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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL21669

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL21669

mardi 9 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL21669
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET MOUNIELOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 14 février 2019 par lequel le maire de Landorthe a refusé de lui délivrer un permis de construire ainsi que la décision tacite rejetant le recours gracieux formé contre ce refus.

Par un jugement n° 1903026 du 20 juin 2022, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 25 juillet 2022 et le 24 mai 2023, M. B, représenté par Me Larrieu, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du maire de Landorthe du 14 février 2019 et la décision tacite rejetant son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre au maire de Landorthe ou, à défaut, à l'Etat, de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Landorthe et de l'Etat une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête d'appel est recevable ;

- il produit la copie de sa demande de première instance afin qu'aucun des moyens soulevés devant le tribunal administratif ne soit réputé abandonné ;

- le jugement du tribunal n'est pas suffisamment motivé et comporte plusieurs erreurs de droit en ce qui concerne la situation du terrain dans les parties urbanisées de la commune, l'extension de l'urbanisation qu'engendre le projet et le retrait du terrain par rapport à la voie ;

- l'avis conforme défavorable de la sous-préfète de Saint-Gaudens du 12 décembre 2018 ainsi que l'arrêté de refus de permis de construire sont entachés d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 111-3 à L. 111-5 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2023, la commune de Landorthe, représentée par la SCP Mouniélou, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de l'appelant n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2023, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par l'appelant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de M. Chabert, président,

- les conclusions de Mme Meunier-Garner, rapporteure publique,

- et les observations de Me Larrieu, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a déposé le 5 novembre 2018 auprès des services de la commune de Landorthe (Haute-Garonne) une demande de permis de construire pour la réalisation d'une maison individuelle sur un terrain situé au lieu-dit " Raynaud ". Par un arrêté du 14 février 2019, le maire de Landorthe a refusé de faire droit à cette demande. Par la présente requête, M. B relève appel du jugement du 20 juin 2022 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté et de la décision tacite rejetant le recours gracieux formé contre ce refus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la régularité du jugement :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés. ".

3. Il ressort des termes du jugement attaqué que les premiers juges ont cité aux points 5 et 6 les dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme ainsi que les conditions dans lesquelles doit être appréciée la notion de " parties urbanisées de la commune " au sens et pour l'application de ces dispositions. Ils ont ensuite précisé au point 7 les raisons pour lesquelles la parcelle formant le terrain d'assiette du projet de M. B ne peut être regardée comme étant située dans les parties urbanisées de la commune de Landorthe. Dans ces conditions, alors même que ne sont pas indiquées les raisons pour lesquelles le tribunal a estimé que le projet en litige aura pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, le jugement est suffisamment motivé.

4. En second lieu, M. B fait grief aux premiers juges d'avoir commis des erreurs de fait et de droit dans l'appréciation de la situation de son terrain au regard des parties urbanisées de la commune de Landorthe et de l'extension de l'urbanisation que représente son projet. Toutefois, ces moyens ne se rapportent pas à la régularité du jugement attaqué mais relèvent du contrôle du juge de cassation et non du contrôle du juge d'appel, auquel il appartient seulement, dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel, de se prononcer sur la légalité de l'arrêté en litige.

En ce qui concerne le bien-fondé du jugement :

5. Aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ". L'article L. 422-5 du même code dispose que : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu () ".

6. L'article L. 111-3 du code de l'urbanisme interdit en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées en dehors des parties urbanisées de la commune, c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il s'ensuit qu'en dehors des cas où elles relèvent des exceptions limitativement prévues à l'article L. 111-4, les constructions ne peuvent être autorisées lorsque leur réalisation a pour effet d'étendre la partie urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est notamment tenu compte de la géographie des lieux, de la desserte par des voies d'accès, de la proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune, du nombre et de la densité des constructions projetées, du sens du développement de l'urbanisation, ainsi que de l'existence de coupures d'urbanisation, qu'elles soient naturelles ou artificielles.

7. Si, lorsque la délivrance d'une autorisation administrative est subordonnée à l'accord préalable d'une autre autorité, le refus d'un tel accord, qui s'impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, ne constitue pas une décision susceptible de recours, des moyens tirés de sa régularité et de son bien-fondé peuvent, quel que soit le sens de la décision prise par l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, être invoqués devant le juge saisi de cette décision.

8. Il est constant que le territoire de la commune de Landorthe n'est plus couvert par un document local d'urbanisme en raison de la caducité du plan d'occupation des sols communal. Pour l'instruction de la demande de permis de construire déposée par M. B, le maire de Landorthe a saisi pour avis conforme le représentant de l'Etat dans le département de la Haute-Garonne en application de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme. En réponse à cette saisine, la sous-préfète de Saint-Gaudens a émis, le 12 décembre 2018, un avis défavorable à la délivrance du permis de construire sollicité.

9. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le maire de Landorthe a joint à l'arrêté opposant un refus à la demande de permis de construire présentée par M. B l'avis de la sous-préfète de Saint-Gaudens émis le 12 décembre 2018 mentionné au point précédent. Cet avis indique qu'il a été rendu sur le fondement des articles L. 111-3 et L. 422-5 du code de l'urbanisme et précise que le projet se situe dans un secteur de la commune à l'urbanisation éparse où les constructions ne sont pas autorisées en application de la règle de constructibilité limitée. En ajoutant que le projet ne peut être considéré comme situé au sein des parties actuellement urbanisées, la sous-préfète de Saint-Gaudens a suffisamment motivé en droit et en fait cet avis défavorable conforme.

10. En deuxième lieu, le projet de l'appelant prévoit la réalisation d'une maison individuelle d'une surface de plancher de 102 m² sur une parcelle cadastrée section ZM n° 32 d'une superficie de 6 051 m². Si l'implantation de la construction projetée sur ce terrain est prévue à proximité de trois parcelles déjà bâties, il ressort des pièces du dossier que le projet se situe au sud de la route départementale n° 92 au lieu-dit " Raynaud " qui ne comporte qu'un faible nombre de constructions sur de vastes terrains. Contrairement à ce que soutient l'appelant, le projet ne peut être regardé comme étant intégré au hameau de " La Serre " qui se situe de l'autre côté de la route départementale n° 92. Dans ces conditions alors même qu'est prévue la réalisation d'une seule construction d'une surface de plancher d'environ 100 m² ainsi qu'il vient d'être dit, en raison de la localisation du projet au lieu-dit " Raynaud " dans un secteur de la commune ne comportant pas un nombre et une densité significatifs de constructions, la sous-préfète de Saint-Gaudens n'a pas commis d'erreur de fait et n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 111-3 précité du code de l'urbanisme en estimant que le terrain ne pouvait pas être regardé comme situé dans les parties urbanisées de la commune de Landorthe.

11. En troisième lieu, il résulte de ce qui vient d'être exposé que l'avis défavorable conforme émis par la sous-préfète de Saint-Gaudens n'étant pas entaché d'illégalité, le maire de Landorthe se trouvait en situation de compétence liée pour refuser de délivrer le permis de construire sollicité par M. B. Il s'ensuit que le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté du 14 février 2019 portant refus de permis de construire doit être écarté comme inopérant.

12. En dernier lieu, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le maire de Landorthe, qui se trouvait en situation de compétence liée pour refuser de délivrer un permis de construire à M. B, aurait agi dans un but étranger à l'application des règles d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir dont serait entaché l'arrêté en litige ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent arrêt, qui rejette l'appel formé par M. B, n'implique aucune mesure d'exécution au sens des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat et de la commune de Landorthe, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, une somme quelconque au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'appelant la somme demandée par la commune de Landorthe sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Landorthe sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B, à la commune de Landorthe et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024 où siégeaient :

- M. Chabert, président de chambre,

- M. Haïli, président assesseur,

- M. Jazeron, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

D. Chabert

Le président assesseur,

X. HaïliLa greffière,

N. Baali

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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