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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL21233

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL21233

mardi 21 novembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL21233
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Avocat requérantD'AVOCATS SALESSE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société civile immobilière La Grangette a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Toulouse de condamner la société anonyme à capitaux publics SNCF Réseau à lui verser trois provisions d'un montant respectif de 32 636, 89 euros, 6 000 euros et 2 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime imputables à la réalisation de travaux publics à proximité de l'immeuble situé au numéro 14 de l'avenue Saint-Germain à Muret dont elle est propriétaire.

Par une ordonnance n° 2107098 du 30 mai 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 9 juin 2022, la société La Grangette, représentée par Me Dupey, demande à la cour :

1°) d'annuler cette ordonnance du 30 mai 2022 ;

2°) de condamner la société SNCF Réseau à lui verser deux provisions d'un montant respectif de 32 636,89 euros et de 6 000 euros en réparation du préjudice financier découlant de la dégradation de son bien immobilier et des troubles dans les conditions d'existence qui s'y rapportent ;

3°) de mettre à la charge de la société SNCF Réseau les entiers dépens de l'instance ainsi que la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est à tort que le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a estimé que le rapport d'expertise établi par M. C le 3 juillet 2020 ne permettait pas d'apprécier ce qui relevait de l'état antérieur du bien et ce qui découlait d'une aggravation ou de l'apparition de nouveaux désordres ;

- le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a retenu à tort, au point 4 de son ordonnance, que les devis chiffrant les différents travaux à réaliser sur la façade de l'immeuble dont elle est propriétaire ne figuraient pas dans les pièces du dossier et qu'il lui était impossible d'en apprécier la nature et le coût ;

- la créance qu'elle oppose à la société SNCF Réseau revêt un caractère non-sérieusement contestable lui ouvrant droit au versement d'une provision de 32 636,89 euros au titre de la réparation de son préjudice financier né de l'obligation d'effectuer des travaux de réfection de la façade de l'immeuble dont elle est propriétaire affectée par l'apparition ou par l'aggravation de fissures imputables à l'utilisation d'un engin de chantier inadapté à la configuration des lieux ;

- la créance qu'elle oppose à la société SNCF Réseau revêt un caractère non-sérieusement contestable lui ouvrant droit au versement d'une provision de 6 000 euros à titre de réparation des troubles qu'elle a subis dans ses conditions d'existence découlant de l'impossibilité de jouir normalement de son bien pendant la période durant laquelle ont été effectués les travaux litigieux.

Une mise en demeure a été adressée le 2 septembre 2022 à la société SNCF Réseau en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière La Grangette est propriétaire d'un bien immobilier situé au numéro 14 de l'avenue Saint-Germier à Muret (Haute-Garonne). Au cours du mois de septembre 2017, la société SNCF Réseau a fait réaliser des travaux de suppression du passage à niveau n° 19 sur le territoire de cette commune et a procédé à l'aménagement de la voirie dans le cadre d'une opération déclarée d'utilité publique par un arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 9 mars 2017. Par une ordonnance du 3 juillet 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a fait droit à la demande introduite par la société La Grangette tendant à ce que soit désigné un expert en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative afin que celui-ci consigne, dans un rapport établi contradictoirement avec les propriétaires riverains, l'origine, les causes, l'étendue et le chiffrage des désordres affectant notamment l'immeuble de la société La Grangette. Estimant, au vu de ce rapport d'expertise, que les travaux litigieux étaient à l'origine des désordres affectant le bien dont elle est propriétaire, cette dernière a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Toulouse de condamner la société SNCF Réseau à lui verser différentes provisions d'un montant respectif de 32 636,89 euros, 6 000 euros et 2 000 euros correspondant au coût des travaux de remise en état, à l'indemnisation des troubles dans ses conditions d'existence et au préjudice moral et d'anxiété qui s'y sont associés. Par une ordonnance du 30 mai 2022 dont la société La Grangette relève appel, le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a rejeté cette demande.

Sur la fin de non-recevoir opposée à la demande de première instance par la société SNCF Réseau :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ".

3. La demande de première instance comporte l'exposé des différents moyens soulevés par la société La Grangette et tend, sans ambiguïté, à obtenir la condamnation de la société SNCF Réseau au versement d'une indemnité provisionnelle réparatrice des différents préjudices supportés par elle du fait des travaux réalisés au cours du mois de septembre 2017 sur le passage à niveau n° 19 à proximité de l'immeuble dont elle est propriétaire à Muret. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée à la demande de première instance, tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, doit être écartée.

Sur le bien-fondé de l'ordonnance attaquée :

4. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

5. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport remis par M. C le 25 mai 2021 suite à sa désignation en qualité d'expert, que les désordres affectant le bien dont la société La Grangette est propriétaire sont apparus ou ont fait l'objet d'aggravations significatives après que des travaux aient été réalisés par la société SNCF Réseau sur le passage à niveau n° 19 impliquant notamment l'utilisation d'un compacteur-vibreur de très grande puissance inadapté à la configuration des lieux compte tenu de l'implantation rapprochée des immeubles riverains. Ce même expert, constatant qu'il s'agit là de la cause exclusive des dommages affectant la façade de la propriété de la société La Grangette, a procédé au chiffrage du préjudice ainsi subi et l'a évalué à hauteur de 32 636, 89 euros correspondant à la réfection des fissures apparues ou aggravées postérieurement à la réalisation des travaux litigieux en s'appuyant, pour ce faire, sur un devis réalisé par M. B A en sa qualité de sachant. La société SNCF Réseau, qui n'a produit aucune écriture en appel, s'est bornée, en première instance, à alléguer sans l'établir que le chiffrage des désordres par l'expert n'aurait pas fait l'objet de discussions contradictoires et que les fissurations dont s'agit ne seraient pas imputables aux travaux publics réalisés sous sa maîtrise d'ouvrage sans toutefois apporter aucun élément de nature à remettre en cause l'avis de l'expert sur ce point.

6. Pour les motifs exposés au point précédent, la société La Grangette est fondée à demander la condamnation de la société SNCF Réseau à lui verser une provision à titre de réparation des préjudices liés à la fissuration de la façade de l'immeuble dont elle est propriétaire. Toutefois, il ressort du devis réalisé par M. A annexé au rapport d'expertise, que les travaux de reprise de cette façade sont soumis à un taux réduit de taxe à la valeur ajoutée de 10 % contrairement à celui de 20 % appliqué par l'expert dans son chiffrage. Par conséquent, la créance dont se prévaut l'appelante au titre de son préjudice financier ne présente, en l'état de l'instruction, un caractère non-sérieusement contestable que pour le seul montant de 29 807,15 euros correspondant au coût toutes taxes comprises des travaux de reprise et de peinture.

7. La société requérante ne justifiant pas en être propriétaire la demande de remboursement d'une somme de 120 euros correspondant aux frais de remplacement d'une carafe à vin endommagée ne peut être accueillie.

8. La société La Grangette n'apporte pas davantage en appel qu'en première instance les éléments de nature à justifier la somme de 6 000 euros qu'elle demande au titre des troubles dans les conditions d'existence et se borne à alléguer que cette créance trouverait son fondement dans l'impossibilité de jouir normalement de son bien pendant la période durant laquelle ont été effectués les travaux litigieux. Dans ces conditions, cette créance ne revêt pas un caractère non-sérieusement contestable.

9. Il résulte de ce qui précède que l'existence de l'obligation de la société SNCF Réseau envers la société La Grangette présente, en l'état de l'instruction, un caractère non sérieusement contestable au sens de l'article R. 541-1 du code de justice administrative pour un montant total de 29 807,15 euros. Dès lors la société requérante est fondée à soutenir que c'est à tort que par l'ordonnance attaquée le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande et à ce que la société SNCF Réseau soit condamnée à lui verser une provision de 29 807,151 euros.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire droit aux conclusions de la société La Grangette présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la société SNCF Réseau, la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'ordonnance du 30 mai 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Toulouse est annulée.

Article 2 : La société SNCF Réseau est condamnée à verser à la société La Grangette une provision d'un montant de 29 807, 15 euros.

Article 3 : La société SNCF Réseau versera à la société La Grangette la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête introduite par la société La Grangette est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société civile immobilière La Grangette et à la société anonyme à capitaux publics SNCF Réseau.

Fait à Toulouse, le 21 novembre 2023.

Le président,

J-F. MOUTTE

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

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