jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-22TL21298 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | HEQUET |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. et Mme C et D A B ont demandé au tribunal administratif de Nîmes l'annulation de l'arrêté du 11 février 2020 par lequel le maire de Tavel leur a refusé un permis de construire pour la réalisation d'une maison individuelle sur la parcelle cadastrée , ainsi que de la décision implicite par laquelle cette même autorité a rejeté leur recours gracieux formé le 24 mars 2020 à l'encontre de cet arrêté.
Par un jugement n° 2002424 du 26 avril 2022, le tribunal administratif de Nîmes a prononcé l'annulation de l'arrêté du 11 février 2020 et de la décision implicite rejetant le recours gracieux, a enjoint au maire de Tavel de procéder à un réexamen de la demande de permis dans le délai de trois mois et a mis à la charge de la commune de Tavel une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 7 juin 2022, la commune de Tavel, représentée par la SCP Territoires avocats, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 26 avril 2022 ;
2°) de mettre à la charge de M. A B une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que c'est à tort que les premiers juges ont considéré que le projet de M. et Mme A B se situait au sein des parties urbanisées de la commune et qu'il ne conduirait pas à étendre ces dernières au sens de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 février 2023, le 22 avril 2023 et le 12 mai 2023, M. et Mme C et D A B, représentés par Me Héquet, concluent :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à l'annulation de l'arrêté du 11 février 2020 et de la décision implicite rejetant leur recours gracieux contre cet arrêté ;
3°) à ce qu'il soit enjoint au maire de Tavel de procéder à un nouvel examen de leur demande de permis de construire ;
4°) à ce que soit mise à la charge de la commune de Tavel une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- l'avis conforme défavorable émis au nom du préfet du Gard le 23 janvier 2020 n'est pas signé par une autorité compétente ;
- l'avis en cause devait être regardé comme favorable en application des dispositions de l'article R. 423-59 du code de l'urbanisme ;
- ledit avis est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté en litige est par suite entaché d'une erreur de droit et d'une erreur de fait dans l'application de ces mêmes dispositions.
Par une ordonnance du 24 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 12 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jazeron, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Meunier-Garner, rapporteure publique,
- les observations de Me Télès, représentant la commune de Tavel,
- les observations de Me Héquet, représentant M. et Mme A B.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A B ont sollicité le 20 décembre 2019 un permis de construire pour la réalisation d'une maison individuelle sur la parcelle cadastrée , située rue de Vaucroze, sur le territoire de la commune de Tavel (Gard). Le préfet du Gard, saisi en application de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme, a émis un avis conforme défavorable sur cette demande de permis le 23 janvier 2020. Par un arrêté du 11 février 2020, le maire de Tavel a refusé le permis de construire sur le fondement de cet avis. M. et Mme A B ont présenté, le 24 mars 2020, un recours gracieux contre cet arrêté, lequel a fait l'objet d'un rejet implicite par le maire. Par jugement du 26 avril 2022, le tribunal administratif de Nîmes, saisi par M. et Mme A B, a prononcé l'annulation de l'arrêté du 11 février 2020 et de la décision implicite rejetant le recours gracieux, a enjoint au maire de Tavel de réexaminer la demande de permis de construire dans le délai de trois mois et a mis à la charge de la commune de Tavel une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par sa requête, la commune de Tavel relève appel de ce jugement.
Sur le bien-fondé du jugement :
2. L'article L. 111-3 du code de l'urbanisme dispose que : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ". L'article L. 111-4 du même code, dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté en litige, mentionne que : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : / 1° L'adaptation, le changement de destination, la réfection, l'extension des constructions existantes ou la construction de bâtiments nouveaux à usage d'habitation à l'intérieur du périmètre regroupant les bâtiments d'une ancienne exploitation agricole, () ; / 2° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole, à des équipements collectifs (), à la mise en valeur des ressources naturelles et à la réalisation d'opérations d'intérêt national ; / 2° bis Les constructions et installations nécessaires à la transformation, au conditionnement et à la commercialisation des produits agricoles () ; / 3° Les constructions et installations incompatibles avec le voisinage des zones habitées et l'extension mesurée des constructions et installations existantes ; / 4° Les constructions ou installations, sur délibération motivée du conseil municipal, si celui-ci considère que l'intérêt de la commune, en particulier pour éviter une diminution de la population communale, le justifie () ".
3. L'article L. 111-3 du code de l'urbanisme interdit en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées en dehors des parties urbanisées de la commune, c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il s'ensuit qu'en dehors des cas où elles relèvent des exceptions limitativement prévues à l'article L. 111-4, les constructions ne peuvent être autorisées lorsque leur réalisation a pour effet d'étendre la partie urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est notamment tenu compte de la géographie des lieux, de la desserte par des voies d'accès, de la proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune, du nombre et de la densité des constructions projetées, du sens du développement de l'urbanisation, ainsi que de l'existence de coupures d'urbanisation, qu'elles soient naturelles ou artificielles.
4. Il ressort des termes de l'avis conforme du 23 janvier 2020, évoqué au point 1 du présent arrêt, que, pour se prononcer défavorablement sur la demande de permis de construire présentée par M. et Mme A B, le préfet du Gard a estimé que le compartiment dans lequel se situait le terrain d'assiette du projet ne pouvait pas être regardé comme constituant une partie urbanisée de la commune de Tavel et que le projet de construction envisagé par les intimés ne respectait donc pas les dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme.
5. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée , sur laquelle porte la demande de permis de construire déposée par M. et Mme A B, se trouve à environ 800 mètres du bourg-centre de la commune de Tavel en limite nord de la partie agglomérée de ladite commune. S'il est vrai que la parcelle en cause, d'une superficie totale de 4 710 m2, s'ouvre sur de vastes espaces agricoles situés au nord et à l'ouest du lotissement de Vaucroze, il ressort toutefois des plans produits par les parties, d'une part, que le lotissement en cause présente un nombre et une densité significatifs de constructions bâties dans le prolongement du bourg et, d'autre part, que l'opération litigieuse porte sur la réalisation d'une seule maison individuelle de 123,63 m2 d'emprise au sol, laquelle serait implantée dans l'angle sud-est de la parcelle, à moins de 15 mètres des trois habitations édifiées sur les terrains immédiatement limitrophes au sud et à l'est. Les mêmes plans montrent que le terrain de M. et Mme A B possède un accès depuis la voie publique et le certificat d'urbanisme délivré par le maire de Tavel le 1er octobre 2019 indique que la parcelle est desservie par les réseaux publics d'eau potable, d'électricité et d'assainissement collectif. Dans ces conditions, le projet présenté par les intimés ne peut pas être regardé comme ayant pour effet d'étendre les parties actuellement urbanisées de la commune de Tavel. Si la commune requérante soutient, par ailleurs, que la parcelle en cause serait rattachée à un secteur agricole à préserver sur la carte de synthèse du projet d'aménagement et de développement durables de son futur plan local d'urbanisme, présentée au conseil municipal le 21 décembre 2020, la circonstance ainsi invoquée est sans incidence sur l'appréciation de la situation du projet au regard des dispositions précitées de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme, alors au surplus que cette carte de synthèse établie postérieurement à l'arrêté en litige ne permet pas d'identifier précisément les parcelles.
6. Il résulte de ce qui vient d'être exposé que l'avis conforme défavorable émis par le préfet du Gard le 23 janvier 2020 sur la demande de permis de construire de M. et Mme A B procédait d'une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme. Par voie de conséquence, le maire de Tavel n'a pu légalement, par son arrêté du 11 février 2020, rejeter la demande de permis de construire en se fondant sur cet avis.
7. Il résulte de ce qui précède que la commune de Tavel n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nîmes a annulé l'arrêté du 11 février 2020 et la décision implicite rejetant le recours gracieux des intimés, a enjoint à son maire de réexaminer la demande de permis de construire et a mis à sa charge une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les conclusions en injonction présentées par l'intimé :
8. Le présent arrêt rejette la requête d'appel de la commune de Tavel et n'implique pas nécessairement qu'il soit fait droit à la demande d'injonction présentée par les intimés alors que, par le jugement litigieux, le tribunal administratif a déjà enjoint au maire de Tavel de procéder au réexamen de leur demande de permis de construire dans un délai de trois mois.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A B, lequel n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Tavel au titre des frais non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune requérante une somme de 1 500 euros à verser à M. et Mme A B à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la commune de Tavel est rejetée.
Article 2 : La commune de Tavel versera une somme de 1 500 euros à M. et Mme A B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de M. et Mme A B est rejeté.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à la commune de Tavel et à M. et Mme C et D A B.
Copie en sera adressée au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Chabert, président,
M. Haïli, président assesseur,
M. Jazeron, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.
Le rapporteur,
F. JazeronLe président,
D. Chabert
La greffière,
N. Baali
La République mande et ordonne au préfet du Gard, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026