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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL22215

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL22215

lundi 22 mai 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL22215
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSARASQUETA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C D a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 24 juin 2022 par lequel la préfète de l'Aveyron a refusé de lui octroyer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'a astreint à se présenter les mardis et jeudis entre 10 heures et 12 heures au commissariat de police de Millau.

Par un jugement n° 2204008 du 26 septembre 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a annulé la décision de la préfète de l'Aveyron du 24 juin 2022 astreignant M. D à se présenter deux fois par semaine au commissariat de police de Millau pour justifier de ses diligences dans la préparation de son départ, et rejeté le surplus de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 9 novembre 2022, M. C D, représenté par Me Sarasqueta, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 24 juin 2022 de la préfète de l'Aveyron fixant le pays de renvoi ;

2°) d'annuler la décision du 24 juin 2022 de la préfète de l'Aveyron fixant le pays de renvoi ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et, dans l'hypothèse où M. D ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui allouer cette somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision fixant le pays de renvoi méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'il encourt des persécutions en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son orientation sexuelle.

M. C D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 5 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la décision du 20 septembre 2022 par laquelle le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné Mme A B pour statuer par ordonnance sur les requêtes d'appel en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant géorgien né le 19 mai 1983 à Tbilissi (URSS), de nationalité géorgienne, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 7 octobre 2021. Il a sollicité l'asile le 15 novembre suivant. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 24 décembre 2021. Le 2 février 2022, il a déposé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par une décision du 1er juin 2022, la Cour nationale du droit d'asile a confirmé le rejet de sa demande d'asile. Par un arrêté du 24 juin 2022, la préfète de l'Aveyron a refusé de lui octroyer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a obligé à se présenter aux autorités de police les mardi et jeudis entre 10 heures et 12 heures. M. D relève appel du jugement du 26 septembre 2022 du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse, en tant qu'il a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 24 juin 2022 de la préfète de l'Aveyron fixant le pays de renvoi.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

4. M. D, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile, soutient qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son orientation sexuelle. Toutefois, les éléments apportés par le requérant et les documents produits devant le tribunal ne suffisent pas à attester de la réalité des craintes alléguées en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, M. D, qui n'établit pas avoir été victime de persécutions dans son pays d'origine par la seule production d'une attestation émanant d'un membre de l'association toulousaine dénommée Jeko, en date du 29 juillet 2022, attestant avoir été contacté par le requérant en février 2021, a produit des captures d'écran de messages de menaces émanant de compatriotes qu'il a reçus sur son téléphone portable les 27 juin, 1er et 7 juillet 2022, après que ses persécuteurs aient été informés du rejet de sa demande d'asile. Ni ces éléments, ni la production du rapport de mission de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile établi en 2018, ne sont cependant de nature à démontrer la réalité et l'actualité des menaces alléguées. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le premier juge a estimé que le requérant n'apportait pas d'éléments suffisamment probants pour justifier de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, en désignant la Géorgie comme pays de renvoi, la préfète de l'Aveyron n'a pas porté atteinte au droit de M. D de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants et n'a pas méconnu les stipulations précitées. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi aurait été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D, qui est manifestement dépourvue de fondement, doit être rejetée par application des dispositions précédemment citées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D, à Me Sarasqueta et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet de l'Aveyron.

Fait à Toulouse, le 22 mai 2023.

La présidente-assesseure de la 2ème chambre,

A. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°22TL22215

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