision n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
11. La décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'absence de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire.
12. Aux termes de l'article L. 511-1 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; () ".
13. Ainsi qu'il a été exposé au point 7, la requérante peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les dispositions précitées doit par suite être écarté.
14. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
15. La décision de refus de titre de séjour et celle portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégales, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'absence de base légale de la décision fixant le pays de renvoi.
16. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
17. Si la requérante soutient qu'en cas de retour en République du Congo, elle serait exposée à des traitements inhumains et dégradants compte tenu de l'indisponibilité du traitement adapté à sa pathologie, il résulte des motifs explicités au point 7 que le risque allégué n'est pas établi. Par suite, le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur.
Copie sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 14 juin 2022.
Le président de la cour,
J-F. MOUTTE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
N°22TL20996
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026