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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL21845

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL21845

mardi 17 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL21845
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A et M. D A ont demandé au tribunal administratif de Nîmes d'annuler les arrêtés du 9 août 2021 par lesquels la préfète du Gard a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2103660-2103666 du 8 mars 2022, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

I.- Par une requête, enregistrée le 22 août 2022, Mme A, représentée par Me Ezzaïtab, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Nîmes du 8 mars 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté préfectoral du 9 août 2021 ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Gard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'arrêt à intervenir et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- en ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour, elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle se borne à viser l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît les stipulations du 5° et du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien dès lors qu'en tant qu'accompagnant d'un enfant dont l'état de santé impose sa présence en France, elle remplit les conditions pour obtenir la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence d'un an ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle est privée de base légale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2023, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

II.- Par une requête n° 2301224, enregistrée le 25 mai 2023, M. A, représenté par Me Ezzaïtab, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Nîmes du 8 mars 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté préfectoral du 9 août 2021 ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Gard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'arrêt à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- en ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour, elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle se borne à viser l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît les stipulations du 5° et du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien dès lors qu'en tant qu'accompagnant d'un enfant dont l'état de santé impose sa présence en France, elle remplit les conditions pour obtenir la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence d'un an ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle est privée de base légale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2023, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête qui est tardive, est irrecevable et qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Par une décision du 13 juillet 2022, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Toulouse a accordé à M. et Mme A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant du 20 novembre 1989 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Karine Beltrami, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A, ressortissants algériens, sont entrés en France muni d'un visa Schengen de court séjour, valable du 29 janvier au 27 juillet 2018. Le 23 novembre 2020, ils ont sollicité leur admission au séjour en qualité d'accompagnant de leur enfant malade, né le19 avril 2020. Par des arrêtés du 9 août 2021 pris sur réexamen, la préfète du Gard a rejeté leur demande de délivrance d'un titre de séjour et leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le tribunal administratif de Montpellier a, par un jugement du 8 mars 2022, rejeté leur demande. M. et Mme A relèvent respectivement appel de ce jugement par les requêtes n° 22TL21845 et n° 23TL01224.

2. Les deux requêtes précitées présentent à juger des questions similaires. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un même arrêt.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré du défaut de motivation par adoption de motifs retenus à bon droit par le tribunal.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article, ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, par un avis du 3 août 2021, a estimé que l'état de santé du fils cadet de M. et Mme A, né le 19 avril 2020, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner pour l'intéressé des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé algérien, il pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

6. Pour contredire l'avis du collège des médecins concernant la disponibilité d'un traitement approprié à la pathologie de leur fils, les appelants produisent des certificats médicaux qui sont postérieurs à l'arrêté attaqué et présentent un caractère insuffisamment circonstancié. En effet, les affirmations du 17 septembre 2021 et du 1er septembre 2021 du Dr C selon lesquelles " les soins spécialisés ne peuvent être réalisés de façon optimale dans le pays d'origine " et " le traitement ne peut être réalisé dans le pays d'origine " ne sont accompagnées d'aucun élément précis et documenté de nature à établir son caractère probant. Quant aux autres certificats médicaux produits, ils ne se prononcent pas sur la disponibilité des soins adaptés dans le pays d'origine. Dans ces conditions, par les pièces produites, M. et Mme A ne parviennent pas à utilement contredire l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, en refusant aux intéressés la délivrance d'un certificat de résidence en qualité d'accompagnant d'un enfant malade, la préfète du Gard n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

7. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur un fondement particulier, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur un autre fondement.

8. Il ressort des décisions attaquées que la préfète, ainsi qu'il lui était loisible de le faire, s'est bornée à examiner la demande de titre de séjour de M. et Mme A tendant à la délivrance d'un certificat de résidence en qualité d'accompagnant de leur enfant malade. Par suite, le moyen selon lequel la préfète aurait méconnu les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien en refusant de leur délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", qui repose sur un autre fondement que celui de leur demande, ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième lieu, M. et Mme A reprennent en appel les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation. En l'absence de critique utile du jugement attaqué sur ces points, ces moyens peuvent être écartés par adoption des motifs pertinemment retenus par les premiers juges.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. Si M. et Mme A soutiennent qu'ils ne peuvent rentrer en Algérie en raison de l'indisponibilité de traitements appropriés à la maladie de leur fils, cette circonstance est toutefois sans influence sur la légalité des décisions portant refus de séjour, qui ne leur impose pas de retourner dans leur pays d'origine. De plus, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent arrêt, les appelants n'établissent pas que leur fils ne peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa pathologie dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui est inopérant et infondé, ne peut qu'être écarté.

12. En sixième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

13. Les décisions de refus de titre de séjour attaquées n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer les appelants de leurs enfants. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus d'un titre de séjour, le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français seraient dépourvues de base légale, doit être écarté.

15. En deuxième lieu, pour les motifs exposés au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peut qu'être écarté.

16. En troisième et dernier lieu, pour les motifs exposés au point 11, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale qui n'est pas fondé, ne peut qu'être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté leur demande d'annulation des arrêtés préfectoraux du 9 août 2021. Dès lors, leurs requêtes doivent être rejetées et il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter leurs conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE:

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B A, à M. D A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Rey-Bèthbéder, président,

M. Bentolila, président-assesseur,

Mme Beltrami, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La rapporteure,

K. Beltrami

Le président,

É. Rey-Bèthbéder

La greffière,

C. Lanoux

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 ; 23TL01224

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