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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL22248

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL22248

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL22248
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantPOURRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A C et M. B D ont demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2020 par lequel le maire de Causse-de-la-Selle a fait opposition à leur déclaration préalable tendant à la division en deux lots à bâtir de la parcelle cadastrée , située lieu-dit " Le Vialaret ".

Par un jugement n° 2005999 du 22 septembre 2022, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 novembre 2022 et le 25 octobre 2023, Mme C et M. D, représentés par Me Pourret, demandent à la cour :

1°) de réformer ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2020 du maire de Causse-de-la-Selle ;

3°) d'enjoindre au maire de Causse-de-la-Selle de prendre une décision de non-opposition à déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Causse-de-la-Selle la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le jugement attaqué est mal fondé et doit donc être réformé ; il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que leur projet répond aux dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme, tenant la configuration des lieux et les spécificités du territoire communal ;

- la décision en litige est illégale en tant qu'elle se fonde sur l'avis conforme défavorable du préfet de l'Hérault du 19 octobre 2020, lequel est lui-même entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme ;

- le maire de la commune de Causse-de-la-Selle a commis une erreur d'appréciation pour ne pas s'être écarté de l'avis illégal du préfet.

Une lettre de la commune de Causse-de-la-Selle, représentée par son maire, a été enregistrée le 19 septembre 2023.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2023, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 octobre 2023, l'instruction a été rouverte et sa clôture fixée le au 9 novembre 2023 en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Teulière, président-assesseur,

- les conclusions de M. Diard, rapporteur public,

- et les observations de Me Pourret, représentant Mme C et M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Le 15 octobre 2020, Mme C et M. D ont déposé en mairie de la commune de Causse-de-la-Selle (Hérault) une déclaration préalable en vue de la division en deux lots à bâtir de la parcelle cadastrée , située lieu-dit " Le Vialaret " dont ils sont propriétaires. Le 19 octobre 2020, le préfet de l'Hérault, consulté par le maire, a émis un avis conforme défavorable au projet en application des dispositions de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme, le territoire de la commune n'étant pas couvert par un plan local d'urbanisme ou un document en tenant lieu. Par une décision du 27 octobre 2020, le maire de Causse-de-la-Selle a fait opposition à cette déclaration préalable de division foncière. Mme C et M. D relèvent appel du jugement n° 2005999 du 22 septembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a notamment rejeté leur demande d'annulation de la décision du 27 octobre 2020.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

2. Aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, () ". Aux termes de l'article L. 122-5-1 du même code : " Le principe de continuité s'apprécie au regard des caractéristiques locales de l'habitat traditionnel, des constructions implantées et de l'existence de voies et réseaux. ". Aux termes de l'article L. 122-6 du même code : " Les critères mentionnés à l'article L. 122-5-1 sont pris en compte : () b) Pour l'interprétation des notions de hameaux et de groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, lorsque la commune n'est pas dotée d'un plan local d'urbanisme ou d'une carte communale. ".

3. Il résulte des dispositions citées ci-dessus que l'urbanisation en zone de montagne, sans être autorisée en zone d'urbanisation diffuse, peut être réalisée non seulement en continuité avec les bourgs, villages et hameaux existants, mais également en continuité avec les " groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants " et qu'est ainsi possible l'édification de constructions nouvelles en continuité d'un groupe de constructions traditionnelles ou d'un groupe d'habitations qui, ne s'inscrivant pas dans les traditions locales, ne pourrait être regardé comme un hameau. L'existence d'un tel groupe suppose plusieurs constructions qui, eu égard notamment à leurs caractéristiques, à leur implantation les unes par rapport aux autres et à l'existence de voies et de réseaux, peuvent être perçues comme appartenant à un même ensemble. Pour déterminer si un projet de construction réalise une urbanisation en continuité par rapport à un tel groupe, il convient de rechercher si, par les modalités de son implantation, notamment en termes de distance par rapport aux constructions existantes, ce projet sera perçu comme s'insérant dans l'ensemble existant. Par ailleurs, la circonstance que des constructions sont édifiées sur des parcelles contiguës n'implique pas à elle seule qu'elles constituent un hameau, lequel est caractérisé par l'existence de plusieurs bâtiments suffisamment proches les uns des autres pour être regardés comme groupés.

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du plan cadastral et des photographies aériennes versées au débat, que le terrain d'assiette du projet, qui se trouve éloigné d'environ une centaine de mètres du cœur du hameau " Le Vialaret " au nord et d'environ 70 mètres des deux constructions les plus proches le séparant de ce hameau situées sur les vastes parcelles cadastrées , ne fait pas partie de ce hameau, lequel est constitué d'une dizaine de constructions pour la plupart mitoyennes et regroupées de manière structurée de part et d'autre de la route. La circonstance que la parcelle des requérants soit désignée dans l'acte initial de vente du 28 avril 2000 comme à proximité du hameau ou encore qu'elle soit répertoriée comme située dans ce hameau dans des documents d'urbanisme ou du cadastre est, à cet égard, inopérante. Il ressort également des pièces du dossier et notamment des photographies aériennes produites que la parcelle litigieuse, d'ailleurs ouverte à l'ouest et même à l'est sur de grands espaces naturels, agricoles et boisés, est située dans une zone d'habitat diffus. Ainsi et eu égard à la nature et à la configuration des lieux, le projet de Mme C et M. D ne peut être regardé comme se situant en continuité d'un hameau ou d'un groupe de constructions traditionnelles ou d'habitations existant, au sens et pour l'application des dispositions citées au point 2 de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme ou encore comme s'insérant dans l'ensemble existant, alors même qu'il est constant que la parcelle jouxte au nord deux parcelles bâties d'une maison individuelle, dont l'une se situe en continuité du hameau, et qu'elle est desservie par les réseaux ainsi que par une voie d'accès. La circonstance que le terrain d'assiette ait été classé en zone constructible sous l'empire de l'ancien plan d'occupation des sols est sans incidence sur l'appréciation de la situation du projet au regard des dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme. S'il est exact qu'un permis de construire une maison d'habitation a été délivré le 8 mai 2017 sur le même terrain d'assiette après un avis alors favorable de l'autorité préfectorale, ce permis, non exécuté, a, en tout état de cause, cessé de produire ses effets à la date de la décision en litige. Par suite, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la délivrance antérieure d'une telle autorisation. Dans ces conditions, en émettant un avis défavorable au projet au titre de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 122-5 du même code, ni commis d'erreur d'appréciation au regard de ces mêmes dispositions.

5. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'avis conforme défavorable du préfet de l'Hérault du 19 octobre 2020 doit être écarté. Par voie de conséquence, le moyen tiré de ce que le maire aurait commis une erreur d'appréciation en ne s'écartant pas de l'avis rendu par le préfet de l'Hérault ne peut également qu'être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les appelants ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté leur demande. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ne peuvent également qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Causse-de-la-Selle qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par les appelants et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C et M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A C et M. B D, à la commune de Causse-de-la-Selle et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Chabert, président,

M. Teulière, président assesseur,

M. Jazeron, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

Le rapporteur,

T. Teulière

Le président,

D. ChabertLa greffière,

N. Baali

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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