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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL22256

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL22256

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL22256
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMERCIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme D F a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 8 août 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2205047 du 17 octobre 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2022, Mme F, représenté par Me Mercier, demande à la cour :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler le jugement du 17 octobre 2022 ;

3°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 8 août 2022 ;

4°) d'enjoindre, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le jugement est entaché d'un défaut de motivation de ses réponses aux moyens tirés de ce que le préfet s'est estimé lié par les décisions de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile, de ce que l'arrêté attaqué n'a pas été précédé d'un examen réel et sérieux de sa situation et de la méconnaissance de l'esprit de l'article L. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

- le préfet s'est estimé lié par les décisions de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne au respect du contradictoire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est privée de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- la convention franco-ivoirienne relative à la circulation et au séjour des personnes du 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 4 janvier 2023, le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. E B pour statuer par ordonnance sur les requêtes d'appel en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, de nationalité ivoirienne, a présenté, le 30 octobre 2020, une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du 21 février 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 4 avril 2022 de la Cour nationale du droit d'asile. Elle fait appel du jugement du 17 octobre 2022 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 8 août 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne, après avoir relevé que l'intéressée ne bénéficiait plus du droit de se maintenir en France, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel (), ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Mme F a bénéficié, par une décision du 19 juillet 2023, de l'aide juridictionnelle totale. Ses conclusions tendant à ce qu'elle soit admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne la régularité du jugement :

4. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Le premier juge a suffisamment motivé son jugement, en particulier sa réponse aux moyens tirés de ce que le préfet se serait estimé lié par les décisions de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile et de ce que l'arrêté attaqué n'aurait pas été précédé d'un examen réel et sérieux de la situation de Mme F. Il en est de même de la réponse au moyen tiré de la méconnaissance de l'" esprit " de l'article L. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auquel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a nécessairement répondu en relevant que l'intéressée n'entrait pas dans le champ d'une attribution de plein droit d'un titre de séjour en application des mêmes dispositions. Il résulte de ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à soutenir que le jugement serait entaché d'irrégularité.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui le fondent, et notamment des éléments précis et non stéréotypés concernant la situation de Mme F, est suffisamment motivé.

6. En deuxième lieu, depuis la transposition, dans l'ordre juridique interne, de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, l'autorité préfectorale doit, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mettre l'intéressé à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Toutefois, le droit d'être entendu n'implique pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande d'asile ou de sa demande de titre de séjour. Il en résulte que Mme F a pu présenter ses observations lors de l'instruction de sa demande d'asile et ne pouvait raisonnablement ignorer qu'en cas de rejet de cette demande, elle était susceptible de faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. En outre, elle n'allègue pas qu'elle aurait été empêchée de présenter ses observations auprès des services préfectoraux avant l'intervention de l'arrêté attaqué, qui a été pris à la suite du rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmé par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme F aurait été privée du droit d'être entendu et que le principe général du droit de l'Union européenne relatif au respect du contradictoire aurait été méconnu doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne ne s'est pas livré à un examen particulier de l'ensemble de la situation de Mme F.

8. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la motivation de l'arrêté du 8 août 2022, qu'en prenant la décision portant obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Haute-Garonne se serait estimé lié par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile rejetant les demandes présentées par Mme F.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Il ressort des pièces du dossier que, à la date de l'arrêté attaqué, l'asile avait a été définitivement refusé à Mme F, qui ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que le préfet de la Haute-Garonne, qui, ainsi qu'il a été dit au point 8, ne s'est d'ailleurs pas estimé lié par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile, a pu légalement obliger Mme F à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En sixième lieu, Mme F, qui est née le 2 mars 1982, est entrée en France le 6 octobre 2020, soit moins de deux ans avant l'arrêté contesté. Elle se prévaut de sa relation, depuis 2018, avec un ressortissant togolais qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 19 juillet 2022. Toutefois, la seule production de documents attestant leur hébergement commun depuis le mois de novembre 2020, des avis d'imposition du couple depuis 2020, d'une demande de revenu de solidarité active cosignée le 11 décembre 2020, d'une attestation commune de versement de l'allocation pour demandeur d'asile depuis le mois de novembre 2020, ainsi que de photographies datées de l'année 2020, ne permet pas d'établir que cette relation revêtait un caractère d'ancienneté et de stabilité suffisant à la date de l'arrêté attaqué. Aucun enfant n'est d'ailleurs né de cette relation. En outre, Mme F ne justifie ni d'une insertion particulière en France, qui ne sauraient résulter des risques prétendument encourus en cas de retour en Côte d'Ivoire, ni être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident notamment ses trois enfants mineurs. Dans ces conditions, alors même que l'intéressée fait état de ce qu'elle serait sans nouvelle de ces derniers, qui auraient fui le domicile familial avec son ancien mari, la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En dernier lieu, aucune des circonstances évoquées précédemment n'est de nature à faire regarder l'arrêté attaqué comme entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme F.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen, dirigé contre la décision fixant le pays de renvoi, tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que Mme F n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée.

14. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne ne s'est pas livré à un examen particulier de l'ensemble de la situation de me F avant de prendre la décision fixant le pays de renvoi.

15. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". En se bornant à se prévaloir de son propre récit relatif à des pressions et persécutions dont elle aurait fait l'objet en raison de ses origines, Mme F n'établit aucun risque de subir personnellement de tels traitements en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme F, qui est manifestement dépourvue de fondement, doit être rejetée par application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme F tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A C est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D F, à Me Juliette Mercier et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 21 septembre 2023.

Le président assesseur de la 1ère chambre,

N. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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