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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL22548

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL22548

lundi 22 mai 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL22548
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCHOENACKER ROSSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C D a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 9 août 2022 par lequel la préfète de Tarn-et-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, à titre principal d'enjoindre à la préfète de Tarn-et-Garonne de lui délivrer un titre de séjour " étranger malade " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une attestation provisoire de séjour à compter de cette notification et, à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète de Tarn-et-Garonne de réexaminer sa situation administrative et de prendre une décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une attestation provisoire de séjour à compter de cette notification.

Par un jugement n° 2205509 du 9 novembre 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée au greffe de la cour administrative d'appel de Toulouse le 15 décembre 2022, M. C D, représenté par Me Schoenacker Rossi, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2022 par lequel la préfète de Tarn-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète de Tarn-et-Garonne de lui délivrer un titre de séjour " étranger malade " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une attestation provisoire de séjour à compter de cette notification ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète de Tarn-et-Garonne de réexaminer sa situation administrative et de prendre une décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une attestation provisoire de séjour à compter de cette notification ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi qu'une somme de 1 800 euros au profit de son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de la renonciation de son conseil à percevoir l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les articles 7 et 9 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ;

- elle méconnaît l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 2-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée à la préfète de Tarn-et-Garonne qui n'a présenté aucune observation.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le pacte international relatif aux droits civils et politiques ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision du 20 septembre 2022 par laquelle le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné Mme A B pour statuer par ordonnance sur les requêtes d'appel en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. D, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1995 à Siguiri (Guinée), entré sur le territoire national le 25 mai 2018 selon ses déclarations, a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 28 mai 2018. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande par une décision du 29 mars 2019. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce rejet par une décision du 3 septembre 2020. Le 9 mars 2021, M. D a sollicité son admission au séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 9 août 2022, la préfète de Tarn-et-Garonne a refusé de lui octroyer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. D relève appel du jugement du 9 novembre 2022 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande dirigée à l'encontre de cet arrêté en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et qu'il fixe le pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. Chaque année, un rapport présente au Parlement l'activité réalisée au titre du présent article par le service médical de l'office ainsi que les données générales en matière de santé publique recueillies dans ce cadre ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des dispositions précitées, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

5. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. Toutefois, en cas de doute, il lui appartient d'ordonner toute mesure d'instruction utile.

6. L'avis rendu par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration le 19 juillet 2021 relève que l'état de santé de M. D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine.

7. Il ressort toutefois de ses écritures devant le tribunal que M. D n'a pas demandé l'annulation de la décision portant refus de séjour en qualité d'étranger malade et n'a présenté des moyens qu'à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.

8. A supposer même que, dans sa requête en appel, le moyen relatif à la violation des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisse être regardé comme étant dirigé à l'encontre de la décision portant refus de séjour, alors qu'il est présenté sous le paragraphe " 1-Concernant la décision portant obligation de quitter le territoire français " et que ses écritures ne comportent aucun paragraphe relatif à la décision portant refus de séjour, il ne ressort cependant pas des pièces du dossier, notamment des certificats médicaux produits peu circonstanciés et insuffisamment développés faisant mention des interventions chirurgicales subies par M. D depuis 2019 compte-tenu des pathologies ophtalmique complexe et thyroïdienne dont il souffre, et selon lesquels son état de santé nécessiterait d'autres interventions chirurgicales ainsi qu'un suivi régulier dans un centre spécialisé et un traitement médicamenteux au long cours, que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, la décision attaquée, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, précise la situation administrative et le parcours du requérant, notamment ses conditions d'entrée et de séjour, les éléments concernant sa situation personnelle et les motifs pour lesquels le titre de séjour qu'il a sollicité en qualité d'étranger malade lui est refusé. La circonstance qu'elle n'ait pas fait mention de l'ensemble des éléments médicaux produits par l'intéressé ne saurait, à elle seule, établir que la préfète n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de la motivation de l'arrêté attaqué et du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation doivent être écartés.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. Il ressort des pièces du dossier que M. D, qui a déclaré être entré en France le 25 mai 2018, ne justifie, ni même n'allègue d'aucun lien personnel sur le territoire national. En outre, il est constant qu'il a déclaré que tous les membres de sa famille, et en particulier son épouse avec laquelle il est en instance de divorce, ses deux enfants, sa mère, son frère et sa sœur, résident dans son pays d'origine. Est à cet égard sans incidence la circonstance que sa famille aurait été contrainte de changer de région en Guinée. Enfin, si le requérant expose avoir tissé des liens forts au sein de la communauté Emmaüs de Tarn-et-Garonne, il ne justifie d'aucune intégration professionnelle ou sociale particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, la décision contestée, qui ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale de M. D une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En troisième lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par adoption des motifs retenus à bon droit au point 10 du jugement attaqué.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. M. D reprend en appel les moyens tirés de la méconnaissance par la décision fixant le pays de renvoi des dispositions des articles 3, 5 et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des articles 7 et 9 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devenu l'article 721-4 à compter du 1er mai 2021, et de l'erreur manifeste d'appréciation. En l'absence de critique utile du jugement attaqué sur ces points et d'éléments nouveaux produits devant la cour et susceptibles de modifier la réponse à y apporter, ces moyens doivent être écartés par adoption des motifs pertinemment retenus par le premier juge.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D, qui est manifestement dépourvue de fondement, doit être rejetée par application des dispositions précédemment citées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D, à Me Schoenacker Rossi et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet de Tarn-et-Garonne.

Fait à Toulouse, le 22 mai 2023.

La présidente-assesseure de la 2ème chambre,

A. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°22TL22548

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