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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL22177

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL22177

jeudi 28 mars 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL22177
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme E B a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 9 août 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2105623 du 28 septembre 2022, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2022, et deux mémoires complémentaires enregistrés le 12 octobre 2023 et le 31 octobre 2023, Mme B, représentée par Me Sadek, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2021 ;

3°) d'enjoindre, sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir, au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête n'est pas tardive ;

- le jugement attaqué est entaché d'erreurs s'agissant de son année de naissance et de la date de l'arrêté contesté ;

- le tribunal ne s'est pas prononcé sur la validité de la délégation accordée à la personne qui a signé cet arrêté ;

- le jugement, qui n'explique pas en quoi l'arrêté est suffisamment motivé et qui ne précise pas les mois pour lesquels la preuve de sa présence en France n'est pas apportée, est insuffisamment motivé ;

- la signataire de l'arrêté contesté était dépourvue de délégation régulière ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- la décision de refus de titre de séjour n'a pas été précédée d'un examen sérieux et personnalisé de sa situation ;

- le préfet aurait dû faire application des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le motif tiré de ce qu'elle n'est pas entrée en France sous couvert d'un visa de long séjour est entaché d'une erreur de fait, ne pouvait être opposé dans le cadre d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour et n'est pas prévu par les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le préfet aurait dû saisir les services du ministère du travail et appliquer l'article R. 5221-17 du code du travail ;

- la pénurie de main d'œuvre dans le secteur du nettoyage justifiait de lui accorder un titre de séjour portant la mention " salarié " ;

- elle démontre sa présence continue en France depuis 2015 ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle remplit les conditions posées par la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 ;

- elle doit être reconnue comme victime de violences conjugales ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête, qui est tardive, est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 4 janvier 2023, le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. D A pour statuer par ordonnance sur les requêtes d'appel en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, de nationalité marocaine, fait appel du jugement du 28 septembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 9 août 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel (), ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur la régularité du jugement :

3. En premier lieu, si le jugement attaqué mentionne, dans ses visas, que l'arrêté litigieux a été pris le 9 mars 2021, et non le 9 août 2021, et, à son point 1, que Mme B est née le 1er mars 1998, et non le 1er mars 1988, ces erreurs de plume sont sans incidence sur sa régularité.

4. En deuxième lieu, il résulte des motifs mêmes du jugement attaqué que le tribunal administratif de Toulouse a expressément répondu au moyen, soulevé par Mme B, tiré de ce que la signataire de l'arrêté du 9 août 2021 était dépourvue de délégation. Dès lors que l'intéressée ne se prévalait pas de l'irrégularité de la délégation de signature consentie et qu'aucun élément ne permettait de remettre en cause sa validité, le tribunal n'était en tout état de cause pas tenu de se prononcer sur ce point.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Les premiers juges ont suffisamment motivé leur jugement, en particulier leur réponse au moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté et, en indiquant que Mme B ne démontrait pas avoir résidé de manière continue sur le territoire national notamment au cours des années 2017, 2018 et 2019, au moyen selon lequel elle serait présente en France depuis 2015.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que le jugement serait entaché d'irrégularité.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

7. En premier lieu, par arrêté n° 31-2021-05-10-00001 du 10 mai 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme F C, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture, à fin de signer notamment les décisions contestées. Cette délégation ne présente pas un caractère général et était en vigueur à la date de l'arrêté en litige. Par suite et sans qu'il soit nécessaire de s'interroger sur l'absence ou l'empêchement du préfet, condition à laquelle cette délégation n'est pas subordonnée, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

8. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui le fondent et notamment des éléments précis et non stéréotypés concernant la situation personnelle et professionnelle de Mme B, est suffisamment motivé.

9. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne ne s'est pas livré à un examen particulier de l'ensemble de la situation de Mme B.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations () ". Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile constituent des dispositions spéciales régissant le traitement par l'administration des demandes de titres de séjour, en particulier les demandes incomplètes, que le préfet peut refuser d'enregistrer. Par suite, la procédure prévue à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration n'est pas applicable à ces demandes. Au surplus, le préfet de la Haute-Garonne, en constatant que les conditions de production d'un visa de long séjour et d'un contrat de travail visé par les services compétents n'étaient pas satisfaites, n'a pas rejeté la demande d'admission au séjour de Mme B au motif qu'elle aurait été incomplète. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait dû faire application de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être en tout état de cause écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui concerne la première délivrance, le retrait ou le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " délivrée à l'étranger marié avec un ressortissant français : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales () ". Mme B, qui, après avoir été titulaire d'une carte délivrée en qualité de conjoint d'un ressortissant français, ne l'était plus lorsqu'elle a présenté sa demande de titre de séjour, ne peut utilement soutenir que ces dispositions ont été méconnues par la décision en litige.

12. En troisième lieu, Mme B, qui est née le 1er mars 1988, est entrée en France le 15 août 2015 sous couvert d'un visa de type D " conjoint de français ", valable du 4 août 2015 au 4 août 2016 et valant titre de séjour. Alors qu'elle est la seule en mesure d'apporter des éléments susceptibles de confirmer sa présence sur le territoire national depuis 2015, ainsi qu'elle le prétend, Mme B ne le démontre pas en se bornant à produire, pour la période du 24 août 2017 au 12 juin 2019, une facture d'hôtel établie le 9 janvier 2018 au nom de " B ", un courrier envoyé par le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal de grande instance de Toulouse, des échanges entre le conseil de la requérante et le procureur de la République, un mandat cash envoyé le 6 juin 2018 et un compte-rendu de consultation hospitalière daté du 11 septembre 2018. Le certificat médical du 4 octobre 2023, produit avec les dernières écritures de la requérante, ne permet pas davantage d'établir sa résidence habituelle sur le territoire national depuis 2015 ou par ailleurs la nécessité de suivre un traitement en France. La circonstance, à la supposer établie par trois dépôts de plainte des 9 et 23 septembre 2015 et du 6 octobre 2015, par le diagnostic d'un état de stress post-traumatique posé à l'issue d'un premier suivi psychiatrique débuté le 25 février 2016 et par un jugement du 10 mai 2022 prononçant le divorce aux torts exclusifs de l'époux, ressortissant français, que Mme B aurait subi des violences conjugales ne permet pas, alors que le mariage avait été contracté le 12 mars 2015 et que la communauté de vie a été rompue dès le mois de septembre 2015, d'établir, à la date de l'arrêté attaqué, l'existence d'attaches en France ou la nécessité de s'y maintenir. Le refus de titre de séjour opposé à Mme B n'est d'ailleurs pas de nature à faire obstacle à la poursuite de l'action pénale engagée et à sa représentation dans le cadre de cette procédure. L'intéressée n'est en outre pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident notamment sa mère et sa fille mineure. Dans ces conditions, alors même que la requérante justifierait d'une intégration professionnelle en France, la décision portant refus de titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté attaqué : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Les éléments relatifs à la vie personnelle et familiale de Mme B tels qu'exposés au point 12, y compris les prétendues violences qu'elle aurait subies du fait de son conjoint et leurs conséquences, ne peuvent être regardés comme présentant le caractère de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires justifiant, à la date de la décision attaquée, son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur ce point doit être écarté.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France pour une durée d'un an au minimum () reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an, renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. / Après trois ans de séjour régulier en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Il résulte des stipulations de l'accord franco-marocain citées ci-dessus que celui-ci renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord. Les stipulations de l'article 3 de cet accord ne traitent que de la délivrance d'un titre de séjour pour exercer une activité salariée et cet accord ne comporte aucune stipulation relative aux conditions d'entrée sur le territoire français des ressortissants marocains. Par suite, les dispositions précitées de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui subordonnent de manière générale la délivrance de toute carte de séjour à la production par l'étranger d'un visa de long séjour, ne sont pas incompatibles avec les stipulations de cet accord. Par ailleurs, la circonstance que Mme B est entrée en France, le 15 août 2015, sous couvert d'un visa de type D valable du 4 août 2015 au 4 août 2016 portant la mention " vie privée et familiale " ne permet pas de considérer comme remplie la condition, prévue par ces dispositions, de production d'un visa de long séjour à l'appui de sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire. Dans l'ensemble de ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne a pu légalement, sans commettre d'erreur de droit ou de fait, opposer à Mme B, dans le cadre de sa demande de titre de séjour en qualité de salarié, la circonstance qu'elle ne justifiait pas d'un visa de long séjour. En outre, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Garonne ne s'est pas tenu à l'absence de visa de long séjour pour refuser à titre de régularisation la délivrance à Mme B d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par suite et en tout état de cause, elle n'est pas fondée à soutenir qu'en lui opposant cette condition dans le cadre d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour, le préfet aurait commis une erreur de droit.

15. En sixième lieu, aucune disposition législative ou règlementaire, y compris celles de l'article R. 5221-17 du code du travail, n'imposait à l'autorité préfectorale de saisir les services du ministère du travail sur la demande d'autorisation de travail produite à l'appui de la demande de titre de séjour de Mme B. Par ailleurs, si cette dernière affirme avoir présenté une demande d'autorisation de travail établie par l'employeur souhaitant l'engager, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne, qui a notamment constaté que l'intéressée ne détenait pas de visa de long séjour et considéré que la situation de cette dernière au regard de l'emploi envisagé ne justifiait pas de répondre favorablement à sa demande de régularisation, aurait méconnu les dispositions de l'article R. 5221-17 du code du travail, selon lesquelles " La décision relative à la demande d'autorisation de travail () est prise par le préfet () ".

16. En septième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié. Cependant, la seule circonstance que Mme B dispose d'une promesse d'embauche à durée indéterminée à temps complet en qualité d'agent de nettoyage dans un secteur qui connaîtrait une pénurie de main d'œuvre ne permet pas de considérer que le préfet, qui a relevé sans être sérieusement contesté que l'intéressée ne justifiait pas d'une expérience et de qualifications dans ce domaine, aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation.

17. En huitième lieu, Mme B, qui ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

18. En dernier lieu, aucune des circonstances évoquées précédemment, même prises dans leur ensemble, n'est de nature à faire regarder la décision attaquée comme entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme B.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

19. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen, dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

20. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 12, 13, 16 et 18 de la présente ordonnance, les moyens selon lesquels la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme B doivent être écartés.

21. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Haute-Garonne, que la requête de Mme B, qui est manifestement dépourvue de fondement, doit être rejetée par application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 28 mars 2024.

Le président assesseur de la 1ère chambre,

N. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°22TL22177

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