jeudi 16 mars 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-22TL22237 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | DIALEKTIK AVOCATS AARPI |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C B et Mme D A épouse B ont demandé au tribunal administratif de Toulouse de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, d'annuler les deux arrêtés du 19 février 2021 par lesquels le préfet de la Haute-Garonne a rejeté leurs demandes de titres de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et leur a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, d'enjoindre au préfet de leur délivrer un titre de séjour, à défaut, de procéder au réexamen de leur situation, sous astreinte de 100 euros par jours de retard, et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761- 1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Par un jugement n° 2101663-2101664 du 20 mai 2022, le tribunal administratif de Toulouse a prononcé un non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire et a rejeté le surplus des demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2022, M. B et Mme A épouse B, représentés par Me Ducos-Mortreuil, demandent à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 20 mai 2022 ;
2°) d'annuler les deux arrêtés du 19 février 2021 du préfet de la Haute-Garonne ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de leur délivrer à chacun le titre de séjour sollicité sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de leur situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à leur conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent :
En ce qui concerne les deux arrêtés, pris dans leur ensemble :
- ils sont entachés d'un défaut de motivation ;
- ils sont entachés d'un défaut d'examen réel et sérieux ;
En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour :
- elles sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles portent une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur leur situation personnelle ;
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire :
- elles sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour ;
- elles portent une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur leur situation personnelle ;
En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour pour une durée d'un an :
- elles sont illégales en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 511-1 III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles portent une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur leur situation personnelle ;
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi :
-elles sont privées de base légale compte tenu de l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour.
Par deux décisions en date du 21 octobre 2022, la présidente de la section de la cour administrative d'appel du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse a admis M. et Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Le dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. C B et son épouse, Mme D A épouse B, ressortissants albanais nés respectivement le 23 septembre 1978 et le 10 août 1988 à Fierze et Burel (Albanie), déclarent être entrés en France le 3 février 2015. Par décisions du 2 juillet 2015, l'office français de protection des réfugiés et apatrides statuant en procédure accélérée a rejeté leurs demandes d'asile, confirmées par ordonnances de la cour nationale du droit d'asile le 27 juin 2016. Le 16 octobre 2015, les époux B ont fait l'objet de deux arrêtés du préfet de la Haute-Garonne portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours auxquels ils n'ont pas déféré et dont la légalité a été confirmée, en dernier lieu, par deux arrêts de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 22 novembre 2016. Le 31 mai 2018, les époux B ont tous deux sollicité leur admission au séjour en qualité d'étranger malade. Leurs demandes ont été rejetées par arrêtés du 26 avril 2019 portant refus de séjour, assortis d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours auxquels ils n'ont pas déféré, et dont la légalité a été confirmée par jugements du tribunal administratif de Toulouse du 10 décembre 2019. Saisi le 24 juillet 2020 de nouvelles demandes d'admission exceptionnelle au séjour, le préfet de Haute-Garonne a pris à leur encontre le 19 février 2021 deux arrêtés portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. et Mme B relèvent appel du jugement du 20 mai 2022 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces deux arrêtés.
S'agissant des moyens communs aux deux arrêtés :
3. M. B et Mme A épouse B reprennent dans des termes identiques et sans critique utile du jugement, les moyens tirés de ce que les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire et fixation du pays de destination sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de leur situation. Ils n'apportent aucun élément de droit ou de fait nouveau, ni aucune nouvelle pièce à l'appui de ces moyens auxquels le tribunal a suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, de les écarter par adoption des motifs retenus par les premiers juges aux points 4 à 7 de leur jugement. Par ailleurs, il ne ressort d'aucun élément ou aucune pièce du dossier qu'il n'aurait pas été procédé à un examen réel et sérieux de la situation des appelants.
S'agissant des décisions portant refus de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () " Aux termes de l'article L. 313-14 du même code : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".
5. M. et Mme B font valoir la durée de leur présence en France depuis le 3 février 2015. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 2, que les intéressés n'ont été admis provisoirement au séjour que dans l'attente de l'instruction de leurs demandes d'asile définitivement rejetées le 27 juin 2016 et qu'ils se sont maintenus sur le territoire français malgré deux précédentes mesures d'éloignement des 16 octobre 2015 et 26 avril 2019. Par ailleurs, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Albanie, pays dont les époux ont la nationalité et où ils ont vécu la plus grande partie de leur vie. La circonstance que M. et Mme B bénéficient de deux promesses d'embauche en qualité de chauffeur-livreur et d'agent d'entretien, que M. B ait exercé les fonctions d'agent de nettoyage au centre commercial Leclerc de Blagnac durant la crise sanitaire, que les époux aient suivi des cours de français et participé à des activités bénévoles ne sont pas nature à justifier des liens d'insertion dans la société française d'une nature ou d'une intensité particulières ni ne caractérisent des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels. Dès lors, les appelants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 313-11 7° précité ni celles de l'article L. 313-14 du même code. Par suite les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste dans l'application de ces dispositions doivent être écartés.
6. En second lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Eu égard aux conditions de leur séjour en France et nonobstant la durée de ce séjour au demeurant en majorité en situation irrégulière, les décisions de refus de titre de séjour n'ont pas porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ces décisions sur la situation personnelle des intéressés doit être écarté.
S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire :
8. Il résulte de l'examen de la légalité des refus de titre de séjour qui leur ont été opposés que les requérants ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'appui de leurs conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français.
9. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elles emportent sur leur situation personnelle doivent être écartés pour les motifs énoncés aux points 5 et 7 de la présente ordonnance.
S'agissant des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français pour un an:
10. M. et Mme B ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité des décisions refusant de leur délivrer un titre de séjour et de celles les obligeant à quitter le territoire français à l'appui de leurs conclusions dirigées contre les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
11. Le moyen tiré de ce que les décisions portant interdiction de retour seraient entachées d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 511-1 III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier la portée et le bien-fondé.
12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 7, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant des décisions fixant le pays de destination :
13. Compte tenu de ce qui vient d'être indiqué, les requérants ne peuvent se prévaloir de l'illégalité des refus de titres de séjour et des obligations de quitter le territoire français à l'encontre des décisions fixant le pays à destination duquel ils seront renvoyés.
14. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B et Mme A épouse B est manifestement dépourvue de fondement. Elle doit, dès lors, être rejetée en application des dispositions, citées au point 1 de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à Mme D A épouse B et à Me Ducos-Mortreuil.
Copie sera transmise pour information au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 16 mars 2023.
La présidente de la 2ème chambre,
A. Geslan-Demaret
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°22TL22237
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026