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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL21672

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL21672

lundi 6 mars 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL21672
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCAMBON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Toulouse, premièrement, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, deuxièmement, d'annuler l'arrêté du 24 mars 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, troisièmement, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation temporaire de séjour lui permettant de rester en France le temps nécessaire à la défense de ses droits et intérêts, et, enfin, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 2202057 du 17 juin 2022, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 25 juillet 2022 sous le n° 2221672, M. A, représenté par Me Cambon, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 17 juin 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation temporaire de séjour lui permettant de rester en France le temps nécessaire à la défense de ses droits et intérêts ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 1 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles méconnaissent l'exigence de motivation imposée par l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît la procédure contradictoire en violation des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle a méconnu son droit d'être entendu tiré des principes généraux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation dès lors que le préfet n'a pas envisagé si la mesure est de nature à comporter pour sa situation des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

- pour les mêmes raisons, elle porte atteinte à son droit à la sûreté tel que protégé par la Constitution française et l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à son droit à un procès équitable tel que protégé par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à son droit à la vie tel que protégé par l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des

droits de l'homme et des libertés fondamentales, à son droit à un recours effectif tel que

protégé par l'article 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et

des libertés fondamentales et à son droit de ne pas être victime d'une

discrimination tel que protégé par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des

droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été décidée ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur de droit et dépourvue de base légale en raison d'un défaut d'examen de sa situation car le préfet s'est cru à tort dans un cas de compétence liée ;

- elle a méconnu son droit d'être entendu tiré des principes généraux de l'Union européenne ;

- elle est contraire à l'article 24 de la loi n° 2000/321 du 12 avril 2000 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut d'examen en méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet ne peut prendre la décision fixant le pays de renvoi au vu de sa seule nationalité sans procéder à un examen de la réalité des risques encourus.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 9 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () / Les présidents des cours administratives d'appel, () peuvent, (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant nigérian né en 1984, déclarant être entré sur le territoire français le 13 octobre 2019, a formé une demande d'asile le 15 octobre 2019. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 27 avril 2021, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 27 octobre 2021. Par un arrêté en date du 24 mars 2022, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi. Par un jugement du 17 juin 2022 dont M. A relève appel, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant notamment à l'annulation de ces décisions.

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. L'arrêté attaqué comporte les éléments de fait et de droit qui constituent son fondement. En effet, le préfet a visé notamment les articles L. 612-1, L. 541-1 et L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a mentionné les éléments propres à la situation personnelle de l'intéressé comme son identité, sa date d'entrée en France, le fait que l'ensemble de sa famille réside au Nigéria et qu'il ne fasse état d'aucune attache ancienne et stable sur le territoire français. Dans ces conditions, l'autorité préfectorale, qui n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments propres à la situation du requérant, même si elle n'a pas fait mention du courrier du 14 novembre 2021 par lequel l'intéressé faisait état d'une procédure pénale en cours pour solliciter une autorisation provisoire de séjour, a suffisamment motivé son arrêté y compris s'agissant du délai de départ et du pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

4. Il résulte de la motivation évoquée au point précédent que l'administration a procédé à un examen individuel du dossier du requérant.

5. Il ressort des dispositions des chapitres III et IV du Titre I du Livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, imposant de façon générale le respect d'une procédure contradictoire en préalable aux décisions individuelles soumises à l'exigence de motivation, ne peut être utilement invoqué à l'encontre d'une telle mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 122-1 dudit code doit être écarté.

6. Il appartient à l'autorité préfectorale comme à toute administration de faire application du droit de l'Union européenne et d'en appliquer les principes généraux, dont celui du droit à une bonne administration. Parmi ces principes, figure celui du droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Ce droit implique seulement que, une fois informé de ce qu'une décision est susceptible d'être prise à son encontre, l'intéressé soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales.

7. Contrairement à ce que soutient M. A, le préfet n'était pas tenu de l'inviter à se présenter en préfecture ni à produire d'autres pièces que celles déjà versées lors de sa procédure de demande d'asile. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de faire valoir tout nouvel élément avant que ne soit édicté l'arrêté contesté, alors d'ailleurs qu'il a spontanément transmis au préfet le 15 novembre 2021 un courrier demandant son admission provisoire au séjour en raison de circonstances exceptionnelles. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit être écarté.

8. M. A soutient que la mesure d'éloignement emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité, dès lors que sa qualité de partie civile à une procédure pénale en cours auprès du tribunal judiciaire de Toulouse rend son maintien, même temporaire, sur le territoire français indispensable. Il est constant que le requérant a été victime d'une agression à l'arme blanche le 1er avril 2020, s'est constitué comme partie civile suite à sa plainte déposée le 7 avril 2020 et a été convoqué et entendu par le tribunal judiciaire de Toulouse les 14 avril 2021 et 19 mai 2021. Toutefois, s'il produit en appel une ordonnance de mise en accusation du tribunal judiciaire de Toulouse en date du 6 janvier 2023 et allègue, sans l'établir, ne pas pouvoir être en mesure financièrement de revenir en France pour les besoins de la procédure pénale, il ne fait état d'aucune nouvelle convocation à venir qui requerrait sa présence, alors que ladite ordonnance a pour effet de clore la procédure d'instruction et de renvoyer l'affaire devant la cour d'assises de la Haute-Garonne. Par suite, la décision l'obligeant à quitter le territoire n'a pas pour effet de le priver de son droit à poursuivre cette procédure judiciaire et d'y défendre ses intérêts, dès lors qu'il peut demander un visa d'entrée en France dans l'éventualité où il serait invité à témoigner lors du procès à venir et se faire représenter par un avocat.

9. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de ce que la mesure d'éloignement porte atteinte à son droit à la sûreté constitutionnellement protégé, à son droit au procès équitable tel que protégé par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à son droit à la vie tel que protégé par l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à son droit à un recours effectif tel que protégé par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et à son droit de ne pas être victime de discrimination tel que protégé par l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

10. M. A reprend, en appel, sans l'assortir d'élément nouveau ni de critique utile du jugement, le moyen tiré de ce que la décision méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales auquel le premier juge a suffisamment et pertinemment répondu. Dès lors, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus au point 10 du jugement attaqué.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant, ni qu'il se serait cru en situation de compétence liée pour prendre sa décision.

12. M. A reprend, en appel, sans l'assortir d'élément nouveau ni de critique utile du jugement, le moyen tiré de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation auquel le premier juge a suffisamment et pertinemment répondu. Dès lors, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus au point 17 du jugement attaqué.

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent arrêt, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

14. Enfin, M. A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, abrogées par l'article 6 de l'ordonnance du 23 octobre 2015 relative aux dispositions législatives du code des relations entre le public et l'administration.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

15. M. A reprend en appel ses moyens de première instance tirés de la violation par la décision fixant le pays de renvoi des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile renvoyant aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne développe toutefois au soutien de ces moyens aucun argument de droit ou de fait pertinent de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par les premiers juges.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 6 mars 2023.

Le président,

J-F. Moutte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

N°22TL2167

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