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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL22009

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL22009

mardi 24 janvier 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL22009
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2021 par lequel la préfète de la Corrèze l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2107523 du 11 mars 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2022, Mme A, représentée par Me Ducos-Mortreuil, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté de la préfète de la Corrèze du 17 décembre 2021 ;

3°) d'ordonner à la préfète de la Corrèze de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée en fait et en droit ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux ;

- la décision emporte sur sa situation des conséquences d'une gravité exceptionnelle et se trouve ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée en fait et sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux ;

- la décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme A, de nationalité béninoise née le 18 novembre 1998, est entrée en France selon ses déclarations le 9 juin 2018, sous couvert d'un visa de court séjour. Par un arrêté du 17 décembre 2021, la préfète de la Corrèze l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente requête, Mme A fait appel du jugement n° 2107523 du 11 mars 2022 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté la demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur l'ensemble des décisions attaquées :

3. L'arrêté pris à l'encontre de Mme A portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination vise les textes dont il a été fait application, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La préfète de la Corrèze a précisé les éléments de fait propres à la situation personnelle et familiale en France de l'intéressée, notamment sa date d'entrée en France sous couvert d'un visa court séjour, son maintien irrégulier sur le territoire à l'expiration de ce dernier ainsi que sa séparation avec son conjoint. Contrairement à ce que soutient l'appelante, cet arrêté fait état de sa qualité de mère d'une enfant mineure de trois ans et précise qu'elle n'a pu justifier être enceinte. La préfète a mentionné également qu'elle n'établissait pas être exposée à des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, l'arrêté en litige, pris en toutes ses décisions, est suffisamment motivé en droit et en fait. Cette motivation révèle également que la situation personnelle et familiale de Mme A a fait l'objet d'un examen réel et sérieux.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger () n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".

5. Mme A fait valoir en cause d'appel qu'elle est entrée régulièrement en France le 9 juin 2018 munie d'un visa court séjour, afin d'y suivre une formation et de voir son conjoint, ressortissant béninois en situation régulière en France, qu'elle a épousé le 29 décembre 2017. Toutefois, il ressort des pièces du dossier la communauté de vie entre les époux a cessé depuis le mois de septembre 2021. Si l'appelante se prévaut de ce que deux enfants sont nés en France de cette union, la seconde naissance, établie au 3 mars 2022, est postérieure à l'arrêté attaqué et, par suite, sans incidence sur sa légalité. Par ailleurs, si Mme A indique que son premier enfant né en 2019 continue d'entretenir des liens importants avec son père, l'appelante précise que compte-tenu des relations extrêmement tendues avec son époux, ce dernier refuse de lui communiquer les justificatifs qu'elle sollicite à l'appui de sa requête. Ainsi, en se bornant à indiquer que ce dernier rend visite régulièrement à ses enfants et contribue financièrement à leur entretien, en produisant uniquement à l'appui de ces allégations une attestation d'assurance scolaire au nom de son époux dont elle est séparée ainsi qu'une attestation de paiement au titre de la pension alimentaire établie par l'appelante, Mme A n'établit pas la réalité de ses allégations. Par ailleurs, si l'intéressée fait état de ce qu'elle va saisir le juge aux affaires familiales afin de fixer les conditions de visite et de contribution du père de ses enfants, cet élément n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Enfin, Mme A ne justifie pas être dénuée d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de Mme A.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

7. Mme A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants, notamment celui de sa fille aînée qui est née en France, y a toujours vécu avec ses deux parents et qui doit continuer d'y résider auprès de son père qui lui rend visite régulièrement. Pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés au point 5, il n'est pas établi que l'enfant aurait conservé des liens réguliers avec son père, ni que ce dernier contribuerait à son entretien et son éducation. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dirigé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. La décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours n'étant pas illégale, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par Mme A sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Saskia Ducos-Mortreuil et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Corrèze.

Fait à Toulouse, le 24 janvier 2023.

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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