jeudi 29 septembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-22TL21389 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | DIALEKTIK AVOCATS AARPI |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Toulouse, d'une part, d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, et d'autre part, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation.
Par un jugement n° 2106392 du 23 décembre 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée au greffe de la cour le 16 juin 2022 sous le numéro 22TL21389, M. B, représenté par Me Soulas, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 23 décembre 2021 ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 11 octobre 2021 ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision n'est pas suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- son droit d'être entendu, garanti par le principe général de l'Union européenne et l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;
- la mesure d'éloignement prononcée à son encontre a été prise en violation des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de son état de santé ;
- elle porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- en raison des conséquences d'une gravité exceptionnelle de cette décision sur sa situation, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. B, de nationalité algérienne né en 1995, est entré en France au mois d'octobre 2020 et a sollicité le statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 15 mars 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée le 23 juillet suivant par la Cour nationale du droit d'asile. a été rejeté le 19 juillet suivant. Le requérant demande l'annulation du jugement du 23 décembre 2021 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l'arrêté n° 2021-31-1591 du 11 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a obligé à quitter le territoire français M. B vise les textes dont il a été fait application, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment le 4° de l'article L. 611-1 de ce code qui constitue la base légale de la mesure d'éloignement. L'autorité administrative a fait état de la situation administrative et personnelle en France de M. B après le rejet de sa demande d'asile. Par suite, cette décision est suffisamment motivée en droit et en fait et le moyen tiré du non-respect de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui impose cette motivation et des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue sur la décision en cause. Dans l'hypothèse prévue au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié a été définitivement refusée à l'étranger, la mesure prise découle nécessairement du rejet de sa demande d'asile. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande d'asile.
5. M. B a présenté sa demande d'asile après être entré en France le 1er octobre 2020 et disposait de la faculté de présenter toutes les observations utiles durant la phase d'instruction de sa demande. Ainsi qu'il vient d'être exposé, l'autorité administrative, qui s'est prononcée après le rejet de sa demande d'asile, n'avait pas à inviter l'intéressé à présenter des observations de façon spécifique sur la mesure d'éloignement envisagée à son encontre. Alors que M. B n'apporte en cause d'appel aucun élément de droit ou de fait nouveau par rapport à sa demande, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'il se serait trouvé dans l'impossibilité de communiquer à l'autorité préfectorale des informations relatives à son état de santé avant l'édiction de l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
7. M. B reprend en appel le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français au regard des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de son état de santé. Il n'apporte toutefois aucun élément nouveau de fait ou de droit de nature à remettre en cause le bien-fondé du jugement attaqué sur ce point. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Le requérant est entré récemment en France à l'âge de 25 ans après avoir vécu habituellement dans son pays d'origine. Il se trouve célibataire et sans charge de famille sur le territoire national. Alors qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches en Algérie, la seule circonstance tenant à l'existence d'un suivi médical régulier depuis le mois de mars 2021 ne suffit pas à faire regarder la mesure d'éloignement comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
10. En dernier lieu, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'obligation faite à M. B de quitter le territoire français aurait sur sa situation personnelle et notamment son état de santé, des conséquences d'une gravité exceptionnelle. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la mesure d'éloignement sur ce point doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, dès lors que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entaché des illégalités alléguées, M. B n'est pas fondé à s'en prévaloir par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
12. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
13. M. B fait état de risques actuels et personnels en cas de retour dans son pays d'origine en raison de sa qualité de militant au sein d'un mouvement de contestation pacifique en Algérie. Si l'intéressé expose dans sa requête avoir été dans l'impossibilité d'exposer oralement devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides les faits auxquels il a été confronté, il se borne à renvoyer aux pièces produites en première instance et à faire état de faits dénoncés par des organisations non gouvernementales visant le mouvement de contestation pacifique Hirak en Algérie. Ces éléments ne permettent pas d'établir l'existence de risques actuels, réels et personnels en cas de retour de M. B dans son pays d'origine. Par suite le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Stéphane Soulas et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 29 septembre 2022.
Le président de la 4ème chambre,
D. Chabert
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026