mardi 23 mai 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-22TL22568 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BACHELET |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B C a demandé au tribunal administratif de Toulouse de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Corse du 15 mars 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant de retour sur le territoire pour une durée d'un an avec signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen et de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens et la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi de 1991relative à l'aide juridique.
Par un jugement n° 2201553 du 22 mars 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et a rejeté le surplus de ses demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2022, M. C, représenté par Me Bachelet, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 22 mars 2022 ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Corse du 15 mars 2022 ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de procéder à l'effacement de son inscription au système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi qu'une somme de 2 000 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi de 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient :
Sur les moyens communs :
- les décisions contenues dans l'arrêté en litige sont insuffisamment motivées en fait et son entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle dès lors qu'il a été interpellé alors qu'il exerçait son droit de circulation et qu'il disposait d'un billet de retour pour l'Albanie et d'une somme d'argent en liquide ;
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux ;
- elle est disproportionnée dès lors qu'il justifie de circonstances particulières au sens des dispositions du 2° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la détention d'une somme d'argent, d'un passeport valide et d'un billet retour pour l'Albanie ;
Sur la décision interdisant le retour pour une durée d'un an et inscription au système d'information Schengen :
- elle est entachée d'illégalité en tant qu'elle se fonde sur des décisions illégales portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire.
Par une décision du 23 novembre 2022, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;
- le règlement (UE) 2018/1806 du Parlement européen et du Conseil du 14 novembre 2018 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ,
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Le dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. C, ressortissant albanais né le 13 juillet 1969 à Maquellare (Albanie), entré sur le territoire français le 14 mars 2022 muni d'un passeport biométrique, a été interpellé le même jour lors d'un contrôle d'identité sur le port de Bastia, à la descente d'un ferry en provenance de Livourne. Par un arrêté du 15 mars 2022, le préfet de Haute-Corse l'a obligé à quitter sans délai de territoire français, a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an et a fixé le pays de renvoi. M. A relève appel du jugement du 22 mars 2022 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa requête tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur la légalité de l'arrêté du 15 mars 2022 :
3. Au soutien des moyens tirés de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de départ volontaire sont entachées d'un défaut de motivation en fait et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle, M. C ne se prévaut devant la cour d'aucun élément nouveau par rapport à l'argumentation développée en première instance et ne critique pas la réponse apportée par le premier juge. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs qu'il a pertinemment retenus au point 4 de son jugement.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;() 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. " .
5. Aux termes de l'article 6 du règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : / a) être en possession d'un document de voyage en cours de validité autorisant son titulaire à franchir la frontière () / c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants () ". Aux termes de l'article 4 du règlement (UE) 2018/1806 du 14 novembre 2018 : " 1. Les ressortissants des pays tiers figurant sur la liste de l'annexe II sont exemptés de l'obligation prévue à l'article 3, paragraphe 1, pour des séjours dont la durée n'excède pas 90 jours sur toute période de 180 jours. () ". Les ressortissants albanais détenteurs de passeports biométriques bénéficient de cette exemption de visa.
6. Pour prendre à l'encontre de M. C la décision d'obligation de quitter le territoire français en litige, le préfet de la Haute-Corse a relevé que l'intéressé a déclaré être entré en France muni de son passeport mais qu'il ne pouvait justifier remplir les conditions d'entrée sur le territoire français prévues par l'article 6 du règlement CE n° 2016/399 du 9 mars 2016 et n'était pas muni d'un titre de séjour en cours de validité en France. Il a relevé qu'il ne disposait d'aucun domicile ou hébergement en France, d'aucun revenu, ses ressources financières étant insuffisantes pour la suite de son séjour ou pour organiser son rapatriement en cas de besoin, et qu'il ne disposait d'aucune assurance médicale. Enfin, le préfet a indiqué que M. C a déclaré être venu en France pour exercer une activité professionnelle sans avoir au préalable demandé l'autorisation prévue à l'article L. 5221-5 du code du travail.
7. M. C, titulaire d'un passeport biométrique valable jusqu'au 25 février 2031, était exempté des formalités d'obtention d'un visa pour un séjour sur le territoire des États membres d'au plus quatre-vingt-dix jours cumulés sur une période de cent quatre-vingts jours. Le préfet de Haute-Corse a estimé, dans son arrêté du 15 mars 2022, que son entrée, régie notamment par les dispositions de l'article 6 du règlement (UE) 2016/399 du 9 mars 2016, était irrégulière. Si le requérant soutient être entré en France le 15 mars 2022 après avoir transité par l'Italie le 12 mars 2022, et a produit, le 21 mars 2022, postérieurement à l'édiction de l'arrêté attaqué et à son audition par les services de police, deux billets d'avion et une attestation d'hébergement à Pise en Italie établie par sa belle-fille, pouvant a posteriori corroborer ses dires, il est constant qu'il n'était pas en leur possession lors de son interpellation. Par suite, le préfet de la Haute-Corse a pu légalement estimer que l'intéressé ne justifiait pas, à la date de la décision en litige, qu'il bénéficiait encore d'une durée de séjour légale sur le territoire des États membres de l'Union européenne, et notamment en France. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un départ volontaire :
8. En premier lieu, outre les motifs des autres décisions contenues dans le même arrêté, pour faire obligation à M. C de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, le préfet de la Haute-Corse a visé les dispositions des articles L. 612-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a fait application. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée ne peut qu'être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni de cette motivation ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Haute-Corse n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". L'article L. 612-2 du même code précise que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, selon l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : ()/ 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; /5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ".
10. Si le requérant se prévaut de la détention d'un passeport biométrique, de la somme de 227 euros en liquide et d'un billet d'avion retour pour l'Albanie au départ de Pise (Italie), il ne fait état d'aucune circonstance particulière, au sens des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, susceptible de justifier l'octroi d'un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi et interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
11. M. C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre les décisions fixant le pays de renvoi et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an avec signalement dans le système d'information Schengen pour cette durée.
12. Il résulte ce qui précède que la requête de M. C, qui est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et celles présentées au titre des dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et à Me Bachelet.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Corse.
Fait à Toulouse, le 23 mai 2023.
La présidente de la 2ème chambre,
A. Geslan-Demaret
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°22TL22568
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026