jeudi 14 décembre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-22TL22231 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. D C a demandé au tribunal administratif de Nîmes d'annuler les décisions en date du 22 février 2022 par lesquelles le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans, d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard passé ce délai et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Par un jugement n° 2200559 du 8 mars 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nîmes a annulé l'arrêté du préfet de l'Hérault du 22 février 2022 en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et rejeté le surplus de sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 14 novembre 2022, M. D C, représenté par Me Ruffel, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement en ce qu'il a rejeté sa demande d'annulation de la décision du préfet de l'Hérault du 22 février 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 22 février 2022 en ce qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au profit de son conseil au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la mesure d'éloignement est fondée sur des faits qui n'ont pas été établis et en violation de la présomption d'innocence ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux en ce qu'il est le père d'un enfant né en France et en ce qu'il présente des garanties de représentation effective ;
- elle porte à son droit à mener une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'issue d'une procédure de regroupement familial serait vouée à l'échec eu égard aux revenus de son épouse.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par ordonnance du 23 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 novembre 2023.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné Mme A B pour statuer par ordonnance sur les requêtes d'appel en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. M. C, ressortissant turc né le 15 janvier 1997 à Saraykent (Turquie), déclare être entré en France le 14 mai 2018 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités italiennes, à la suite de son mariage avec une compatriote le 14 septembre 2017, laquelle est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 24 avril 2024. Par un arrêté du 18 septembre 2018, le préfet de L'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Son recours à l'encontre de cet arrêté a été rejeté par jugement n° 1804776 du tribunal administratif de Montpellier du 23 janvier 2019, confirmé par ordonnance du président de la 3ème chambre de la cour administrative d'appel de Marseille n°19MA00698 du 25 février 2019. Par un arrêté du 9 mars 2020, le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à la demande d'admission au séjour présentée par M. C et a assorti sa décision de l'obligation de quitter le territoire français. Son recours à l'encontre de cet arrêté a également été rejeté par jugement n°2002172 du 23 septembre 2020 du tribunal administratif de Montpellier, confirmé par arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille n°21MA00516 du 9 février 2022. Par un arrêté du 22 février 2022 pris à la suite de son interpellation par les services de police le 20 février 2022, le préfet de l'Hérault a fait obligation à M. C de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. C relève appel du jugement du 8 mars 2022 de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nîmes en tant qu'il a rejeté sa demande dirigée à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français sans délai.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; ".
4. Il ressort des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français sans délai a été prise sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant à l'autorité administrative de prononcer une telle mesure lorsque, comme en l'espèce, l'étranger s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour après l'expiration de son visa. Il est constant que l'épouse de M. C a contacté les services de police le 20 février 2022 en raison de faits de violence commis par M. C à son encontre à leur domicile. Le requérant a été placé en garde à vue pour des faits de " violences aggravées par trois circonstances " et interrogé par les services de police le même jour. S'il se prévaut de ce que son épouse a déclaré souhaiter retirer sa plainte le 21 février 2022 à 19 heures ainsi que du classement sans suite de l'infraction comme étant insuffisamment caractérisée, ces circonstances ne sont pas de nature à entacher la mesure édictée à l'encontre de M. C d'erreur de fait ni d'erreur manifeste d'appréciation, alors que, ainsi que l'a relevé le premier juge, la décision d'éloignement ne repose pas sur l'existence d'un risque à l'atteinte physique de l'épouse de l'intéressé mais sur l'irrégularité de la situation de ce dernier. Il y a lieu, pour le même motif, d'écarter le moyen tiré de la violation du principe de la présomption d'innocence.
5. En deuxième lieu, M. C reprend en appel le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation. En l'absence de critique utile du jugement attaqué sur ce point et d'éléments nouveaux produits devant la cour et susceptibles de modifier la réponse à y apporter, ce moyen doit être écarté par adoption des motifs pertinemment retenus aux points 9 et 16 du jugement.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. C a épousé en Turquie le 14 septembre 2017 Mme E, ressortissante turque titulaire d'une carte de résident. Le requérant se prévaut en outre de la naissance de leur fille en 2019, de la présence au foyer du fils de son épouse né en 2015 d'une précédente union et de la grossesse de son épouse. Toutefois, et alors qu'il relevait de la procédure de regroupement familial lors de son entrée en France et qu'il a fait l'objet de précédentes mesures d'obligation de quitter le territoire par arrêtés des 18 septembre 2018 et 9 mars 2020, M. C ne démontre pas qu'il serait dans l'impossibilité de se rendre dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de son existence et où il n'est pas dépourvu d'attaches notamment familiales, le temps nécessaire à la mise en œuvre par son épouse de la procédure de regroupement familial à son profit. Si le requérant soutient que les revenus de son épouse seraient insuffisants pour lui permettre de bénéficier du regroupement familial, le préfet dispose à cet égard d'un pouvoir d'appréciation et n'est donc pas lié par le montant des ressources du foyer. Dans ces conditions, eu égard notamment à la durée et aux conditions du séjour du requérant sur le territoire, l'autorité préfectorale n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Le préfet n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. Compte tenu notamment de la nationalité turque de M. C et de son épouse et du jeune âge de leur enfant et de celui de son épouse, et alors en outre que l'intéressé ne démontre aucune circonstance qui s'opposerait à une séparation temporaire de la famille le temps de l'examen d'une demande de regroupement familial présentée par son épouse, le préfet de l'Hérault n'a pas davantage méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants, tel que protégé par les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C, qui est manifestement dépourvue de fondement, doit être rejetée par application des dispositions précédemment citées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée pour information au préfet de l'Hérault.
Fait à Toulouse, le 14 décembre 2023.
La présidente-assesseure de la 2ème chambre,
A. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026