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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL21670

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL21670

lundi 4 septembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL21670
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Toulouse, premièrement, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, deuxièmement, d'annuler l'arrêté en date du 12 avril 2022 par lequel la préfète de Tarn-et-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an, troisièmement, d'enjoindre à la préfète de Tarn-et-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, et, enfin, de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi qu'une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi de 1991 sur l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1.

Par un jugement n° 2202417 du 24 juin 2022, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 25 juillet 2022 sous le n° 22TL21670 et une pièce complémentaire enregistrée le 31 mai 2023, Mme A, représentée par Me Ducos-Mortreuil, demande à la cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Toulouse en date du 24 juin 2022 ;

3°) d'annuler l'arrêté de la préfète de Tarn-et-Garonne du 12 avril 2022 ;

4°) d'enjoindre à la préfète de Tarn-et-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'arrêt à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi qu'une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi de 1991 sur l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ainsi que des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est privée de base légale ;

- elle porte atteinte à son droit de ne pas être soumise à des traitements inhumains et dégradants, tel que protégé par l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme A par une décision du 10 mai 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme A, ressortissante nigériane née le 1er janvier 1970, est entrée en France, selon ses déclarations, le 13 octobre 2019 afin d'y solliciter l'asile. La Cour nationale du droit d'asile a définitivement rejeté sa demande d'asile par une décision en date du 12 novembre 2021 et, par un arrêté du 12 avril 2022, la préfète de Tarn-et-Garonne l'a obligée à quitter le territoire national dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un jugement du 24 juin 2022 dont Mme A relève appel, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant notamment à l'annulation de ces décisions.

En ce qui concerne la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

4. Dans la mesure où Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 2023, ses conclusions tendant à l'octroi de cette aide à titre provisoire sont privées d'objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

5. Mme A reprend en appel Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen particulier et de la méconnaissance du droit au respect de la vie privée et familiale, sans les assortir d'aucun élément ni critique utile des motifs du jugement attaqué. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs pertinents retenus par le premier juge aux points 4,5 et 9 du jugement.

6. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A bénéficie d'un suivi psychiatrique en raison d'un état d'anxiété majeur et d'un syndrome dépressif à tendance auto-agressive, dont le traitement nécessite une association médicamenteuse composée d'antidépresseurs, d'antipsychotiques, d'anxiolytiques et d'hypnotiques. La requérante soutient que cette prise en charge ne pourra être poursuivie en cas de retour au Nigéria, étant dans l'impossibilité d'y bénéficier d'un suivi psychiatrique et d'un traitement médicamenteux adaptés. A cet égard, elle a produit le 31 mars 2023 un certificat daté du 18 novembre 2022 établi par un médecin psychiatre du centre hospitalier de Montauban, dont les conclusions sont identiques à celles du certificat établi par le même médecin le 4 mai 2022, produit en première instance, et s'appuie sur les rapports établis par des organisations non-gouvernementales alertant sur les disparités géographiques et les limites du système de santé nigérian. Ces pièces, même si le certificat médical précise que l'état psychique contre indique un retour au Nigéria, n'établissent toutefois pas l'impossibilité pour Mme A de poursuivre son traitement actuel, celui-ci n'étant au demeurant pas spécifié, ni la nécessité de le poursuivre en France. D'autre part, si Mme A dénonce l'absence d'accès effectif à des antipsychotiques et hypnotiques au Nigéria, elle n'accompagne cette allégation d'aucune pièce, alors que la note d'information du Home Office britannique produite par l'administration devant le tribunal atteste au contraire " qu'il n'existe pas de forme de pathologie psychiatrique qui ne puisse bénéficier de traitement au Nigéria ". Dans ces conditions, l'appelante ne justifie pas de l'impossibilité pour elle de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Le moyen tiré de l'erreur de droit dans l'application des dispositions précitées doit, par suite, être écarté. Eu égard à ce qui vient d'être exposé le préfet n'a pas non plus commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation de l'intéressée.

En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français et fixant le pays de renvoi :

8. Mme A se borne, en appel, à réitérer, sous une forme identique et sans critique du jugement, les moyens soulevés en première instance de l'insuffisance de motivation, du défaut de base légale, de l'erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales auxquels le premier juge a suffisamment et pertinemment répondu. Par suite, il y a lieu d'écarter l'ensemble de ces moyens par adoptions des motifs du jugement.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de Tarn-et-Garonne.

Fait à Toulouse, le 4 septembre 2023.

Le président,

J-F. MOUTTE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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