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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL22018

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL22018

jeudi 7 septembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL22018
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSERGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2021 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2106545 du 15 mars 2022, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2022, M. A, représenté par Me Sergent, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2021 ;

3°) d'enjoindre, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxes en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé d'un examen de sa situation personnelle ;

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- le tribunal a, sur ces points, entaché son jugement d'erreurs de droit et d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 4 janvier 2023, le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. D B pour statuer par ordonnance sur les requêtes d'appel en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 1er janvier 2002, a été confié à l'aide sociale à l'enfance en juillet 2019. Par un jugement du 25 mai 2021, le tribunal administratif de Montpellier a, d'une part, annulé l'arrêté du 4 janvier 2021 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé son admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'autre part, enjoint au préfet de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé. Par un arrêté du 15 octobre 2021, intervenu dans ce cadre, la même autorité a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité par M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A fait appel du jugement du 15 mars 2022 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ce dernier arrêté.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel (), ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, il appartient au juge d'appel de se prononcer directement sur les moyens dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. M. A ne peut donc utilement se prévaloir, pour contester le jugement attaqué, de ce que les premiers juges auraient entaché leur jugement d'erreurs de droit et d'appréciation.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui le fondent, et notamment des éléments précis et non stéréotypés concernant la situation personnelle de M. A au regard des conditions prévues à l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Pyrénées-Orientales ne s'est pas livré à un examen particulier de l'ensemble de la situation de M. A.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Pyrénées-Orientales a méconnu l'étendue de sa compétence au regard de la situation de M. A et des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avant de prendre l'arrêté contesté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

8. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

9. Il ressort des pièces du dossier M. A, qui est arrivé en France à l'âge de 17 ans et a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, ne justifiait pas, à la date à laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales a pris l'arrêté litigieux, suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle au sens de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne justifie pas davantage, en tout état de cause, que sa situation administrative à la rentrée 2020 aurait rendu impossible un tel suivi. Au surplus, l'avis émis le 17 décembre 2019 par la structure d'accueil de M. A sur son insertion dans la société française, s'il est favorable à la demande, mentionne que les tentatives pour dynamiser son accompagnement ont été " peu fructueuses car sa posture attentiste freine son projet ". En outre, l'intéressé ne conteste pas sérieusement avoir usurpé au moins une identité, ainsi que cela ressort de la consultation du fichier automatisé des empreintes digitales et du fichier national des étrangers. Enfin, M. A ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 17 ans, et ne pas avoir conservé de liens avec sa famille. Par suite, alors même que l'intéressé a conclu un contrat à durée déterminée d'insertion à temps partiel dans le secteur du bâtiment, qu'il a suivi une formation d'apprentissage du français et un parcours d'accompagnement et qu'il n'a fait l'objet d'aucune poursuite pénale, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En sixième lieu, si M. A fait valoir qu'il n'a plus d'attache familiale dans son pays d'origine et fait état de son intégration et de son implication dans sa scolarité et sa vie professionnelle depuis son arrivée en France, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il n'est entré sur le territoire national qu'en juin 2019 à l'âge de 17 ans, après avoir passé l'essentiel de sa vie au Mali, et qu'il ne témoigne d'aucune relation personnelle ou amicale susceptible d'établir l'existence ou l'intensité de sa vie personnelle et familiale en France. Dans l'ensemble de ces circonstances, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En septième lieu, aucune des circonstances évoquées précédemment, y compris le soutien dont il fait l'objet de la part des services de l'aide sociale à l'enfance dans le cadre de contrats de jeune majeur, n'est de nature à faire regarder l'arrêté attaqué comme entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A, qui est manifestement dépourvue de fondement, doit être rejetée par application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Chloé Sergent et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Orientales.

Fait à Toulouse, le 7 septembre 2023.

Le président assesseur de la 1ère chambre,

N. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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