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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL22085

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL22085

mardi 27 juin 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL22085
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantTERCERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D E C a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, et d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui accorder un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois et de lui accorder une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement.

Par un jugement n° 2106831 du 30 novembre 2021, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a renvoyé l'examen des conclusions de la requête de M. E C tendant à l'annulation de la décision portant refus d'admission au séjour devant une formation collégiale et rejeté le surplus de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée au greffe de la cour administrative d'appel de Toulouse le 7 octobre 2022, M. D E C, représenté par Me Tercero, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 22 novembre 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et d'ordonner le réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de l'arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de délai de départ volontaire est entachée d'erreur de droit en raison d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il justifie de circonstances particulières visées par l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de délai de départ volontaire ;

- le jugement ne tient pas compte de l'argumentation qu'il a développée et ne répond pas suffisamment sur le défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, interdiction de retour et assignation à résidence sont entachées d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour : le préfet a entaché sa décision d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation sur les conditions d'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

M. E C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision du 20 septembre 2022 par laquelle le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné Mme A B pour statuer par ordonnance sur les requêtes d'appel en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. E C, ressortissant tchadien né le 12 août 1989 à N'Djamena (Tchad), est entré sur le territoire français le 19 mai 2014 muni d'un visa de court séjour. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 22 juillet 2016. Par un arrêté du 13 septembre 2016, le préfet de Tarn-et-Garonne a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Le 20 septembre 2016, l'intéressé a sollicité un titre de séjour eu égard à son état de santé. Par arrêté du 9 décembre 2016, le préfet de Tarn-et-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'a obligé à nouveau à quitter le territoire national. Le 15 mai 2018, M. E C a sollicité son admission au séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 30 juillet 2018, le préfet de la Vendée a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de retour sur le territoire national pour une durée d'un an. L'intéressé a en outre sollicité à deux reprises le réexamen de sa demande d'asile en 2017 et 2019, mais s'est vu opposer de nouvelles décisions de rejet. Le 3 avril 2021, M. E C a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en se prévalant notamment d'une promesse de recrutement pour un emploi d'opérateur de maintenance de batteries. Par deux arrêtés des 22 et 23 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé son admission au séjour, l'a obligé une nouvelle fois à quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, a fixé le pays de destination et l'a assigné à résidence. M. E C relève appel du jugement du 30 novembre 2021 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a renvoyé l'examen des conclusions de sa requête tendant à l'annulation de la décision portant refus d'admission au séjour devant une formation collégiale et a rejeté le surplus de sa demande.

Sur la régularité du jugement :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Il ressort des pièces du dossier que, dans le point 3 du jugement attaqué, après avoir écarté le moyen tiré de l'insuffisance de motivation dirigé contre l'ensemble des décisions attaquées, le premier juge a considéré qu'il ne ressortait ni des termes des décisions litigieuses ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle du requérant avant de prononcer l'ensemble de ces mesures. Alors que le tribunal n'a pas à se prononcer sur tous les arguments soulevés par les parties, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du jugement ne peut qu'être écarté.

Sur le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus d'admission exceptionnelle au séjour :

4. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ". Aux termes des dispositions de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

5. En premier lieu, si M. E C fait valoir qu'il dispose d'un contrat de travail visé, il ressort cependant des pièces du dossier qu'il ne disposait que d'une promesse d'embauche en date du 29 mars 2021 émanant de la société BeEnergy, laquelle est produite par le préfet de la Haute-Garonne. Il ne peut donc se prévaloir de la détention d'un contrat de travail visé au sens des dispositions de l'article L. 5221-2 du code du travail.

6. En deuxième lieu, il résulte des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Garonne n'a opposé à M. E C l'absence de détention d'un visa de long séjour qu'au titre de l'examen de la possibilité de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée la décision refusant son admission exceptionnelle au séjour doit dès lors être écarté.

7. En troisième lieu, dès lors qu'il appartient au préfet, en présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur de droit en lui opposant l'absence de qualification et d'expérience pour l'emploi d'opérateur de maintenance sur batteries qui lui a été proposé par la société BeEnergy. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui dispose de quelques mois d'expérience en qualité de préparateur de commandes, n'a aucune qualification, expérience ou certification relative à l'emploi auquel il postule, et qu'il ne dispose d'aucune attache ou insertion particulière en France. S'il se prévaut de la durée de son séjour en France, il résulte cependant de ce qui a été exposé au point 1 qu'il a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées. C'est par suite sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui octroyer une carte de séjour temporaire sur le fondement de ces dispositions.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. E C n'est pas fondé à invoquer l'exception d'illégalité de la décision refusant son admission exceptionnelle au séjour à l'appui de ses conclusions dirigées à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, la décision de refus de délai de départ volontaire, l'interdiction de retour sur le territoire national et l'assignation à résidence.

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. ".

10. M. E C ne s'étant pas conformé aux trois précédentes mesures d'éloignement prononcées à son encontre les 16 septembre 2016, 9 décembre 2016 et 30 juillet 2018, alors même que l'intéressé présente des garanties de représentation, lesquelles ne sauraient être considérées comme constituant des circonstances particulières au sens de l'article L. 612-3, le préfet était fondé à estimer qu'il existait un risque qu'il se soustraie à cette nouvelle mesure et à refuser, par suite, de lui accorder un délai de départ volontaire. Le requérant ne peut utilement invoquer la circonstance qu'aucune exécution forcée n'aurait été mise en œuvre par l'autorité administrative. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation dont serait entachée la mesure contestée doivent dès lors être écartés.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. Il résulte de ce qui vient d'être dit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour serait dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E C, qui est manifestement dépourvue de fondement, doit être rejetée par application des dispositions précédemment citées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. E C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D E C, à Me Tercero et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 27 juin 2023.

La présidente-assesseure de la 2ème chambre,

A. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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